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Liban

Le journaliste Tony Comiti : Trente ans après, le Liban a changé dans ses murs, pas dans son cœur

Conférence

Ancien correspondant de TF1 pendant la guerre civile, le journaliste français Tony Comiti est revenu au Liban pour la première fois depuis 30 ans pour donner une conférence à l’USJ sur le journalisme en temps de guerre.

18/09/2018

Étudiants libanais ou en échange universitaire, enseignants, journalistes, anciens combattants, simples curieux : un regroupement assez hétéroclite de personnes était présent ce vendredi 14 septembre pour assister à la conférence du journaliste Tony Comiti intitulée « Le journaliste en temps de guerre ». Invité par l’Université Saint-Joseph, c’est la première fois qu’il remettait les pieds au Liban depuis la guerre civile qu’il a couverte de 1982 à 1983.

Plutôt qu’un large panorama théorique de son métier, Tony Comiti raconte les souvenirs épars qui émergent de sa mémoire. L’ensemble forme autant un témoignage sur les conditions de l’exercice du journalisme en zone de conflit dans les années 70-80 qu’un récit personnel sur l’absurdité et la cruauté de la guerre.

Celui qui a couvert le coup d’État du funeste Augusto Pinochet au Chili, la révolution sandiniste au Nicaragua ou encore la guerre du Tchad parle avant tout du Liban. Il se remémore les combats sanglants qui tranchaient avec la joie de vivre des Libanais, les bruits des balles et des tirs de mortier, les voyages dans les coffres des voitures, la course contre la montre quotidienne pour atteindre Damas avant 19h afin d’envoyer ses images… L’absurdité d’un conflit dont il n’a toujours pas compris tous les tenants et aboutissants transparaît particulièrement lorsqu’il évoque les soldats ennemis se tirant dessus jusqu’à 17h avant de jouer aux cartes ensemble.

La salle, nerveuse, oscille entre dégoût lorsqu’il se souvient de ce militaire ayant l’ordre de tirer tous les cinq passants et le rire lorsqu’il se rappelle de ce policier tchadien qui, sur cette avenue de N’Djamena servant de ligne de front, en plein chaos, l’arrête car il roule en sens interdit. Elle tente aussi de se représenter la peur de celui qui, chaque jour, ne savait pas s’il allait rentrer le soir, voyant régulièrement ses collègues tués par une balle perdue, déchiquetés par la mitraille israélienne, ou enlevés par telle ou telle milice.

Après un échange avec la salle, Tony Comiti s’en est allé pour découvrir un autre pays que celui qu’il a connu il y a 30 ans. De retour en France hier, lundi, il a accepté de répondre à nos questions :

Qu’avez-vous ressenti en revenant à Beyrouth ?

Je n’ai rien reconnu, pas même Hamra où j’ai pourtant passé deux ans. La seule chose qui n’a pas changé, c’est la chambre d’hôtel. Le concierge était le fils du précédent. Son père lui avait parlé de moi. Je me suis souvenu de ces longues nuits passées dans le couloir, derrière un matelas : on s’y protégeait pendant les combats.

Et dans l’avion ?

En fait, j’étais plus ému dans l’avion qu’une fois sur place. J’avais une certaine appréhension. C’est très étrange de se dire qu’on va arpenter les rues qu’on parcourait autrefois sous la mitraille. Quand vous restez sur les souvenirs durs, les souvenirs de la guerre, vous avez l’impression que vous allez revenir et qu’elle sera encore là.

Alors, rien n’a changé ?

Beyrouth a changé dans ses murs, pas dans son cœur ! Les Libanais ont le même caractère et sont toujours aussi chaleureux. Ils continuent de vivre, insouciants. Lors de la conférence, un vieux monsieur m’a dit que pendant la guerre, quand on demandait aux gens comment ils allaient, ils répondaient : « Bien, puisque je vous vois ! » Ça, ça n’a pas changé ! Les gens vivent à fond parce qu’ils ne savent pas ce qu’il va se passer le lendemain. C’est très spécifique au Liban, je n’ai pas connu ça dans les autres zones de conflit. Malgré les tensions régionales, il y a toujours cet optimisme dans le futur. Ce qu’on dit pour les Palestiniens est vrai pour les Libanais : ils ont une kalachnikov dans une main, une truelle dans l’autre. Le Liban a toujours été opprimé, mais jamais soumis.

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