Nos Lecteurs ont la Parole

Montesquieu à la sauce libanaise

par Akram AZOURY
OLJ
09/07/2018

Le nouveau Parlement est le résultat d’une présélection des candidats par six ou sept personnes (L’Orient-Le Jour du 31/05/2018 « L’esprit des lois »). Les mêmes personnes qui ont présélectionné les nouveaux députés vont nommer les membres du nouvel exécutif après un consensus entre eux sur la nature du gouvernement et le nombre des portefeuilles ministériels.
Alors que selon Montesquieu et selon notre Constitution, le Parlement surveille et contrôle l’action du gouvernement, pratiquement les sept personnes qui ont « nommé » les deux pouvoirs législatif et exécutif devraient se surveiller eux-mêmes !
Cela n’est évidemment pas concevable.
Ainsi, notre système politique conçu sur le principe de la séparation des pouvoirs législatif et exécutif s’applique sur le principe de la confusion des pouvoirs qui sont tous nommés par les sélectionneurs réunis (en loya jirga selon le modèle afghan).
Dans ces conditions, quel crédit devons-nous, dociles gouvernés, donner aux serments – la main sur le cœur des six sélectionneurs, mondial oblige – de combattre la corruption au niveau des dépenses de l’État ? À mon sens, aucun crédit ne pourrait être donné à ces serments. Je regrette, chers compatriotes, d’attirer votre attention sur le fait que votre système politique tel qu’il est appliqué ne vous permet pas de contrôler les dépenses publiques.
En cas de consensus entre les sélectionneurs, le contrôle est évidemment impossible sur les dépenses publiques qu’ils décident et contrôlent eux-mêmes.
En cas de divergence entre les sélectionneurs sur une dépense publique déterminée, la partie qui n’en a pas profité se charge de dénoncer les irrégularités dans un premier temps en instrumentalisant les médias, puis le cas échéant le pouvoir judiciaire avec les conséquences que l’on sait.
L’expérience récente depuis les accords de Taëf l’a démontré : les politiciens objet de poursuites qualifieront les poursuites judiciaires de poursuites politiques et le gouvernement affirmera que la magistrature est indépendante !
Cette action relèvera alors davantage de la vengeance politique que de la lutte efficace contre la corruption, rendant les promesses électorales des sélectionneurs sans objets.
Pour être crédible, la promesse des sélectionneurs visant à combattre la corruption devrait être nécessairement assortie des mesures suivantes :
1. La levée absolue du secret bancaire et professionnel sur tous les comptes et avoirs bancaires et financiers de tout fonctionnaire public, député, ministre et les présidents de la République et de la Chambre.
2. L’engagement unanime de la loya jirga de respecter les procédures existantes car les lois en vigueur comprennent les mécanismes et les organes appropriés pour l’assainissement et le contrôle des dépenses gouvernementales tant sur le plan administratif au niveau de l’adjudication des marchés publics et le recrutement de fonctionnaires que sur le plan judiciaire.
À défaut, les promesses de campagne n’auraient engagé que ceux qui les ont crues.

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