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Arabie saoudite

Peine de mort contre al-Aouda : les messages de MBS

À travers le religieux sunnite, opposant historique au wahhabisme, le pouvoir vise la Sahwa et les hommes de foi indisciplinés.


Salmane al-Aouda en 2012. Photo Emad Alhusayni

Un procureur saoudien a requis mardi dernier la peine de mort contre Salmane al-Aouda, 61 ans, religieux et académicien saoudien arrêté en septembre 2017, avec une vingtaine de personnes. Cette décision survient dix jours après une requête de peine de mort contre cinq activistes des droits de l’homme, dont une femme, Israa al-Ghomgham, et un mois après l’enclenchement de la crise diplomatique avec le Canada, sur fond d’appels canadiens concernant la libération d’activistes emprisonnés dans le royaume saoudien.

Salmane al-Aouda peut être considéré comme un opposant historique au pouvoir en Arabie saoudite. Son arrestation, il y a un an, faisait suite à un tweet de ce dernier saluant l’annonce d’une conversation téléphonique entre le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane et l’émir qatari Tamim ben Hamad al-Thani. « Puisse Dieu accorder les cœurs pour le bien des peuples », avait-il écrit. Riyad et ses alliés ont rompu les liens diplomatiques et économiques avec Doha en juin 2017, accusé entre autres d’avoir des relations trop cordiales avec l’Iran et de soutenir le terrorisme, en référence notamment à ses liens avec les Frères musulmans, ce que Doha dément. Le frère de Salmane al-Aouda avait signalé son arrestation avant d’être arrêté à son tour.

Ce n’est pas la première fois que Salmane al-Aouda est arrêté. En 1994, il a été condamné à cinq ans de prison avec des centaines d’autres personnes membres d’un groupe qui critiquaient ouvertement la monarchie. Dans un portrait du théologien intitulé « Salmane al-Aouda, le prédicateur saoudien qui défend les libertés individuelles » publié le 14 août 2017 par le journal Le Monde, l’islamologue François Burgat explique que « (...) l’invasion du Koweït par l’Irak, en août 1990, a marqué un tournant. (Al-Aouda) rejoint alors, puis guide, les rangs de ceux qui, au sein du courant dit de la Sahwa (réveil) islamique, apparu dès les années 1970, prennent prétexte de la soumission de la monarchie à la puissance américaine pour en critiquer explicitement les pratiques, voire l’existence ». Al-Aouda à ce moment-là était en quelque sorte « partie prenante d’une espèce de contestation islamiste de type non jihadiste », note pour L’OLJ David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques. Il rappelle que c’est le prince héritier d’alors, le futur roi Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud, qui l’avait finalement libéré et avait réussi à réintégrer peu ou prou le mouvement de la Sahwa dans le giron du système saoudien.


(Lire aussi : Riyad déterminé à faire taire les militants des droits humains)


Acte d’insoumission
Le fils de Salmane al-Aouda, Abdallah Alaoudh, est professeur à l’Université de Georgetown aux États-Unis. Dans un tweet mardi dernier dans lequel il écrit que la peine de mort a été requise à l’encontre de son père, il informe que parmi les 37 chefs d’accusation, figure celle « d’être membre du Conseil européen pour la fatwa et la recherche, et de l’Union internationale des érudits musulmans, ainsi que d’autres charges liées à ses tweets ». Le président des deux institutions citées par M. Alaoudh est Youssef al-Karadawi, prédicateur et islamologue égyptien exilé au Qatar et membre de la confrérie des Frères musulmans, classée comme organisation terroriste par Riyad. Salmane al-Aouda est le vice-président de l’Union internationale des érudits musulmans, dont le quartier général est basé à Doha au Qatar et, en tant que tel, a des relations directes avec M. Karadawi.

