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Liban

World Cleanup Day à Ramlet el-Baïda : « Pour nettoyer toute la plage, il nous faudrait cent ans ! »

Environnement

Samedi, sur plus de 30 sites, 3 500 volontaires ont ramassé pendant plusieurs heures les déchets, pour le World Cleanup Day. Mais le changement d’état d’esprit est encore loin. Reportage sur les plages de Ramlet el-Baïda et de Aïn el-Mreissé, à Beyrouth.

17/09/2018

Il faisait déjà très chaud à 10h samedi matin. Pourtant, les centaines de volontaires ont répondu présent à l’appel des ONG JCI et livelovebeirut, en collaboration avec le PNUD, LiveLebanon et Euromena Funds, pour ramasser les déchets qui jonchent les plages libanaises.

Sur la plage de Ramlet el-Baïda, accompagnés de l’opération Big Blue, des représentants de la délégation de l’Union européenne répartissent la centaine de volontaires en plusieurs équipes. Afin de nettoyer les caves de la grotte de Raouché, certains volontaires sont à bord d’un bateau avec des plongeurs. Sous un soleil de plomb, une équipe arpente le bord de mer pour ramasser les déchets rejetés par les vagues pendant la nuit : une tente, un tapis, des ventilateurs… Trois personnes tendent des grands filets qui servent de tamis : Sélim creuse le sable avec une pelle et le déverse sur les filets pour capturer les microplastiques enfouis dans le sable. Une quantité impressionnante de microdéchets est ainsi récupérée à chaque coup de pelle. Fatigué par la chaleur et l’ampleur de la tâche, Sélim prend une pause à l’ombre : « Pour nettoyer toute la plage, il nous faudrait cent ans ! »

Force est de constater que les plages ne pourront être totalement nettoyées à la fin de la matinée. Cette journée doit surtout aboutir à un changement des comportements. Christina Lassen, cheffe de la Délégation de l’Union européenne, est optimiste : « Je pense qu’il y a une prise de conscience croissante ici, au Liban, (...) une sorte de changement d’état d’esprit. Ce que je trouve être une très bonne nouvelle, c’est que la jeune génération semble être bien plus consciente de tout cela. »

C’est le cas de deux jeunes filles volontaires qui s’approchent pour participer. Sensibles à la cause environnementale, elles ne parviennent que difficilement à faire adopter des gestes respectueux de l’environnement à leur entourage. Pour Dahlia, 15 ans, il était indispensable de prendre part à cet événement : « Cette Journée mondiale, ça nous donne le sentiment d’appartenir à une communauté. Vous avez le sentiment de participer à un petit changement. Deux ou trois heures, ça a un impact sur l’environnement. Tout le monde, en ce moment même, nettoie la Terre. »

« Mais de rien »

La communauté mobilisée samedi est principalement composée d’expatriés et de personnes déjà engagées pour l’environnement. La cousine de Dahlia, Rida, 24 ans, n’est pas convaincue que tous les Libanais aient changé d’état d’esprit : « L’initiative est vraiment une bonne chose, mais pour moi, nous avons besoin d’un plan pour résoudre ce problème. Dans deux-trois heures, il y aura de nouveaux déchets jetés à cet endroit. Ce que nous faisons est inutile s’il n’y a pas d’autres actions, à part celle d’aujourd’hui. »Les militants s’activent sur le sable brûlant ou perchés sur les falaises au-dessus de la plage. Et si certains promeneurs les observent depuis la Corniche, d’autres n’y prêtent pas attention. Quand on demande à Jacqueline pourquoi elle ne participe pas à l’initiative, elle hausse les épaules : « Mais il faudrait faire cela pendant 10 ans tous les jours... Ça nous frustre parce que cela sert à rien. (...) Il faudrait convaincre des gens qui ne sont pas déjà convaincus, il faudrait passer des spots TV tous les jours pour sensibiliser ceux qui ne s’y intéressent pas d’eux-mêmes. »

Certains promeneurs ont tout de même arrêté leur balade pour venir donner un coup de main. À Aïn el-Mreissé, livelovebeirut a supervisé avec l’EuroMena Funds les six cents volontaires qui se sont relayés au cours de la journée. Un franc succès pour Eddy Bitar, le président de livelovebeirut : « C’est une journée à 100 % réussie ! Même la municipalité de Beyrouth était présente et nous a envoyé des équipements, des équipes pour nous aider. Ils nous ont promis qu’il allait y avoir un plan municipal pour le traitement des déchets, de recyclage, de tri. C’est vraiment une première. » Le système de tri des déchets et de recyclage mis en place par l’association pourrait inspirer la municipalité, selon les dires de Sleiman Jaber, membre du conseil municipal de Beyrouth.

Retour à Ramlet el-Baïda, il est 13h. Deux heures avant l’heure de fin prévue, grâce à la forte mobilisation, les quatre cents sacs remplis de déchets sont chargés dans le camion par les derniers volontaires. Lorsque le dernier sac est hissé dans la benne, des applaudissements retentissent. Les volontaires se félicitent, promettent de créer d’autres initiatives de nettoyage, se remercient les uns les autres d’être venus. À chaque fois, la même réponse : « Mais de rien. »

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Stes David

Désolé mais moi comme eurosceptique et européen, je suis content qu'on fasse un effort pour nettoyer les plages; très bien mais ce n'est pas le travail de la Délégation de l’Union européenne. D'abord il faut être prudent et ne pas traiter les locaux comme des indigènes. C'est aux Libanais de décider ce qu'ils font avec leurs déchets. Aussi je soupçonne que plusieurs sociétés européennes font des produits polluants comme les voitures par exemple.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET POUR NETTOYER TOUT LE PAYS... SURTOUT DE NOS ABRUTIS... MILLE ANS ? UN PEU DE VOLONTE REDUIRAIT A ZERO LE TEMPS !

NAUFAL SORAYA

Oui, nettoyer demande beaucoup de temps et d'efforts, par contre, il est si facile de salir, ca ne prend qu'une seconde...

Très frustrant, sans doute, pour tous ces volontaires de savoir que leur travail sera vite détruit...

Une fois de plus, si on pouvait prévenir au lieu de devoir guérir (ce qui n'est pas toujours posssible)...

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