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Liban

McCain et le Liban : un appui systématique aux résolutions antisyriennes

Disparition

Le sénateur, mort hier à 81 ans, avait été l’un des moteurs derrière le « Syria Accountability Act » et d’autres textes ayant eu un impact sur le pays du Cèdre.

27/08/2018

La nouvelle de la disparition du sénateur américain John McCain, ancien candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis, n’aura pas laissé les Libanais indifférents. Tout comme une autre grande figure disparue récemment, l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui avait joué un rôle décisif dans l’adoption de la résolution 1559 du Conseil de sécurité, le sénateur républicain de l’Arizona, connu pour son implication dans les dossiers des affaires étrangères, était l’un des principaux artisans de l’adoption de plusieurs textes au Sénat, dont le très célèbre « Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act », adopté en 2003, ainsi que d’autres législations appelant au désarmement des milices armées et au soutien à l’armée libanaise.

C’est un véritable hommage que lui a rendu en tout cas hier le leader druze Walid Joumblatt. Dans un message de condoléances à la famille du sénateur emporté par un cancer à 81 ans, M. Joumblatt a estimé que « le sénateur McCain était un soutien pour la souveraineté du Liban et son indépendance contre l’ingérence étrangère, considérant que la création du Tribunal spécial pour le Liban était une mesure nécessaire pour mettre un terme aux assassinats politiques et rendre justice » aux victimes. Il a rappelé également que « le disparu a toujours appuyé avec force la révolution du peuple syrien pour changer le régime en place, et a exprimé son avis sur cette question en toute liberté, dans l’espoir que ce peuple accéderait à la liberté et à la dignité ».

M. Joumblatt a exprimé dans son message son amitié pour le défunt, avec qui il « discutait des questions régionales et internationales avec un respect mutuel, quels que soient les accords ou les divergences d’opinion ».


Un rôle « historique et décisif »

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur la disparition du sénateur, Walid Pharès, conseiller de membres du Congrès US et de candidats à la présidence américaine, affirme que son rôle dans l’adoption de divers projets de loi, autant à la Chambre des représentants qu’au Sénat, a été « historique, important et décisif ». « Depuis 2000 spécifiquement, le sénateur a appuyé des résolutions au Sénat visant à exiger le retrait des troupes syriennes du Liban ainsi que le désarmement du Hezbollah, explique-t-il. Un grand nombre de membres du Congrès américain plaidaient en faveur de telles législations, mais le sénateur McCain savait se faire entendre et était très déterminé. »

Ainsi, quand le texte du « Syria Accountability Act » a été élaboré à la Chambre des représentants, John McCain l’a transféré au Sénat, obtenant un vote à une large majorité en sa faveur. « Cette législation a été la pierre angulaire qui a façonné la politique étrangère des États-Unis concernant la Syrie sous l’administration Bush, poursuit M. Pharès. Il y a eu d’autres résolutions portant sur le terrorisme ou encore sur le Hezbollah, et McCain votait systématiquement en faveur de ces textes. »

Interrogé sur la vision de McCain quant à la situation au Liban, Walid Pharès estime qu’elle « n’est pas très différente de celle des administrations Bush et Trump, ni de celle du Congrès depuis 2000 », à quelques exceptions près. Et d’ajouter : « Cette vision est fondée sur l’appui américain au retrait des troupes syriennes, ce qui a été réalisé, même partiellement, au désarmement du Hezbollah et d’autres milices, et en faveur de la liberté et de la souveraineté du peuple libanais. McCain ne s’est pas attardé sur ce que devrait être l’avenir du Liban parce qu’il considérait que c’était aux Libanais d’en décider. »

L’analyste rappelle cependant que le sénateur était « critique de la situation actuelle au Liban, notamment depuis l’épisode du 7 mai 2008, lorsque le Hezbollah a dominé Beyrouth et attaqué la Montagne ». « Depuis lors, la position affichée par le sénateur, c’était que ce parti avait désormais une mainmise sur le Liban et que cela devait être changé », affirme-t-il.

