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Moyen Orient et Monde

Du détroit d’Ormuz à la mer Rouge, l’Iran se veut sur tous les fronts

Défense

Israël s’est dit « prêt à réagir » si la République islamique tente de bloquer le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.

03/08/2018

Téhéran montre ses muscles sur les eaux moyen-orientales, aggravant un peu plus les tensions avec les forces en présence dans la région. « Nous sommes conscients de l’augmentation des opérations navales iraniennes dans le golfe Arabique, le détroit d’Ormuz et le golfe de Oman », a déclaré mercredi dans un communiqué le commandant Bill Urban, un porte-parole du Commandement central américain. « Nous les suivons de près et continuerons à travailler avec nos partenaires pour assurer la liberté de navigation et la libre circulation des marchandises dans les voies navigables internationales », a-t-il insisté. Les yeux de l’administration américaine sont rivés sur ce coin stratégique alors que 30 % des livraisons mondiales de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz.
Si le commandant Urban n’a pas fourni de détails supplémentaires sur ces opérations, des officiels américains ont confié, mercredi à Reuters, que les États-Unis estiment que l’Iran s’apprête à mener un exercice majeur dans le Golfe dans les prochains jours. Depuis 2006, le corps des gardiens de la révolution, la branche paramilitaire qui est directement sous le contrôle du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a pour habitude de mener des exercices de simulation largement médiatisés sur les eaux du golfe Arabique. Baptisés « Prophète noble », ces entraînements « mettent en évidence des capacités navales et / ou balistiques et diffusent une rhétorique belliqueuse », est-il précisé dans un document publié sur le site du bureau américain de renseignement naval (ONI).
Selon les agents américains, ces entraînements devraient toutefois être de plus grande ampleur alors que le calendrier de ces simulations annuelles a été avancé en raison des tensions accrues avec Washington. Dans une démonstration de force, « les gardiens de la révolution iranienne sembleraient préparer plus de 100 navires pour des exercices. Des centaines de forces terrestres pourraient également être impliquées », ont-ils précisé sous le couvert de l’anonymat à Reuters. « Les exercices pourraient commencer dans les prochaines 48 heures, bien que le moment précis n’était pas clair », a précisé l’agence.

Selon les responsables américains interrogés par Reuters, le calendrier des exercices a été conçu pour envoyer un message à Washington, qui intensifie ses pressions économiques et diplomatiques sur Téhéran, mais qui ne va pas jusqu’à utiliser l’armée américaine pour contrer l’Iran et ses supplétifs plus agressivement. Cette intensification de l’activité navale vient compléter les dernières menaces de Téhéran d’une possible fermeture du détroit d’Ormuz. Pas plus tard que dimanche dernier, le président iranien, Hassan Rohani, a affirmé que Téhéran est « le garant de la sécurité de ce détroit depuis toujours, ne jouez pas avec la queue du lion, vous le regretterez ».


(Lire aussi : L’Iran continue d’être agité par plusieurs mouvements de protestation)


Israël « prêt à réagir »
Ces révélations interviennent parallèlement aux revendications d’une attaque jeudi dernier par les rebelles houthis, appuyés par Téhéran au Yémen, contre deux supertankers saoudiens transportant quatre millions de barils de pétrole dans le détroit de Bab el-Mandeb et allant en direction de l’Égypte. Selon les houthis, un bâtiment de guerre saoudien a également été touché. L’assaut de la semaine dernière a eu lieu sur fond d’escalade verbale sur Twitter entre M. Rohani et le président américain, Donald Trump, alors que ce dernier brandissait la menace d’accroître les sanctions qui pourraient directement affecter l’industrie pétrolière iranienne. Près de 8 % des livraisons mondiales de pétrole transitent par le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la péninsule Arabique sur la mer Rouge à l’océan Indien par le golfe de Aden.
L’Iran « veut s’assurer qu’il a autant d’États amis ou de groupes qui lui sont affiliés que possible dans la région et qu’il est capable de fonctionner efficacement dans les zones de conflit », explique à L’Orient-Le Jour Dina Esfandiary, chercheuse au Centre d’études scientifiques et de sécurité au King’s College de Londres.
Alors que Téhéran cherche à consolider son influence dans la région, l’augmentation de ses activités militaires en mer est vue d’un mauvais œil par ses ennemis régionaux. « Si l’Iran essaie de bloquer le détroit de Bab el-Mandeb, il se retrouvera face à une coalition internationale déterminée à l’empêcher de le faire et cette coalition inclura également l’État d’Israël et toutes ses armes », a fustigé mercredi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. « Je tiens à le souligner : l’armée israélienne est prête à réagir simultanément sur deux fronts, et également sur la mer Rouge. Seulement dans ce cas, nous serons moins sélectifs et le mal fait à nos ennemis serait plus grand. J’espère qu’ils le prennent en compte », a complété hier le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, alors que la rivalité entre la République islamique et l’État hébreu est déjà exacerbée sur le terrain syrien.


(Lire aussi : Les houthis suspendent leurs attaques en mer Rouge)


Le risque d’une confrontation entre les différents acteurs semble rester toutefois faible, selon de nombreux observateurs, alors qu’aucune des parties concernées ne souhaite devoir prendre part à un nouveau conflit ouvert dans la région.
Des troubles dans cette zone risquent cependant de mettre à mal le trafic maritime pour l’ensemble des pays bordant la mer Rouge mais aussi de faire flamber les prix du pétrole. La capacité de nuisance iranienne par le biais des rebelles houthis semble fonctionner pour l’instant alors que Riyad a annoncé la semaine dernière qu’il arrêtait de transporter du pétrole par la mer Rouge « jusqu’à ce que la situation devienne plus claire et que la transition maritime à travers Bab el-Mandeb soit sûre ». En ce sens, la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a pris « toute les mesures nécessaires » pour assurer la navigation entre le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge, a indiqué mercredi son porte-parole, Turki el-Maliki, sans donner plus d’informations. Les Émirats arabes unis, grand allié du royaume wahhabite dans la guerre au Yémen, disposent déjà de forces navales dispersées de part et d’autre de la mer Rouge dans l’objectif de contrer une tentative d’expansion iranienne sur les eaux du détroit de Bab el-Mandeb.


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