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Nos lecteurs ont la parole - Ronald Barakat

Le Liban n’existe pas ?

Il y a un papier qui circule depuis des jours sur les réseaux sociaux et routiers du Liban, relayé par des centaines de Libanais, sur lequel il nous est dit, à nous Libanais, sur un ton péremptoire, que « Le Liban n’existe pas ». Ce papier, au titre alarmant, continue à voltiger dans notre espace aérien libanais et faire des adeptes, même parmi des intellectuels. On en a même fait un bateau de papier pour sillonner les eaux territoriales libanaises. Ce « certificat », non pas de décès, mais d’inexistence, est distribué à si grande échelle nationale que je me suis demandé si moi, Libanais, j’existais, puisque « Le Liban n’existe pas ». J’ai porté une main fébrile à mon portefeuille pour voir si ma carte d’identité était toujours là. Ouf ! Elle y était encore. J’ai tapé le mot « Liban » sur Google et il m’a sorti un pays existant, officiellement créé en 1920, comme entité géopolitique dans ses frontières actuelles, sous le nom de Grand Liban. Ce Liban a pris son indépendance en 1943 et il est toujours membre des Nations unies. Il avait failli ne plus exister, surtout durant la guerre civile, n’eût été le sacrifice de dizaines de milliers de Libanais, surtout de la Résistance libanaise (à ne pas confondre avec la Résistance islamique actuelle) tombés en martyrs pour que ce Liban continue d’exister… alors que des Libanais viennent soutenir le contraire, tout en vivant, confortablement ou inconfortablement, au Liban, reniant par là tous ceux qui ont lutté, au prix de leur vie, pour qu’on puisse dire que le Liban existe, malgré tout, et qu’on puisse y vivre. C’est cette attitude pessimiste, nihiliste, négativiste, de nombre de Libanais qui fait que le Liban connaît ce « mal-être », ce problème existentiel… tout en existant.

Si, messieurs-dames les pessimistes et les nihilistes : le Liban existe. C’est un bordel, organisé ou désorganisé, mais un bordel existant, ne vous en déplaise. Et il nous revient de mettre le holà à ce bordel.

On peut très bien nier subjectivement l’existence du Liban (dans la subjectivité de l’auteur de l’article et de ses fans), mais pas objectivement. Objectivement, géopolitiquement, historiquement, sociologiquement, politiquement, constitutionnellement, scientifiquement… le Liban existe. Pas comme on le souhaite, mais il existe.

On peut nier cette existence au sens figuré, poétique (et je suis assez poète pour le comprendre), mais pas au sens propre, formel. Le Liban existe. Point final. Nous ne vivons pas dans une entité abstraite, mais concrète. Pas dans un rêve, mais une réalité (quoique cauchemardesque).

Et lorsqu’on adopte un ton doctoral, affirmatif, voire normatif, il faut peser scientifiquement ses mots et respecter la terminologie anthropologique, sociologique, politologique, épistémologique, sans déformer le sens, le grossir ou le « poétiser ».

On ne peut dire, à titre d’exemple, qu’il existe des « tribus » au Liban, au sens strict du terme, celui-ci renvoyant à d’autres contextes, notamment aux sociétés primitives, bédouines, indiennes, etc., liées par des liens de parenté, ou relevant d’une souche commune, ou aux temps bibliques des douze tribus d’Israël. Il existe des critères scientifiques pour la constitution d’un groupe social en « tribu », critères qui ne s’appliquent pas au contexte libanais où évolue, cahin-caha, une « société libanaise », formée de citoyens, fussent-ils dotés de l’esprit citoyen et civique, ou non (ceci étant une autre paire de manches). Société dans son acception sociopolitique, régie par des institutions communes (politiques, économiques, juridiques, etc.) dans le cadre d’un État (quel que soit son état).

On peut, à la rigueur, parler de « communautés » au sein de ladite société, mais pas de « tribus ». L’existence, dans certaines régions isolées comme dans la Békaa-Ouest, de familles regroupées sous l’autorité d’un chef, communément appelées « tribus » ou « clans », ne peut être extrapolée à l’ensemble de la société libanaise, pour en faire une ou des tribus, outre que l’appellation de « tribu » ou de « clan », même dans ce contexte, reste sujette à caution.

On ne peut prétendre à un discours objectif et sortir des énormités à l’emporte-pièce en affirmant, en outre, que la « définition commune du pays n’a jamais vu le jour ». Cette définition est bien formulée dans la Constitution de ce pays. Le problème réside dans l’inapplication de la définition et non dans l’inexistence de celle-ci.

Le « concept Liban » est bien défini, dans sa Constitution définitive, souveraine, républicaine, parlementaire, laïque, démocratique, citoyenne, non confessionnelle… Il s’agit de s’unir, de se libaniser, de se déconfessionnaliser pour l’appliquer. Les pères de notre nation ont plus ou moins bien fait leur travail.

À nous d’entreprendre le nôtre qui consistera à traduire l’esprit de la lettre constitutionnelle en pratique institutionnelle, à plancher sur le fond, sur l’esprit, sur la mentalité libanaise, par un travail d’éducation et de sensibilisation, et ceci afin de renforcer l’existence de l’entité libanaise qui ne souffre d’aucun manque, d’aucune lacune (ou presque) sur le plan constitutionnel et conventionnel.

Le Liban n’est pas, comme on veut nous le faire croire, une « utopie », mais une réalité, rendue triste, à cause de nos allégeances confessionnelles et extranationales, elles-mêmes utopiques, puisqu’elles n’ont réussi qu’à semer la discorde et les conflits, à faire verser le sang, sans remettre en question l’identité libanaise.

Identité libanaise qui existe, aussi bien que le Liban, identité que les « replis identitaires », sectaires, ne pourront jamais éliminer. Car il se trouvera toujours des Libanais pour (re)payer le tribut afin que nous continuions à être une société, et non des « tribus », des citoyens et non des « membres », des Libanais et non autre chose.

Si, n’en déplaise, le Liban existe, objectivement sur la carte, et subjectivement dans notre cœur. Nous avons payé très cher pour qu’il continue d’exister, et nous sommes prêts à payer encore.


Il y a un papier qui circule depuis des jours sur les réseaux sociaux et routiers du Liban, relayé par des centaines de Libanais, sur lequel il nous est dit, à nous Libanais, sur un ton péremptoire, que « Le Liban n’existe pas ». Ce papier, au titre alarmant, continue à voltiger dans notre espace aérien libanais et faire des adeptes, même parmi des intellectuels. On en a même fait un bateau de papier pour sillonner les eaux territoriales libanaises. Ce « certificat », non pas de décès, mais d’inexistence, est distribué à si grande échelle nationale que je me suis demandé si moi, Libanais, j’existais, puisque « Le Liban n’existe pas ». J’ai porté une main fébrile à mon portefeuille pour voir si ma carte d’identité était toujours là. Ouf ! Elle y était encore. J’ai...
commentaires (1)

merci pour cette article. Je voudrais simplement ajouter que le risque de confusion est plus eleve entre le blanc et le noir qu'entre la Resistance libanaise et la resistance islamique actuelle.

Rhéa m

09 h 13, le 04 septembre 2018

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Commentaires (1)

  • merci pour cette article. Je voudrais simplement ajouter que le risque de confusion est plus eleve entre le blanc et le noir qu'entre la Resistance libanaise et la resistance islamique actuelle.

    Rhéa m

    09 h 13, le 04 septembre 2018

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