Voici un concept bizarre dont on entend parler régulièrement, et qui passe inaperçu, tant il est rentré dans les mœurs locales : c’est la couverture. De quoi s’agit-il ? Le concept est souvent employé par des politiques lorsqu’un délit est commis. Ça s’insère dans une phrase telle que : « Nous ne couvrons pas le suspect (ou un délit). » Cela veut dire que la possibilité de couvrir le concerné existe, auquel cas c’est l’impunité qui s’applique, mais que par magnanimité ils ont renoncé à ce droit. Ils en reçoivent à cette occasion plein d’éloges. Parfois quelqu’un d’assez puissant n’a aucun problème à dire : « Nous ne couvrons plus ces agissements. » Cela veut donc dire qu’ils les ont couverts pendant un certain temps.
Un exemple édifiant est celui de l’Escobar de Brital, Ali Zeid Ismaël, tué en juillet passé suite à une opération de grande envergure pour l’arrêter. C’était dans le cas de cet énième plan sécuritaire dans la Békaa, là où tout le monde a juré, promis, qu’ils ne couvrent personne. Car la couverture, il l’a bien eue l’Escobar, et pendant des décennies. D’après le communiqué de l’armée, le type était sous le coup de 2 941 mandats d’arrêt, soit une moyenne d’un mandat chaque jour ouvrable pendant 10 ans. Ça semble difficile de croire que la 2 942e tentative a réussi par hasard, subitement.
La morale de l’histoire, pour être pragmatique, est que les forces de l’ordre et l’appareil judiciaire feraient mieux de s’enquérir du degré de couverture concernant un suspect ou des agissements quelconques avant de perdre leur temps, et l’argent du contribuable, à le poursuivre.
Nos lecteurs ont la parole - Par Nicolas Sbeih
La couverture expliquée aux novices
OLJ / le 24 août 2018 à 00h00


Excellent !
22 h 48, le 10 septembre 2018