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Liban

Jamil Sayyed descendu en flèche par les anciens militants du 7 août

Réactions

Des militants s’indignent de la tentative de l’ancien directeur de la Sûreté générale de minimiser les agissements sécuritaires libano-syriens de l’époque.

09/08/2018

C’est peut-être parce que le climat des libertés au Liban ressemble de plus en plus à celui qui prévalait sous la tutelle syrienne que la commémoration des 7 et 9 août 2001 prend autant d’ampleur cette année. Le souvenir de ces deux jours fatidiques continue de hanter les esprits, d’autant que l’un des grands manitous de l’époque, l’ex-directeur de la Sûreté générale et aujourd’hui député Jamil Sayyed, a lui-même commenté la commémoration, en minimisant sciemment l’importance de la répression contre les cadres du Courant patriotique libre (CPL) et des Forces libanaises (FL) le 7 août, puis contre les manifestants devant le Palais de justice le 9 août.
« 7 août 2001 ? Les aounistes avaient appelé à manifester, le Conseil central de sécurité, présidé par Élias Murr (alors ministre de l’Intérieur), avait décidé de maintenir l’ordre, et avait ainsi chargé la Sûreté générale de surveiller les entrées de Beyrouth et chargé l’armée et les Forces de sécurité intérieure d’assurer la sécurité au rond-point du Palais de justice. Les manifestants se sont rassemblés sur les lieux, et les forces antiémeutes au sein des services de renseignements de l’armée les ont affrontés violemment et ont arrêté certains d’entre eux de manière publique, images et son à l’appui ! Ni plus ni moins ! » a écrit mardi le général à la retraite sur son compte Twitter, provoquant une salve de réactions hostiles de la part des anciennes figures de proue de l’opposition antitutelle syrienne de l’époque.
L’Orient-Le Jour a recueilli les réactions de quelques-unes de ces personnalités, dont une partie a soit été arrêtée le 7 août, soit réprimée le 9 août. Certains, dont l’ancien député FL Élie Keyrouz, ont préféré s’abstenir de répondre à l’ancien responsable sécuritaire, tandis que d’autres, dont les députés du CPL Salim Aoun et Ziad Assouad, étaient hier injoignables :


(Lire aussi : Que reste-t-il de l’héritage des rafles du 7 août 2001 ?)


Patrick Richa, ancien responsable estudiantin Kataëb : « Les temps que nous traversons sont déplorables ! En 2005, nous avons cru que nous nous étions débarrassés de l’appareil sécuritaire libano-syrien. Pendant les dix dernières années, quelque chose a dû prendre un mauvais tournant, parce que ceux qui auraient dû être jugés aujourd’hui sont retournés par la porte de derrière. Ce tweet est une provocation pour les jeunes militants et militantes qui ont participé au 9 août 2001. »

Fady Abou Jamra, ancien responsable estudiantin du CPL, aujourd’hui dans l’opposition : « Il est extrêmement difficile pour Jamil Sayyed de comprendre la valeur des libertés auxquelles nous croyons, et de réaliser à quel point l’arrestation pour des motifs politiques nuit à une nation. Il est triste de voir que ces personnes-là sont soutenues par des partis afin d’accéder au pouvoir, mais il est encore plus triste de voir les Libanais voter pour elles. Le 7 août a eu lieu en réponse à l’oppression politique et aux arrestations. Aujourd’hui, je propose à ceux qui cherchent à se remémorer le passé de nous montrer ce qu’ils ont réalisé depuis, et ce qu’ils projettent pour l’avenir ! »

Jean Aziz, ancien responsable CPL : « Le général Sayyed confond les faits et les dates. La manifestation du 9 août devant le Palais de justice avait pour but de stigmatiser l’arrestation, le 7 août, de près de 200 militants des forces souverainistes, sous prétexte que Nadim Leteif, Toufic Hindi, Élie Keyrouz, Habib Younes, Salmane Samaha et leurs camarades exécutaient un coup d’État israélien. Il est temps (pour Jamil Sayyed) de présenter des excuses. »

Salmane Samaha, ancien responsable estudiantin des FL : « Nous avions répondu à Jamil Sayyed le jour où il était au pouvoir et où il gouvernait le pays de facto. Aujourd’hui, ça ne vaut plus la peine de lui répondre. »

