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Diaspora

À Washington, Abjadiyah perpétue le patrimoine libanais

Focus

Depuis plus de dix ans, Norma Najjar s’est lancé un grand défi : rassembler les familles levantines dans l’espoir de préserver leur connaissance de la langue. Mission réussie.

14/08/2018

Des classes bondées, des professeurs sérieux, des élèves curieux d’apprendre l’arabe… En ce samedi matin, à l’école Abjadiyah à Washington, la journée ne fait que commencer.
Dans cette école, l’énergie de toute l’équipe enseignante est immédiatement perceptible, transmissible et cruciale. Durant trois heures, une centaine d’élèves, âgés de 4 à 16 ans, apprennent et parlent l’arabe au beau milieu de la capitale américaine. Ils utilisent les manuels scolaires spécialement conçus et élaborés par Abjadiyah, écoutent de la musique, chantent et apprennent les particularités sociales et historiques du Liban. Tout en faisant plaisir à leurs parents, ces jeunes Libano-Américains, Égyptiens, Syriens, Jordaniens ou simplement Américains, préservent ainsi leur attachement culturel à la région de leurs ancêtres.

Norma Najjar a le sourire. L’école Abjadiyah, qu’elle a fondée, est devenue l’espace culturel et linguistique auquel elle a tant aspiré depuis plusieurs années. Architecte de formation, elle a fait de cette école le combat de sa vie après son émigration aux États-Unis. Un combat qui a failli être perdu d’avance : en effet, ce n’était pas la première tentative de créer une telle institution au sein de la communauté libanaise. « Un tel projet a toujours présenté de nombreuses difficultés à tous points de vue, financier, moral ou encore social », reconnaît cette mère de deux enfants, à qui elle a enseigné sa langue maternelle. « Lorsque j’ai démarré cette entreprise, je ne savais même pas si Abjadiyah pourrait voir le jour. Mais j’étais motivée et j’étais convaincue qu’il fallait faire quelque chose. J’ai senti aussi que je ne pouvais pas rester les bras croisés. »
Au début, 22 étudiants ont répondu à l’appel. Et l’équipe était composée majoritairement de mères de famille libanaises. Avec le temps, le nombre d’élèves a augmenté et le personnel est devenu plus nombreux. Comment cette femme forte a-t-elle réussi cette mission ? La motivation était là, certes, mais elle n’est pas le seul point fort de Norma Najjar. De tout temps, elle excelle dans les projets visant la préservation du patrimoine libanais.
Dans le passé, il lui est arrivé de travailler sur le patrimoine de Byblos et ses environs. Un projet qui avait été salué par son université au Liban. Après son départ du pays, elle a compris qu’elle devait en défendre la langue. Elle a échafaudé son projet avec courage, persistance et surtout beaucoup de rigueur, répondant aux questions suivantes : Comment faire pour ne pas priver des enfants nés aux États-Unis du patrimoine linguistique de leurs parents levantins ? Comment faire pour qu’ils veuillent apprendre la langue et connaître l’histoire du Liban ?

Fierté
En avançant dans son projet, Norma Najjar a compris plusieurs points. « L’existence d’une telle institution rend les familles libano-américaines fières de leur origine, note-t-elle. J’avais l’impression en effet que certains doutaient de tout. Qu’ils avaient oublié à quel point notre langue est belle, à quel point notre patrimoine est riche. Il fallait que la confiance se réinstalle, qu’il y ait de nouvelles possibilités de revivre sa culture d’origine. »
Elle cite l’exemple d’une maman libanaise qui écoutait à Washington D.C. des chansons arabes en voiture, quand son fils l’a priée de changer de musique. Elle relate aussi comment sa propre fille a subi des remarques négatives tout simplement parce qu’elle mangeait des plats libanais à l’école. « C’est la preuve que nos petits ne savent rien de leur patrimoine et que ce n’est pas leur faute, note Norma Najjar. Il fallait les informer et booster leur confiance. » Elle fait une comparaison qui montre la richesse culturelle libanaise. « Prenez Halloween et la Sainte-Barbe, dit-elle. C’est normal que les enfants nés ici célèbrent la première. Mais ça serait encore mieux s’ils découvrent également comment la seconde est célébrée au Liban et qu’ils aient l’occasion de la fêter avec d’autres jeunes de leur communauté. »

Soutien aux mères de famille
C’est en rentrant un été du Liban que la fondatrice d’Abjadiyah a pris les choses en main. Elle s’est familiarisée avec les méthodes d’apprentissage non conventionnelles de Rose Hawi, qui l’avait encouragée à mener ce projet. « Je me suis rendue compte que son matériel est riche et accessible », affirme-t-elle.
À Abjadiyah, on croit qu’il faut adopter une méthode simple, sans complications pour les enfants. Cela fonctionne pour les petits mais aussi pour la famille. L’école a réussi à faire vivre le « libanisme » entre les proches. Elle a réussi à réinstaurer l’envie de retour au bercail. Et ce n’est pas tout : Abjadiyah peut se vanter d’avoir accompli une action louable, celle de tendre la main à des mères de famille ayant gelé leurs carrières pour s’occuper de leurs enfants. Elle les a encadrées, formées et encouragées dans leurs parcours. Aujourd’hui, certaines travaillent au sein d’universités ou d’écoles à Washington, dans le Maryland et en Virginie.
Norma Najjar a raison de sourire : Abjadiyah a su bel et bien transformer la communauté libano-américaine culturellement, linguistiquement et socialement.

Rose Hawi, un enseignement non conventionnel


Convaincue qu’il faut enseigner la langue d’une manière non conventionnelle, Rose Hawi, qui a enseigné au Liban dans des écoles prestigieuses, a inventé un programme pratique où les méthodes d’apprentissage sont rigoureuses mais accessibles. Dans son livre, « cultures without borders » May Rihani rend d’ailleurs hommage à ce professeur d’arabe et à ses méthodes d’enseignement.

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban.  E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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