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Liban

Filippo Grandi : Un retour forcé des réfugiés syriens serait « contre-productif »

crise

Le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU a abordé avec Gebran Bassil la question des permis de séjour du personnel du HCR.


01/09/2018

Le haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Filippo Grandi, a clôturé hier à Beyrouth une tournée qui a englobé également la Jordanie et la Syrie. Sa visite au Liban s’est inscrite dans un contexte de tension entre le ministère des Affaires étrangères et le HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), sur fond de rapatriements non avalisés par l’organisation internationale de réfugiés syriens. Tout en évitant soigneusement de nourrir la querelle et en usant abondamment de langage diplomatique, M. Grandi a saisi l’occasion pour mettre en garde contre des retours forcés, estimant que cela serait « contre-productif ».

Avant de quitter Beyrouth, où il s’est notamment entretenu avec le chef de l’État Michel Aoun, le Premier ministre désigné Saad Hariri, le ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et le patron de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, le responsable onusien a tenu une conférence de presse durant laquelle il a aussi déclaré qu’il est en faveur de négociations entre les diverses parties en conflit en Syrie pour épargner les civils à Idleb, donnant l’exemple de Deraa où des pourparlers entre les rebelles et la Russie ont sauvé la région de la destruction, contrairement à ce qui s’était produit dans la Ghouta, à l’est de Damas.

Commentant le rôle de la Russie dans le conflit syrien, il a souligné que les Nations unies reconnaissent que le rôle de Moscou est de plus en plus important en Syrie, et indiqué que l’initiative russe sur le retour des réfugiés, qui rencontre jusqu’ici peu d’échos favorables dans le monde, est « à considérer comme toute autre proposition ». Elle « devrait bien sûr respecter le retour volontaire des réfugiés », a-t-il dit.

À la question de savoir quelle serait la position du HCR si le gouvernement libanais commençait à rapatrier des réfugiés en coopération avec la Syrie et la Russie sans l’aval de la communauté internationale, M. Grandi a déclaré que son institution « respecte la souveraineté des États qui accueillent les réfugiés ». Le HCR est « pour le retour volontaire des déplacés, dans la dignité et la sécurité », a-t-il cependant ajouté. Les rapatriements forcés seraient « contre-productifs » tant pour les réfugiés eux-mêmes que pour les pays hôtes ou pour leur pays d’origine. « La décision du retour devrait être effectuée par chaque réfugié volontairement, loin de toute peur », a-t-il dit.

La conférence de presse s’est tenue au siège du HCR à Beyrouth en présence de la représentante de cette institution onusienne au Liban, Mireille Girard, et de la porte-parole de M. Grandi, Melissa Fleming.

Évoquant sa visite de 48 heures en Syrie, il a précisé qu’il avait discuté de la situation et de l’avenir des réfugiés à l’intérieur et à l’extérieur du pays, à la lumière des événements de la Ghouta et de Deraa. Selon lui, le nombre des Syriens réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie atteint quelque 5,5 millions de personnes, mais les déplacés à l’intérieur de la Syrie sont encore plus nombreux.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : Moscou déterminé à aller au bout de son initiative, malgré la froideur internationale)


Relation complexe avec le Liban

« Tout le monde parle du retour des réfugiés syriens dans leur pays, mais le volume de ce retour ne dépasse pas les 100 000 personnes jusqu’à présent. Les déplacés de l’intérieur sont plus nombreux à rentrer chez eux », a assuré M. Grandi.

Interrogé sur la question des permis de séjour du personnel étranger du HCR au Liban, Beyrouth ayant arrêté d’en délivrer depuis le début de l’été, M. Grandi a souligné que ce dossier figure à l’agenda de ses discussions, notamment avec le ministre des Affaires étrangères, ajoutant que « c’est dans l’intérêt du Liban et des réfugiés que le HCR poursuive son travail au pays du Cèdre. Je suis sûr que nous parviendrons à des résultats positifs ». « La relation est toujours complexe entre des institutions comme le HCR et des pays comme le Liban, qui accueille des réfugiés depuis soixante-dix ans. Dans ce cadre, les discussions demeurent constructives », a-t-il dit.

De fait, M. Grandi a été reçu en soirée au domicile du ministre de Gebran Bassil à Laklouk. Selon une source informée libanaise, le climat qui a prévalu au cours de la rencontre entre les deux hommes était « très positif » et le Haut-Commissariat « comprend la position libanaise ».

En soirée, la porte-parole du HCR au Liban a confirmé à L’Orient-Le Jour que le sujet des permis de séjour a été abordé lors de cet entretien, tout en se refusant à toute précision à ce sujet.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : possible demande de clarification du palais Bustros à la France)


Lors de son entretien avec M. Grandi, le président Aoun avait réitéré son appel à ne pas lier le retour des réfugiés syriens à une solution politique à la crise en Syrie, ce que la communauté internationale refuse d’avaliser jusqu’ici. Selon un communiqué de la présidence, M. Aoun a demandé au HCR de « jouer un rôle plus grand en facilitant le retour sûr des déplacés syriens dans leur pays, notamment vers les zones syriennes qui sont désormais stables », qu’elles soient sous le contrôle du régime syrien, de la coalition internationale et des forces kurdes ou encore des forces turques. Pour sa part, « le Liban va continuer à organiser le retour progressif des déplacés qui souhaitent rentrer chez eux », a ajouté M. Aoun, en référence aux plusieurs centaines de réfugiés déjà rapatriés en Syrie par les soins de la Sûreté générale à partir des régions de Chebaa et de Ersal, en coordination avec Damas, mais sans l’aval du HCR. Le chef de l’État a assuré à cet égard que les autorités libanaises « ne font pas pression » sur les réfugiés qui rentrent en Syrie.

Exprimant « l’inquiétude du Liban de voir le retour des déplacés lié à une solution politique à la crise syrienne », M. Aoun a indiqué que Beyrouth appuie l’initiative russe pour le retour des réfugiés et « étudie avec les parties concernées les détails de cette opération ».


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NAUFAL SORAYA

Contre-productif pour qui, exactement?

aliosha

Autre que negative on se demande quel role positive l'ONU a joué depuis 2011 concernant le problème Syrien . Quel role l'ONU a joué depuis 1948 concernant le probleme palestinien ? Attention il est temps qu'on cesse d'etre payer et d'encaisser pour vendre notre pays

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE RETOUR SANS LA COOPERATION DE L,ONU EST QUASIMENT IMPOSSIBLE. LA GUERRE N,EST PAS FINIE ET LE RISQUE DE NOUVEAUX REFUGIES SYRIENS POINTE D,IDLEB ET D,APRES IDLEB !

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