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Pour Nay Wehbé, le wax fait l’habit

Mode
17/09/2018

Nay Wehbé est professeure universitaire de littérature générale. Depuis toute jeune, elle rêve d’Afrique. À l’âge de femme, passionnée par l’écriture, elle explore les œuvres des auteurs francophones africains, se dit que « la francophonie ne se limite pas au Liban et à la France », qu’il existe « tant d’autres espaces intéressants pouvant offrir une belle sortie de soi ».

Par chance et surtout par bonheur, son mari travaille au Gabon. Elle le rejoint souvent à Libreville, capitale au si joli nom qu’elle commence à bien connaître. Elle est séduite, dans les dédales des marchés, par les étalages de wax, ce tissu imprimé aux pochoirs de cire, aux motifs complexes et si joliment colorés dont on fait les boubous traditionnels. L’intérêt se transforme en passion et la jeune enseignante n’est pas femme à survoler ce qui l’interpelle.

Elle fait ses recherches, découvre que le wax est un textile d’origine hollandaise, initialement produit par Vlisco, une société en activité au XIXe siècle qui fournissait le marché indonésien. Une erreur de manipulation en ayant fait baver les couleurs, la totalité d’un stock est acheminée vers l’Afrique, ne pouvant être écoulée sur le marché cible. Et la clientèle africaine se réjouit de ce tissu frais et coloré, si proche de ses goûts, si adapté à son climat qu’elle se l’approprie.

Nay Wehbé adore la dimension interculturelle de cette histoire. Elle pousse un peu plus loin ses recherches et découvre, « par déformation professionnelle », tout un langage de signes et de symboles niché dans chaque motif. « Le wax est un tissu social par excellence », souligne-t-elle. Et d’expliquer que chaque dessin porte un nom. Ainsi, L’œil de ma rivale reproduit à l’infini un œil stylisé, véritable message d’une femme amoureuse à ses potentielles concurrentes et qui signifie Ne t’approche pas de mon mari, ou gare à toi. Fleur de mariage est une répétition de fleurs d’hibiscus qu’on offre en général aux jeunes mariées comme un vœu de bonheur et de prospérité. Conseil, également floral, avec un motif ondulé, comporte le message d’une mère à sa fille à la veille de son mariage. « On l’aura compris, ajoute la créatrice, ce sont les femmes qui s’expriment à travers le tissu wax, qu’elles vendent et vantent sur les marchés. »

De la même manière dont elle fait connaître à ses étudiants le théâtre et les romans de Koffi Kwahulé et les écrits d’Alain Mabanckou et Patrice Nganang, Nay Wehbé rapporte de Libreville à Beyrouth de grands rouleaux de wax qu’elle réinterprète en bombers, shorts, petits hauts, minirobes, cabas, serviettes de plage, coussins et autres. Le design et la couture se font au Liban et les produits, présentés pour la première fois il y a un an dans le cadre du festival Wickerpark, sont vendus en ligne ainsi que dans un concept store à Libreville. Nom de marque : Badu, comme bédouin en arabe, comme nomadisme, errance et découverte. Une manière d’ajouter une dimension culturelle aux échanges commerciaux entre le Liban et l’Afrique. Plus qu’une passion, une mission.



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