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Au Pakistan, liberté de la presse "sous pression" des militaires

AFP
12/09/2018

La liberté de la presse est "sous pression" au Pakistan, où les journalistes font face à des "intimidations" de la puissante armée, accompagnées de violences, qui les poussent souvent à s'autocensurer, dénonce un rapport du Comité de protection des journalistes (CPJ) publié mercredi.

"Alors que les meurtres de journalistes diminuent, la liberté de la presse fait de même" car "les militaires restreignent doucement mais efficacement les reportages" via "des intimidations directes ou indirectes et même en fomentant des violences contre des reporters", selon le rapport.

"Les journalistes qui réagissent ou sont trop critiques des autorités sont attaqués, menacés ou arrêtés", ajoute ce texte, qui donne la parole à plusieurs d'entre eux, une rareté dans un pays où la profession s'exprime surtout sotto-voce sur ce sujet.

Alors que l'armée, les services de renseignement ou des groupes politiques sont liés à la mort de la moitié de 22 journalistes tués cette dernière décennie au Pakistan, selon le rapport, aucun meurtre ne s'est produit cette dernière année.

Mais les "intimidations" se sont amplifiées, affirme le CPJ, qui donne la parole à deux reporters : l'un a été battu par des motards dans la capitale, Islamabad, et l'autre frappé selon lui par des membres des forces de sécurité en civil à Karachi, la grande ville du Sud.

"Nous ne pouvons couvrir aucune histoire, sauf ce que l'armée souhaite", estime un autre reporter, basé au Baloutchistan, une province du Sud-Ouest rendue instable par des groupes armés indépendantistes ou fondamentalistes.

"L'état d'esprit (des militaires), c'est de contrôler complètement le narratif et de réduire la diversité d'opinions. Tout ce qui va à l'encontre de ce narratif, ils le voient comme une menace", déplore un haut cadre d'une chaîne dont la diffusion a été perturbée par les autorités.

Et ce cadre de constater une phénomène "d'autocensure" de ses journalistes, par crainte de représailles.

Quelque 88% des 156 reporters interrogés par l'ONG pakistanaise Media Matters for Democracy affirment ainsi se censurer dans leur vie professionnelle. 79% d'entre eux le font même dans leur vie privée.

"En privé, les journalistes les plus anciens disent que les conditions de la presse sont aussi mauvaises que quand le pays était sous dictature militaire", souligne le CPJ.

Ce rapport sort quelques mois après les élections législatives, qualifiées de "plus sales" de l'histoire du pays, notamment pour l'immixtion de l'armée dans la campagne.

De nombreux médias et observateurs ont fait état de menaces de l'armée sur les rédactions pour qu'elles couvrent davantage le candidat Imran Khan, désormais Premier ministre, que le parti du gouvernement sortant.

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