Naufal Daou, journaliste : « J’appelle le parquet à considérer les propos de Jamil Sayyed comme étant une note sur la base de laquelle les responsables de la répression du peuple libanais seront jugés. Dans ce cadre, il convient de rappeler que Rafic Hariri, alors Premier ministre, était en voyage lorsque ces actes ont eu lieu et qu’il est rentré sur le champ au Liban pour s’opposer fermement à ces pratiques. C’est une preuve de plus que ce n’était pas l’autorité libanaise politique qui a donné l’ordre d’opprimer ces jeunes, mais l’appareil sécuritaire libano-syrien qui a agi de son plein gré, ce qui est contraire à la loi. »

Assaad Béchara, journaliste : « Aujourd’hui, ceux qui sont coupables d’avoir perpétré le 7 août et ceux qui en était victimes se trouvent dans le même camp. Le 7 août constituait la première réponse à la réconciliation de la Montagne parrainée par le grand patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, et le leader druze Walid Joumblatt. Ce jour-là, l’appareil sécuritaire libano-syrien s’est rendu compte du fait qu’il s’affaiblissait un peu plus à chaque fois que les Libanais se rapprochaient les uns des autres. Ce qui est déplorable aujourd’hui, c’est le fait que le régime que représente Jamil Sayyed ait réussi à amener une partie des chrétiens à rallier l’axe de la moumanaa. »

Farès Souhaid, ancien député : « Le 7 août était un coup monté de la part de plusieurs services de renseignements, avec l’ancien président de la République Émile Lahoud et Jamil Sayyed et tous les acteurs de cet appareil sécuritaire libano-syrien. De toute façon, la chronologie des événements relatés par Jamil Sayyed est erronée. »

Wadih el-Asmar, président du Centre libanais des droits de l’homme (CLDH) : « Il faut, pour commencer, souligner que ce qu’a dit Jamil Sayyed est faux. La répression et la violence contre les manifestants ont eu lieu le 9 août suite aux arrestations menées le 7 août. Il s’agit d’un été de violence et d’oppression et non seulement d’un ou de deux jours. À l’époque, j’étais observateur au sein de l’association Solida qui lutte pour les droits de l’homme, il faut écouter ce que les concernés (les aounistes) peuvent bien avoir à dire à ce sujet. Leur silence est assourdissant. »

Élie Abou Aoun (sur son compte Facebook), activiste des droits de l’homme : « Que l’un de ceux qui ont été à l’origine de la répression du 7 août s’en moque n’est guère étonnant, que la commémoration soit monopolisée par les opportunistes (…) ne l’est pas non plus. Mais ce qui est désolant, c’est que certaines victimes du 7 août soient devenues les bourreaux de la liberté en 2018 (…). Cela est signe de décadence. »


Lire aussi

Les FL : « Le 7 août est un souvenir rayonnant dans l’histoire du Liban souverain »

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Le pont

Les retraités ou ex-serviteurs civils de postes comme celui de patron de la sécurité d'un pays doivent observer la retenue, par devoir de loyauté à l'Etat, et de s'abstenir d'entrer dans des appareils politiques. D'ailleurs les appareils politiques doivent refuser de les intégrer dans leurs rangs par respect à l'Etat. Cette perméabilité entre responsables publics et responsables partisans est problématique et hautement dommageable pour les démocraties dans le monde.

Irene Said

Le doigt levé...une habitude...!...manquent les lunettes, et un drapeau syrien pour convaincre, à défaut d'un turban...
il faut de tout pour faire un
LIBAN NOUVEAU ET FORT...et...PANACHE !!!
Irène Saïd


gaby sioufi

qui est encore assez naif pour croire que les critiques emises a son propos- quoique severes elles puissent etre- derangeraient jamil ?
au contraire il doit en jubiler de plaisir & de sentiment d'honneur d'avoir oeuvre de la sorte durant la glorieuse ere syrienne.

Le Faucon Pèlerin

Jamil Sayed de sinistre mémoire a-t-il été élu en 2018 pour piocher dans les cimetières de 2001 ?

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