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Un festival de musique fait résonner le patrimoine d’Istanbul

C’est une douce soirée d’été au grand bazar d’Istanbul. Mais cette fois-ci, la voix des commerçants n’y résonne pas : une musique orientale s’élève entre les échoppes, alliant ney turc, duduk arménien, oud et accordéon des Balkans. Yasin Akgul/AFP

C’est une douce soirée d’été au grand bazar d’Istanbul, labyrinthe d’échoppes et poumon commercial de la mégalopole turque pendant plus d’un demi-millénaire. Mais cette fois-ci, la voix des commerçants n’y résonne pas. Personne n’apostrophe les visiteurs pour leur vendre un tapis et l’air n’y est pas chargé d’épices : alors que la lumière du soir scintille à travers une fenêtre, une musique orientale s’élève dans les allées du bazar ; ney turc, duduk arménien, oud et accordéon des Balkans se répondent.
Accueillir un tel concert est une première pour le grand bazar. L’événement a lieu dans le cadre du Festival de musique d’Istanbul, principal rendez-vous estival musical de la ville, créé en 1973 et géré par la Fondation pour la culture et les arts d’Istanbul (IKSV). Organisant des concerts dans les églises, synagogues, universités et désormais au grand bazar, ce festival met ainsi à profit l’héritage multiculturel et multiconfessionnel d’Istanbul pour pallier le manque d’infrastructures musicales modernes de la ville.
 « C’est une façon intelligente de détourner ces lieux historiques et d’y attirer des visiteurs pour d’autres raisons que leur fonction première », souligne l’artiste Kudsi Ergüner, l’un des meilleurs joueurs vivants de ney, un long instrument rappelant la flûte. « D’habitude, les gens viennent ici pour faire des achats », ajoute-t-il, avant d’éblouir l’audience par sa maîtrise de l’instrument. M. Ergüner loue l’acoustique du lieu, appelé en turc Kapalicarsi (le marché couvert), bien qu’il n’ait pas été construit à cet effet. « L’espace est arrondi, il y a une bonne résonance et une bonne différenciation des sons », expose-t-il.

Héritage historique
Le festival mélange musique classique, traditionnelle et jazz. Ses promoteurs organisent des concerts dans des lieux comme la synagogue Neve Shalom, l’église catholique Saint-Antoine-de-Padoue et même les quais de la gare ferroviaire de Sirkeci, légendaire terminus de l’Orient-Express. Une démarche volontariste qui célèbre l’héritage aux multiples facettes d’une ville dont l’identité a été en grande partie forgée par la présence de juifs, d’Arméniens, de Grecs et d’autres minorités aux côtés de la majorité musulmane.
La présence à Istanbul de ces minorités, souvent victimes de tragédies au XXe siècle – à commencer par la déportation et le massacre d’Arméniens entre 1915 et 1917 sous l’Empire ottoman –, perdure aujourd’hui grâce à ces édifices historiques, dans une ville appelée autrefois Constantinople, ancienne capitale romaine, byzantine puis ottomane. « Istanbul a été la capitale de trois empires, la maison de trois importantes religions. Tous ont laissé leur empreinte dans la ville », explique Yesim Gürer Oymak, directrice du Festival de musique d’Istanbul et directrice générale adjointe de l’IKSV. « Un festival est là aussi pour souligner l’héritage historique de la ville où il a lieu, et faire des liens avec son identité culturelle », ajoute-t-elle.
Cette année, un concert a été donné pour la première fois à la synagogue Neve Shalom, l’un des principaux lieux de culte de la communauté juive d’Istanbul, visée à deux reprises par des attaques en 1986 et en 2003. Istanbul n’a pas de salle musicale à la pointe de la modernité comme Paris ou Hambourg, mais nombre de mélomanes encensent l’acoustique de ses bâtiments historiques. Sainte-Irène, en particulier, a une structure idéale pour accueillir un orchestre : dans cette ancienne église byzantine datant du VIe siècle et transformée en musée, le public peut apprécier une musique classique embellie par une acoustique pointue... troublée seulement (mais rarement) par un vol de pigeons.

Tolérance et harmonie
Lors du concert au grand bazar, les murs ont résonné de chansons arméniennes, latines, juives et turques, dirigées par le musicien traditionnel Hakan Güngor. « C’est la première fois que nous accueillons un concert au grand bazar. C’est un lieu très important, avec des échoppes authentiques, et notre musique est authentique », dit Cag Erçag, l’un des meilleurs violoncellistes turcs, premier violoncelle au sein de l’orchestre philharmonique Borusan d’Istanbul.
Mme Oymak rêve de concerts dans d’autres endroits emblématiques d’Istanbul lors de prochains festivals, dont l’un « pour la tolérance et l’harmonie » sur la place historique de Sultanahmet, où se dressent l’ex-basilique Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, et qui fusionnerait les éléments des musiques occidentale et orientale.
Stuart WILLIAMS/AFP

C’est une douce soirée d’été au grand bazar d’Istanbul, labyrinthe d’échoppes et poumon commercial de la mégalopole turque pendant plus d’un demi-millénaire. Mais cette fois-ci, la voix des commerçants n’y résonne pas. Personne n’apostrophe les visiteurs pour leur vendre un tapis et l’air n’y est pas chargé d’épices : alors que la lumière du soir scintille à travers une fenêtre, une musique orientale s’élève dans les allées du bazar ; ney turc, duduk arménien, oud et accordéon des Balkans se répondent.Accueillir un tel concert est une première pour le grand bazar. L’événement a lieu dans le cadre du Festival de musique d’Istanbul, principal rendez-vous estival musical de la ville, créé en 1973 et géré par la Fondation pour la culture et les arts d’Istanbul (IKSV). Organisant des...
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