Nos Lecteurs ont la Parole

Mengistu, es-tu là ?

Georges TYAN
OLJ
06/09/2018

Tous ils parlent et parlent bien. Des discours fleuve, des conférences de presse impromptues, mais bien préparées et cousues de fil blanc où ils racontent à qui veut encore les écouter des bobards à la pelle, donnant au peuple pratiquement des couleuvres sous forme d’espoir qu’il avale sans modération.

Montant sur leurs grands chevaux, ils s’écrient main sur le cœur, le regard rivé au ciel, l’œil larmoyant, d’un air inspiré : « Le peuple… » De quel peuple ils parlent ? Sans doute celui des contrées les plus reculées de la planète, où les bonnes femmes en boubou, un seau sur la tête, vont chercher de l’eau à la rivière.

Ou les hommes édentés faute de soins buccaux, haillons couvrant à peine le corps, les cheveux hirsutes, la peau burinée par le soleil, s’en vont pieds nus dans la brousse trouver pitance à une progéniture affamée, squelettique, les yeux globuleux sortant de leurs orbites, le ventre gonflé à force de privations.

Je vois sans doute trop de documentaires sur l’Afrique noire, la misère des peuplades qui n’en peuvent plus de mourir frappées par les facéties sauvages de la nature qui s’acharne sur eux, les douchant non à l’eau salvatrice, mais par tous les malheurs du monde, épidémies, fièvres, malnutrition. En faisant des loques qui n’ont plus rien d’humain sauf les contours.

Quelle injustice, quand on nous rebat les oreilles avec les leitmotivs des droits de l’homme ? Où sont-ils, ces droits ? Fumisteries à l’usage de quelques crédules qui croient toujours au père Noel, quoique la globalisation alimentée par les réseaux sociaux soit censée rapprocher les gens, abattre les frontières, rendre le monde plus doux à vivre et plus convivial.

La comparaison avec le pays où nous vivons ne tient pas. Certes, ça n’arrive qu’aux autres. En attendant, les centres de villégiature sont pris d’assaut, les restaurants pleins à craquer. Notre gent féminine est plus belle qu’un soleil radieux, coquette, mignonne, peu vêtue des fois, mais habillée chic et d’une rare beauté.

Nos messieurs, à part cette barbe qui les rend affreux, leur donnant un air macho dont ils n’ont guère besoin pour plaire aux dames, restent présentables. Tirés à quatre épingles, portant des habits signés, quoique certains soient made in China, roulent en voitures rutilantes et rugissantes pour en avoir trafiqué l’échappement, s’attirant au passage des insultes bien méritées ayant troublé la quiétude des passants, les faisant sursauter.

Ceci est l’endroit de la médaille. Son revers réserve beaucoup de surprises.

Au Liban, il est des personnes qui ne mangent pas à leur faim. Elles sont en haillons ou couvertes des vêtements trouvés dans les décharges. Le seul maquillage que portent les femmes est la crasse qui, par manque d’eau, s’incruste dans leur visage. Leur parfum provient de la sueur qui s’encastre dans les habits et leur donne cet air répulsif.

Je persiste et je signe. Tous les folklores du pays, les agapes, les ripailles, les festivals qui se déplacent de ville en village, les fêtes foraines devant les lieux de culte, ne pourront plus cacher la misère où nous entraîne une classe politique qui ne voit même pas le bout de son nez, obnubilée qu’elle est par les profits qu’elle escompte retirer de son accession à tel ou tel ministère.

On dirait une armée victorieuse aux portes d’une ville prospère. Elle se prépare à faire main basse sur les richesses de cette bourgade qu’elle vient de prendre de haute lutte. Déjà, la razzia met l’eau à la bouche des conquérants. Toutefois, les dissensions entre les alliés d’hier – l’union qui faisait leur force a volé en éclats – font place à la haine et à beaucoup de rancœur. Le miel a tourné au fiel.

En fait, dans cette citadelle ouverte à tout vent, il n’y avait plus rien à prendre. Les dirigeants s’étaient déjà servis, laissant au peuple à peine quelques miettes pour occuper son attention ailleurs que sur leurs frasques, leur mauvaise gestion de la chose publique, leurs fortunes accumulées à la vitesse du son.

Le pays est exsangue, moribond, à l’article de la mort. La croissance a pris depuis belle lurette la poudre d’escampette. Les gens, le ventre creux, voguent dans les limbes d’un profond coma, criant presque famine, et les dirigeants grassouillets et repus s’acharnant sur le cadavre pour en tirer une dernière goutte de sang.

J’ai toujours en mémoire cette photo du roi des rois Hailé Sélassié, dernier empereur d’Éthiopie, assis sur son trône et à ses pieds deux immenses et superbes chiens, chacun plus grand qu’un lion. La légende disait que le roi des rois prive son peuple tenaillé par la faim de toute victuaille, mais jamais ses molosses à qui il réserve les mets de choix.

Puis vint la junte militaire avec à sa tête Mengistu Hailé Mariam. Il jeta le roi des rois avec ses chiens dans un trou. Ces derniers une fois affamés firent à l’empereur le sort que l’on connaît.

Avons-nous dans les parages un Mengistu avant qu’il ne soit trop tard ?


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COURBAN Antoine

Vous avez magnifiquement exprimé ma propre pensée qui prend pour exemple Jules César qui a fini par mettre au pas les sénateurs corrompus de Rome.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MIN-ESTOU GOUVERNE MALGRE ESTOU !

gaby sioufi

Mengistu Hailé Mariam a t il fait du bien a l'Ethiopie a part jeter selassie aux chiens?

de ttes facons, nous autres au Liban avons plus d'un Haile Selassie deguise en Mengistu, raison pour laquelle la chance qu'auraient eu les ethiopiens ? nous ne l'aurons jamais.

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