Au niveau du Moyen-Orient, le sénateur était inquiet pour les minorités et voyait d’un mauvais œil l’expansion iranienne dans la région, selon M. Pharès. John McCain était surtout un farouche défenseur de la révolution syrienne contre le régime Assad. « Dans ce cadre, il a été quelquefois critiqué par des conservateurs de son propre parti qui considéraient qu’il n’était pas assez sélectif des groupes opposants qui devaient être soutenus, précise-t-il. En effet, un de ces groupes était proche des Frères musulmans, et certains de ses jihadistes ont été filmés par les médias durant une visite du sénateur en Syrie. »

À la question de savoir quelles étaient ses relations avec les hommes politiques libanais, Walid Pharès souligne que le sénateur McCain « avait pour habitude de rencontrer la plupart des hommes politiques libanais en visite aux États-Unis, spécialement ceux du camp qui formait le 14 Mars, ainsi que des groupes libano-américains ». « En gros, il avait de bonnes relations avec le camp anti-Assad au Liban », précise-t-il.


La perte « d’un ami du Liban »

Il ne fait pas de doute, pour Jean-Pierre Katrib, chercheur en affaires régionales et internationales, que « le Liban a perdu un ami en la personne du sénateur McCain ». Celui-ci, rappelle-t-il, « a souvent été le moteur de projets concernant le Liban, et son amitié avec beaucoup de Libanais était très connue ». « Durant sa campagne présidentielle, il y avait même un lobby appelé “Lebanese for McCain”, rappelle le chercheur. Jusqu’au bout, le sénateur a suivi les moindres détails sur le Liban. Récemment, durant l’épisode de la démission du Premier ministre Saad Hariri (fin 2017), John McCain, qui était alors président de la commission des Forces armées au Sénat, a publié un communiqué dans lequel il exprimait son inquiétude pour la stabilité au Liban et souhaitait un retour rapide de Saad Hariri à l’exercice de ses fonctions. Il a, de plus, constitué un appui continu pour l’armée libanaise, faisant même face à des critiques au Sénat. »

Il a rappelé le soutien indéfectible du sénateur disparu à la révolution du Cèdre à son propre parti dont il était une figure de premier plan, respecté de tous, même de ses adversaires politiques, et fervent défenseur du travail bipartisan et du fait que la politique étrangère américaine devait être fondée sur les valeurs de ce pays, notamment la défense des droits de l’homme. C’est, selon lui, ce qui l’a motivé pour soutenir avec autant de force la révolution syrienne et même critiquer l’inaction de l’administration Obama à ce propos.Aux antipodes de ces considérations, l’ancien ministre Wi’am Wahhab a estimé, dans un tweet, que la disparition de John McCain, « qui a encouragé le crime en Syrie et en Irak, a débarrassé la région d’un homme qui a incarné le mal et la haine ».


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Le Faucon Pèlerin

Les Libanais refusent de devenir étrangers dans leur propre pays.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN DEFENSEUR ACHARNE D,UN LIBAN LIBRE ET SOUVERAIN ! QUE SON AME REPOSE EN PAIX.

gaby sioufi

son historique ne laisse aucun doute :
Feu le senateur Mac Cain etait un brave, tres brave va-t-en guerre .
entre autre de ses exploits, il fut l'un des penseurs qui avait encourage a la guerre contre les ADM(WMD) de saddam, guerre qui n'a abouti qu'a creer crimes contres l'humanite, destructions, desolation qui perdurent a ce jour.

Salim Dahdah

Tous les souverainistes de ce pays, le 14 mars en tête, et tous ses chefs historiques, devraient rendre hommage à celui qui a été leur parrain et leur plus grand défenseur !
Plus que n'importe qui au monde,le Sénateur Mc Cain,a porté haut et fort le destin d'un Liban indépendant,libre et souverain,
Dieu ait son âme et qu'il repose en paix!

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