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Liban

Mobilisation aujourd’hui contre le projet d’incinérateur de déchets à Beyrouth

Déchets

Un sit-in et une conférence de presse sont prévus ce soir, à 17h, sur le site de la Quarantaine, en signe de refus de l’option choisie pour le traitement des ordures de la capitale.

31/07/2018

Aujourd’hui est une journée significative pour l’incinération des déchets au Liban, et plus particulièrement à Beyrouth : d’une part, le conseil municipal de Beyrouth tient une séance dans la journée pour adopter le cahier des charges de l’incinérateur avec production d’énergie (« Waste to Energy ») qu’il compte acquérir. En parallèle, à 17 heures, un sit-in à l’appel de la députée Paula Yacoubian et de la Coalition pour la gestion des déchets (rassemblement de la société civile) lancera la confrontation avec la municipalité de Beyrouth au sujet de cette affaire.

Samar Khalil, experte en gestion de l’environnement et membre de la Coalition des déchets, énumère pour L’Orient-Le Jour les multiples arguments qui justifient l’action contre les incinérateurs, notamment le manque d’études de faisabilité et d’impact environnemental, le fait qu’elle soit la technique la plus chère dans un pays à la dette publique démesurée, le fait que la production d’énergie à partir des déchets ne corresponde pas aux poubelles de la capitale qui, de l’aveu même du Conseil du développement et de la reconstruction, sont formées à 63 % de matières organiques (donc humides), le fait qu’elle ne créera pas d’emplois contrairement aux usines de recyclage… Sans compter, surtout, les craintes liées aux émanations en cas de contrôle déficient, et des résidus toxiques qui, selon l’experte, ne peuvent être exportés vers l’étranger, comme le prétend la municipalité, en raison de contraintes posées par les conventions internationales.
Samar Khalil rejette les accusations de « blocage de toutes les solutions ». « Ce sont les autorités qui nous mettent depuis 18 ans dans un état d’urgence continu, nous maintenant sous la menace des déchets dans la rue, dit-elle. Notre rôle n’est pas de proposer des solutions, puisque celles-ci sont connues et doivent dans tous les cas faire l’objet d’études avant d’être adoptées, mais nous présenterons une liste de revendications demain (aujourd’hui) aux autorités. »


(Lire aussi : Liban : L’adoption d'un projet de loi en commission relance le débat sur l’incinération des déchets)



Les interrogations des députés
Si une seule députée s’associe clairement à ce mouvement de protestation et sera présente à la conférence de presse d’aujourd’hui, plusieurs autres représentants de la capitale semblent partager la méfiance envers les solutions proposées par la municipalité.

Une lettre a été remise jeudi dernier par le ministre au sein du cabinet chargé de l’expédition des affaires courantes Michel Pharaon (ancien député), et les députés Imad Wakim, Nadim Gemayel et Jean Talouzian, au président du conseil municipal Jamal Itani. Cette lettre comporte plusieurs questions sur l’adoption du « Waste to Energy » comme solution pour la capitale, et son installation à Medawar : est-ce qu’il est autorisé de créer une usine classée catégorie A dans le périmètre de la municipalité de Beyrouth ? Quelles sont les autorisations nécessaires devant être délivrées par la Direction générale de l’urbanisme et le gouvernement pour un projet de ce type ? Quelle est la faisabilité économique d’un tel projet, et quel impact sur la caisse autonome des municipalités ? Les études d’impact environnemental ont-elles été faites ? L’incinérateur sera-t-il installé à Medawar et quels seront les mécanismes de contrôle ?
M. Pharaon indique à L’OLJ qu’il attend, ainsi que les députés, les réponses « par écrit » du président du conseil municipal. « Nous ne pouvons prendre position avant d’avoir tous les détails du projet, parce que nous ne voulons pas transformer l’affaire en débat politique, et tenons à rester objectifs, affirme-t-il. Mais M. Itani sait bien que si nous ne sommes pas convaincus des réponses, ce projet ne pourra aller de l’avant. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous restons vigilants. »


(Lire aussi : Une nouvelle crise de déchets en perspective au Liban ?)



Quatre consortiums préqualifiés
De son côté, malgré l’opposition et la méfiance, le conseil municipal poursuit le processus d’acquisition d’un incinérateur. La municipalité de Beyrouth a décidé depuis plus d’un an de faire cavalier seul en matière de traitement des déchets et d’acheter un incinérateur pour la capitale, sous prétexte qu’il n’existe pas de terrain pour décharge dans la ville surpeuplée, et que les autres régions refusent systématiquement d’accueillir les déchets de Beyrouth. Même si l’emplacement du futur incinérateur est tenu secret jusqu’à présent, ou est présenté régulièrement comme « non encore tranché », le fait qu’il s’agirait de la zone de la Quarantaine à Medawar est pratiquement un secret de polichinelle.
Aujourd’hui, la discussion au sein du conseil municipal sera donc axée sur le cahier des charges en vue de l’appel d’offres qui visera à confier la construction et le fonctionnement de l’incinérateur à une société privée. Ce cahier des charges devra encore être approuvé par le ministère de l’Intérieur puis par le Conseil des ministres avant d’être opérationnel. 

Selon certaines informations, même si l’appel d’offres est loin d’être lancé, quatre consortiums de compagnies privées ont d’ores et déjà été préqualifiés pour participer à la course. Il s’agit en premier lieu du consortium JCC (Jihad el-Arab), Suez et CNIM (français). Le deuxième est formé de la compagnie MAN (Michel Abinader) avec Vinci (France) et Urbaser (Espagne). Le troisième est composé de Ramco (Liban) avec Doosan (Corée du Sud). Et, enfin, le consortium Lavajet, Butec et Hitachi (Japon). Les contrats avec ces compagnies devraient inclure le tri et le recyclage en plus de l’incinération. Toutefois, des informations font état d’une opposition interne qui devrait se manifester durant la réunion, notamment sur la question de l’emplacement en pleine ville, à Medawar. Il ressort que même au sein du conseil municipal persistent des interrogations sur l’absence d’étude de faisabilité, sur l’efficacité du futur contrôle de l’usine et des étapes de sa construction, et sur la prise en charge des résidus toxiques… Affaire à suivre, donc.


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Irene Said

Et cela va continuer ainsi...rien de nouveau sous les tas de déchets au Liban.
On s'oppose, on manifeste, on se critique...
mais on est incapable de proposer du concret, planifié et étudié, comme cela se fait dans d'autres pays civilisés !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

USINE DE TRAITEMENT DES DECHETS ET DES EAUX DES EGOUTS QUI FINISSENT MALHEUREUSEMENT DANS LA MER SERAIT LA JUSTE DECISION. ENTRETEMPS ?

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