Nos Lecteurs ont la Parole

Qu’en penserait Orson Welles ?

par Sylvio Le Blanc
OLJ
09/08/2018

On reproche notamment aux créateurs du spectacle SLĀV, annulé par le Festival international de jazz de Montréal suite à des contestations visant l’appropriation culturelle, d’avoir confié des rôles d’esclaves noires à des chanteuses blanches. Mais qui a reproché aux Grands Ballets Canadiens d’avoir confié le rôle de la Fée Dragée à la ballerine Vanesa Garcia-Ribala Montoya, une mulâtresse, dans le ballet russe Casse-Noisette présenté à la place des Arts ? Parce que ce rôle l’exigeait, ses cheveux ont été blondis et sa peau, pâlie. Bref, elle avait tout d’une Blanche et personne n’y a trouvé à redire.
Le doué acteur de race noire, Denzel Washington, a joué le rôle de Don Pedro d’Aragon dans le film de Kenneth Branagh, Beaucoup de bruit pour rien, d’après William Shakespeare. Ressemble-t-il à un prince espagnol? Un autre excellent acteur de race noire, Adrian Lester, a joué quant à lui le rôle de Dumaine dans un autre film de Branagh, Peines d’amour perdues, de nouveau d’après le barde anglais. Était-il crédible en compagnon du roi de Navarre ? A-t-on vu des gardiens de l’œuvre shakespearienne manifester devant des salles de cinéma en exigeant le boycott de ces deux films ?
En 1952, le célèbre Orson Welles s’est grimé la face en noir pour tenir le rôle d’Othello le Maure dans son film éponyme. Tous ont loué sa performance. Quel Blanc oserait tenir ce rôle aujourd’hui ? Il se ferait crucifier sur la place publique (Radio-Canada possède un superbe Othello télédiffusé en 1975 et joué par Jean-Marie Lemieux dans le rôle-titre. La société d’État oserait-elle le montrer de nouveau ?)
En 1936, à l’âge de 20 ans, le même Orson Welles a fait une chose extraordinaire qui a choqué plus d’un bien-pensant : adapter une autre pièce de Shakespeare, Macbeth (un roi d’Écosse ayant vécu au XIe siècle), avec des acteurs exclusivement... noirs. Un Macbeth vaudou dont l’action se situait en Haïti, au début du XIXe siècle, après la fin de l’esclavage. Si un tel projet était monté aujourd’hui, qu’en penseraient ceux qui ont fait capoter le projet de Robert Lepage et de Betty Bonifassi ? Verrions-nous des contestataires munis de pancartes dénoncer avec la dernière énergie une utilisation culturellement inappropriée du théâtre élisabéthain et de l’histoire écossaise ?
 
Sylvio Le Blanc
Montréal-Québec

À la une

Retour à la page "Nos Lecteurs ont la Parole"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué