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Liban

« La pollution tue plus que le terrorisme au Liban »

Environnement

Les acteurs du projet SWIM-H2020 SM, financé par l’UE, ont présenté hier les défis de la gestion de l’eau dans le pays.

06/07/2018

Les défis liés à la gestion des ressources en eau et la pollution de la Méditerranée ont été abordés hier lors d’une réunion des différents acteurs du projet SWIM-H2020 SM (Sustainable Water Integrated Management and Horizon 2020 Support Mechanism), tenue à l’hôtel Gefinor Rotana, à Hamra, en présence de représentants du ministère de l’Énergie et de l’Eau et du ministère de l’Environnement. Il en ressort que le pays fait face à de nombreux défis et qu’il reste encore beaucoup à faire en matière de sensibilisation aux questions du développement durable au Liban.
Lancé en 2016 et financé par l’Union européenne, le projet, qui coûte un peu plus de 6 millions d’euros, a vocation à contribuer à une utilisation plus respectueuse des ressources en eau qui deviennent rares, et à une gestion adéquate des déchets industriels, des émissions industrielles et des eaux usées en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Il intervient dans un contexte difficile sur le plan écologique au Liban, dont les ressources naturelles sont plus que jamais menacées par une pollution à grande échelle. Aux côtés du Liban, sept autres pays de la région prennent part au programme qui s’étale en tout sur 36 mois et qui est entré dans sa phase finale.

Prendre l’environnement au sérieux
Tirant la sonnette d’alarme, Bassam Sabbagh, expert rattaché au ministère de l’Environnement, a pointé du doigt un manque d’intérêt de la part de l’État libanais pour les questions qui concernent l’écologie et le développement durable. « Les personnes qui sont au pouvoir ne prennent pas les questions environnementales au sérieux. Les politiciens sont plus préoccupés par la formation du gouvernement ou la lutte contre le terrorisme, ce qui fait qu’ils ne sont pas réceptifs aux décisions du ministère de l’Environnement (…) Sauf que la pollution est en train de tuer plus que le terrorisme au Liban », a-t-il déclaré au cours de son intervention.
« Nous organisons beaucoup de rencontres dans le cadre de SWIM-H2020 SM, mais les personnes habilitées aux niveaux des administrations concernées ne sont pas toujours présentes, malgré le fait que nous envoyons des invitations nominatives. Nous n’arrivons pas à toucher les personnes qu’il faut : soit elles sont débordées, soit elles n’ont pas de visa pour voyager et prendre part aux rencontres », a-t-il dit. « La situation écologique est catastrophique », a souligné M. Sabbagh, ajoutant que le ministère travaille actuellement sur la gestion des déchets solides et de la pollution industrielle.
Même son de cloche chez Charles Abdallah, économiste rattaché à la Délégation de l’UE au Liban, qui évoque « un contexte institutionnel difficile » retardant la mise en place des projets de développement durables. « Certaines expériences sont démotivantes », a-t-il révélé. Il a en outre appelé à renforcer la coopération entre les différents acteurs concernés par le projet SWIM-H2020 au Liban.
Le président du Mouvement écologique libanais, Paul Abi Rached, a pour sa part critiqué la politique du ministère de l’Énergie et de l’Eau, notamment les projets de barrages controversés qui menacent l’écosystème au Liban. « Cela fait des années que nous disons qu’il y a un problème en ce qui concerne les projets de barrages et la stratégie de gestion des ressources en eau (…) Nous avons tenté de nous réunir avec le ministre de l’Énergie et de l’Eau, mais nous n’avons jamais obtenu de rendez-vous », a-t-il déclaré. Il a en outre présenté un des derniers projets mis en place par le LEM, qui consiste à travailler pour une Méditerranée sans plastique.


(Pour mémoire : Mais qu’avons-nous fait, nous Libanais, de toute notre eau...)


Mobiliser le plus grand nombre
Prenant également la parole lors de l’événement, le professeur Michael Scoullos, chef d’équipe du projet SWIM-H2020 SM, a tenu à préciser que le rôle du projet ainsi que celui de l’UE « n’est pas de dicter les conduites des uns et des autres, mais d’aider les pays à mettre en place une sensibilisation ». « Ce qui manque, c’est la mobilisation d’un plus grand nombre de personnes en faveur du développement durable », a-t-il dit, tout en déplorant le fait que le mode de vie au Liban « soit éloigné du développement durable ». « Malgré les insuffisances et les difficultés, il y a des progrès au niveau de plusieurs questions relatives à l’eau et à l’environnement, ainsi que des efforts continus dans la bonne direction par des initiatives nationales soutenues par l’UE telles que le projet SWIM-H2020 SM ainsi que d’autres projets, a-t-il tempéré. Nous espérons que toutes ces activités renforceront l’expertise, la sensibilisation et la volonté politique pour aider le Liban à relever efficacement ses défis et à passer à un développement durable. » « Lutter contre la pollution de l’eau en Méditerranée est essentiel pour le succès de notre partenariat euro-méditerranéen, et nous sommes déterminés à aider le Liban à garantir un environnement plus sûr et plus sain », a déclaré pour sa part Rein Nieland, représentant la Délégation de l’UE au Liban.


Pour mémoire

Les eaux du Berdawné teintées de rouge

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Stes David

Au lieu d'attendre la formation du gouvernement on devrait travailler plutôt au niveau local, je pense, avec des communeautés spécifiques, car ce que j'en ai compris c'est que le Liban est plutôt un état "féderal" avec le gouvernement (d'unité nationale, un peu tout le monde est la-dedans) mais on a aussi au niveau local des communeautés spécifiques. Sinon on risque que le projet qui a débuté en 2016 finit à 2020 avant la formation du gouvernement.

Wlek Sanferlou

"manque d’intérêt de la part de l’État libanais pour les questions qui concernent l’écologie et le développement durable" la pollution est tout comme un pistolet ... Ce n'est pas le pistolet c'est celui qui le manipule...
À quand la fin des charmilles pour le nombre de ministres et le début d'actions effectives sur l'économie et delà sur la pollution et l'environnement?

L’azuréen

Très sincèrement le Liban est sous perfusion politique mais plus encore sous perfusion écologique . Le Liban se meurt et les libanais s’en contrefichent. C’est hallucinant . A croire qu’il cherchent véritablement le suicide collectif ....regardez ce qui se passe dans les hôpitaux , regardez la mer dans laquelle il est impossible de baigner, essayez de manger un poisson libanais , sortez de la voiture au bord de l’autostrade et essayez de respirer ! Et regardez le nombre de réactions suite à la lecture de votre article ....
Juste une précision encore : ce ne sont pas les risques politiques régionaux qui font fuir les gens mais c’est la pollution et le transport cauchemardesques.
Continuez et bientôt on imprimera le visage d’un libanais sur le drapeau car , comme le cèdre , il n’y en aura plus ....

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