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La Dernière

L’expo « Rose » du FIT

Mode
03/09/2018

Le rose est-il une couleur subversive ?

A-t-il une connotation sexuée ?

Sexuelle ? Politique ? Est-il mièvre ?

Est-il insolent ? Est-il choquant ? Est-il féminin ? Efféminé ? Bref, le pink est-il punk ? Autant de questions que pose le musée de mode du Fashion Institute of Technology de New York à travers une nouvelle exposition intitulée « Pink : The History of a Punk, Pretty, Powerful Color ». On y découvrira plus de 80 tenues du XVIIIe siècle à nos jours, témoignant toutes de l’usage et de la symbolique du rose à travers les époques et les cultures, et toutes offertes ou prêtées par les grandes maisons telles que Christian Dior, Yves Saint Laurent, Schiaparelli, Gucci, Comme des Garçons, Moschino, Céline et d’autres.

La première salle de l’exposition est consacrée à l’interrogation des clichés dans leurs contextes historiques, invitant le visiteur à remettre en question les idées reçues. « Ce sont les sociétés qui “font” les couleurs, les définissent et leur donnent sens », souligne l’historien de la couleur Michel Pastoureau. Dans la première section de l’exposition, on découvrira le rose Pompadour d’une robe du XVIIIe siècle, où cette tonalité, à peine maîtrisée, est considérée comme rare et luxueuse. On sera surpris par la juxtaposition d’une robe rose vif du milieu du XIXe siècle et d’un costume masculin noir et austère de la même époque qui amorce la féminisation de la couleur restée de mise jusqu’à la fin du XXe siècle.

La perception sociale du rose dépend d’ailleurs de sa tonalité. Une robe rose pâle de 1900, par exemple, illustre une féminité délicate et aristocratique. Une autre, de 1912, d’un rose cerise saturé, annonce l’entrée des tonalités exotiques dans les empires coloniaux. En 1920, la petite robe noire de Chanel est combattue par une armée de tenues associant aux icônes surréalistes le rose Shocking, couleur déposée de Schiaparelli. Dès les années 1950, suivant une mode créée par la famille royale d’Angleterre, les sociétés européennes décident que le rose est associé aux filles et le bleu aux garçons. Ce stéréotype a la peau si dure qu’il se maintient encore de nos jours. Les créateurs des années 1960, notamment Yves Saint Laurent pour Christian Dior, forcent le trait en proposant le rose comme couleur type de la joliesse et de la féminité. Mais dix ans plus tard, la popularité du rose décline : La décennie 1970 est révolutionnaire et féministe. Le rose n’y est admis que rock et fluorescent. Si les 80’s accueillent à nouveau le rose, c’est surtout pour casser la rigueur d’une mode working girl aux tailleurs charpentés.

De tout cela, on retient que le rose, couleur charnelle empruntée aux fleurs qui ne sont autres que le sexe des plantes, le rose émotion qui monte aux joues et rappelle la carnation sensuelle de la peau, est une couleur éminemment érotique, ce qui le rend transgressif. Cependant, comme l’affirmait la célèbre rédactrice de mode Diana Vreeland : « Le rose est le bleu marine de l’Inde », et les cultures non européennes n’attribuent pas de caractère spécifiquement féminin à cette couleur controversée.

Dirigée par Valerie Steel, commissaire du musée du FIT et auteure de plusieurs ouvrages sur l’histoire et les codes de la mode, cette exposition sera ouverte au public dès le 7 septembre et se maintiendra jusqu’au 5 janvier 2019.

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