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Chez Fendi, fourrure pour rire et poésie pour rêver

La Mode

On n’attendait pas Fendi à ce tournant-là. La maison romaine, dont les défilés sont toujours prétextes à cordons de sécurité tant son ADN, indissociable de la fourrure, excite les défenseurs des animaux, a présenté une collection haute couture presque sans poil et d’une beauté hallucinante.

01/08/2018

À l’heure où s’achevait au Grand Palais, à Paris, la rétrospective Kupka qui a entraîné les visiteurs aux sources du cubisme orphique, le langage lumineux de ce père de l’abstraction se prolongeait de manière inattendue dans une des collections haute couture les plus brillantes de la saison. Pour l’automne/hiver 2018-19, et sous la double direction artistique de Sylvia Fendi Venturini et Karl Lagerfeld, la maison Fendi a en effet donné un défilé presque sans fourrure, mais tout en textures et illusions optiques directement inspirées des couleurs, formes et dynamiques de l’orphisme, courant artistique du début du XXe siècle notamment représenté par Frantisek Kupka, Robert Delaunay et Sonia Delaunay.

Textures illusions
C’est au palais Brongniart, ancienne place de la Bourse française, que Fendi a présenté sa collection de l’hiver prochain. « Quatre-vingts pour cent de ces pièces ne sont même pas en fourrure », affirmait Karl Lagerfeld dans les coulisses du défilé. Seule compensation à la rareté du vision, et pratiquement unique source animale de la collection, la peau de mouton retournée se prêtait à toutes sortes de transformations quasi magiques, imitant les fourrures les plus précieuses. L’organza lui-même, glacé, superposé, tendu, ressemble à du cuir. Les effets de texture bluffants, entre velours jouant l’astrakan, tulle de soie effiloché jouant le velours, chiffon frangé jouant les plumes, bandes de fourrure mimant un plissé soleil, cuir tressé irradiant de couleurs contrastées, harmonies de motifs géométriques déconstruits, cercles multiples évoquant les explorations stylistiques de Kupka ou Robert Delaunay, provoquent des persistances rétiniennes qui sont à la vue ce qu’est à l’odorat le sillage d’un grand parfum : une émotion inoubliable.

Réminiscences Art déco et puissance architecturale
La collection est composée en grande partie de manteaux somptueux, mordorés, marquetés, véritables œuvres d’art vibrantes de toute une palette de couleurs vives, ou réminiscences des années folles avec de vastes cols imitant la fourrure et des motifs de spirales sculptés dans une matière textile aussi opulente que sensuelle. Des robes en organza transparent, rebrodées de paillettes invisibles, ton sur ton, qui leur confèrent une aura lumineuse, sont à elles seules de véritables exercices de style autour des années 1920, taille remontée à sa place naturelle, mais camaïeux de bronze et cuisse de nymphe, velours dévoré et débauches de franges à damner Paul Poiret, Mme Vionnet et Mme Lanvin en leur temps. Les motifs abstraits contribuent à conférer aux silhouettes une architecture puissante. Le corps, quasi resculpté, semble dans ces créations irréel.

Escarpins à la « Memphis »
Côté accessoires, la collection Fendi Couture est surtout concentrée sur une nouvelle ligne de chaussures dans la même note artistique, mais projetée, cette fois, au cœur des années 80 avec des citations du mouvement Memphis. Agrémentés de talons en érable, plexiglas ou corne, les escarpins bicolores, parfois tricolores ou simplement monochromes à bout carré légèrement arrondi sont travaillés en rayons à l’avant et ornés du F de Fendi dessiné par Karl Lagerfeld des deux côtés.
Recruté dans sa trentaine par les cinq filles des fondateurs de la marque Adele et Eduardo Fendi, Karl Lagerfeld est le directeur artistique de Fendi depuis 1965, secondé par Sylvia Venturini Fendi (de la 3e génération) pour les accessoires et le prêt-à-porter homme et enfant. Depuis lors, toutes les collections qui sortent des ateliers de l’enseigne de luxe appartenant au groupe LVMH portent la touche du kaiser de la mode qui réussit à imprimer une identité unique à chaque marque dont il a la charge, que ce soit Chanel, Fendi, ou sa griffe éponyme.



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