Deux autres religieux et théologiens ont été arrêtés en même temps qu’al-Aouda. Ali al-Omari, 45 ans, et Awad al-Karni ont eux aussi été visés par une requête de peine de mort de la part du procureur de la SCC cette semaine. Dans un papier de recherche intitulé The Domestic Sources of Saudi Foreign Policy : Islamists and the State in the Wake of the Arab Uprisings, publié par l’institut Brookings en août 2015, le chercheur britannique Toby Matthieson rappelle que Awad al-Karni était l’un des principaux religieux du mouvement al-Sahwa. Ce dernier a déjà été condamné à une interdiction de tweeter par les autorités en mars 2017, dans un pays qui détient le record du nombre d’utilisateurs sur Twitter, « avec 33 % de sa population inscrits sur la plateforme », selon M. Rigoulet-Roze.


(Pour mémoire : En Arabie saoudite, sept personnes, dont un Libanais, exécutées en une seule journée)


Ces dernières années, al-Aouda ne se mêlait plus ouvertement de politique. Le timing de son dernier tweet et l’arrestation qui s’ensuivit démontrent l’importance de Twitter dans le pays. Ne pas avoir donné raison au régime saoudien dans son isolement du Qatar a « peut-être été perçu comme un acte d’insoumission, sinon de déstabilisation virtuelle », indique M. Rigoulet-Roze. Les autorités saoudiennes sont conscientes de l’importance du nombre de followers de Salmane al-Aouda, mais le procureur de la cour a tout de même requis la peine de mort. « Depuis 2013, la Cour criminelle spécialisée (Specialised Criminal Court, SCC) est utilisée par les autorités saoudiennes pour juger et condamner des activistes, des religieux, des manifestants, des défenseurs des droits de l’homme », rappelle à L’Orient-Le Jour Dana Ahmad, militante de l’organisation Amnesty International pour l’Arabie saoudite, qui souligne aussi que son organisation a « documenté plusieurs cas d’individus condamnées à l’issue de procès manifestement inéquitables par le SCC ».

Cette chasse aux opposants apparaît contradictoire avec l’image que veut diffuser le prince héritier Mohammad ben Salmane, qui se présente comme un progressiste, notamment via son plan économique « Vision 2030 » et la décision récente d’autoriser les femmes à conduire. Le théologien al-Aouda est un militant en faveur d’une monarchie constitutionnelle, « mais le point de contradiction (avec les représentants de l’autorité) est la logique du pouvoir vertical de Mohammad ben Salmane (MBS) », souligne M. Rigoulet-Roze.

La peine de mort requise contre Salman al-Aouda pourrait être un moyen pour MBS d’en finir avec le mouvement d’al-Sahwa et d’envoyer ainsi un message aux religieux qui ne rentrent pas dans le rang. Dès son premier grand discours diffusé à l’international, le prince héritier saoudien a fustigé l’influence du mouvement frériste sur la monarchie wahhabite. « L’Arabie saoudite n’était pas ainsi avant 1979. L’Arabie saoudite et la région entière ont été marquées par le mouvement d’éveil. (...) Nous souhaitons seulement revenir à ce que nous étions : un islam modéré ouvert au monde, ouvert à toutes les religions », avait-il déclaré le 24 octobre 2017.


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Un procureur saoudien a requis mardi dernier la peine de mort contre Salmane al-Aouda, 61 ans, religieux et académicien saoudien arrêté en septembre 2017, avec une vingtaine de personnes. Cette décision survient dix jours après une requête de peine de mort contre cinq activistes des droits de l’homme, dont une femme, Israa al-Ghomgham, et un mois après l’enclenchement de la crise...

commentaires (3)

Le pays le plus totalitaire du monde

Jean abou Fayez

23 h 04, le 08 septembre 2018

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Commentaires (3)

  • Le pays le plus totalitaire du monde

    Jean abou Fayez

    23 h 04, le 08 septembre 2018

  • SAOUDITE ET IRAN... O; N,Y A QUE DES CONDAMNATIONS ET DES COUPURES DE TETES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 05, le 08 septembre 2018

  • c'est le vrai visage de l'arabie saoudite il faut arrêter de soutenir ce pays et au Liban, les 14 mars devront aussi se séparer de ce pays

    Talaat Dominique

    12 h 14, le 08 septembre 2018