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Nos lecteurs ont la parole - Par Carole Georges Chelhot

Bonne fête du Canada

Bonjour ma Josée,
Ça fait une mèche que je ne t’ai plus écrit ma pitoune, et j’en suis désolée.
Par où commencer ? On a finalement un président pour présider notre République. Il n’est pas tombé de la dernière averse, mais parfois j’ai l’impression qu’il est perdu comme un fou dans le bois. Il a des lumières tout le tour de la tête et n’est pas venu au monde hier. Mais on a toute une bande de cabochons qui ne le laisse pas tirer son bout ! On a un nouveau Parlement aussi ! Tu t’rends compte, la chance ? Des élections cousues de fil blanc. On s’réveille et on voit ben que l’on s’est fait amancher ! Aucune réunion parlementaire à date. Nos élus s’tournent les pouces. Alors, j’sais pas comment ils justifient leur jour de la sainte-nitouche, leurs gros chars et leurs troupes de bouncers. Sans te parler de nos piastres qu’ils flambent alors que nous nous creusons les méninges pour nous serrer la ceinture ! Je te dis, on est saigné à blanc !
Pour le cabinet ministériel, il faudrait attendre l’an 40 peut-être. Ils se vendraient tous pour un vieux dix cents percé. Chacun tire la couverture de son bord et nous, on se fait crosser en masse par des cabaleurs. Ils se fichent de nous. C’est tous des visages à deux faces, c’est des p’tits criss qu’il faudrait dumper, mais on n’y arrive pas. Que veux-tu ? Ils ont tous l’air mais pas la chanson !
T’sais, nos amis syriens, ben il y en a qui sont toujours là. Ils ont tellement adoré le pays qu’ils nous collent dessus. On les a libanisés, comme ça du jour au lendemain. Ça prend pas un cours classique pour comprendre la magouille. C’est pas de la p’tite bière cette affaire. Ils se sont pognés dans une combine et se retrouvent dans leurs petits souliers. Ils nous ont cassé les oreilles avec, et pis plus rien, ils gardent ça mort.
La crise des vidanges ? De l’eau, de l’électricité ? On est toujours inondé par la shnoute tout le long. Pour l’électricité, les génératrices font l’affaire et nos bonshommes leurs affaires. Ils se chicanent tous dans la cabane et, pis, ils jouent aux innocents ! Au lieu de l’eau, ils nous chient de la broue à pleine gueule. On cavale toujours pour rien. Plus ça change, plus c’est pareil !
On nous met plein la vue pour les festivals d’été, c’est écœurant. Notre été sera très chaud, quoiqu’on n’ait pas les touristes d’autrefois, t’sais, alors on zigonne. Je ne sais plus quel wise, probablement bouché par les deux bouts, nous a crié que notre gazon demeure plus vert que chez le voisin et, pis, chanceux, on a les quatre saisons. Alors on se la ferme.
On a encore le Mondial chez nous. On est à nouveau tous partis pour la gloire : des drapeaux sur tous les chars, des affaissés braqués devant leur télé ou encore vautrés dans les restos devant leur draught, boucannant la narguilé et parlant à travers leur chapeau, pour terminer le match bourré comme une dinde et pacté comme un œuf rond. On a même eu un mort sur les bras, oui, oui, quelqu’un a dû voir rouge, et vlan, un coup de feu, et puis c’est fini. T’sais, beaucoup se font barber alors ils prennent les narfes, comme ça pour un p’tit rien. On devient comme un fusil à baguette, on dirait qu’on a le feu au cul et notre colère devient noire, mais que veux-tu ?
J’sais pas où on s’en va.Et pourtant, nous n’étions pas nés pour du p’tit pain par icit. Beaucoup tirent le diable par la queue pour subsister. On dirait qu’ils ont mangé tout leur foin et traînent la misère avec eux. Quoi qu’ils fassent, ils récoltent plus de roches que de patates, et se retrouvent plus pauvres que la galle. Ils se sont fait plumer, se sont fait casser comme un clou et, pis, cerise sur le gâteau, le bailli est passé et il a tout pris !!!!
Je ne comprends toujours rien, par icit, ni du devant ni du derrière. D’un côté on bourrasse, on crie sa colère, on braille, mais d’un autre, il y en a qui ne veulent rien savoir, qui se prêtent les bretelles, qui s’en balancent et qui te jettent plein la vue. Ils appellent ça prendre la vie du bon côté. Moi je trouve qu’ils sont épais comme des dictionnaires. C’est quelque chose, mais que veux-tu, on est rendu là, le top du top. J’ai beau dire que nous avons le dos large et qu’on prend la vie par le bon boutte, mais trop c’est trop, c’est à se péter la tête sur les murs. On est tout simplement dans un état complet de déni et sais-tu lequel, celui de notre réalité quotidienne.
Tu es très loin de tout cela ma jolie dans ton Québec tout fleuri. Chez toi, tu vis autrement. Tu vis simplement, tu sais où tu t’en vas. D’abord, tu es en sécurité, tu vis dans un État de droit, tout est garanti pour toi. Et puis, tu es protégée, respectée, appréciée. Tu jouis de l’indépendance, tu goûtes à la liberté ! Tu fais partie d’une nation. Tu prends ça aisé. Tu ne te pognes pas les nerfs pour rien. Tu peux danser plus vite que les violons. Tu n’as pas un mal de chien pour assurer le quotidien. T’as pas à te mettre dans tous tes états pour t’assumer leur ou a lécher des culs pour t’assurer. Tu vis en étant vraie. Tu n’en mets pas plein la vue pour épater le monde. Tu ne racontes pas des contes à dormir debout. Ça file en grand chez toi, chez nous ça va toujours mal.
Allez ma toutoune, je bois à ta santé en ce 1er juillet et je chante avec toi Oh Canada, terre de nos aïeux. Bonne fête, pense à moi.
À tantôt.

Bonjour ma Josée,Ça fait une mèche que je ne t’ai plus écrit ma pitoune, et j’en suis désolée.Par où commencer ? On a finalement un président pour présider notre République. Il n’est pas tombé de la dernière averse, mais parfois j’ai l’impression qu’il est perdu comme un fou dans le bois. Il a des lumières tout le tour de la tête et n’est pas venu au monde hier. Mais on a toute une bande de cabochons qui ne le laisse pas tirer son bout ! On a un nouveau Parlement aussi ! Tu t’rends compte, la chance ? Des élections cousues de fil blanc. On s’réveille et on voit ben que l’on s’est fait amancher ! Aucune réunion parlementaire à date. Nos élus s’tournent les pouces. Alors, j’sais pas comment ils justifient leur jour de la sainte-nitouche, leurs gros chars et leurs troupes de bouncers. Sans te...
commentaires (2)

""Bonne fête, pense à moi. À tantôt."" ""À tantôt"", j'ai cru que c'est du belgicisme le plus courant !

Charles Fayad

12 h 30, le 02 juillet 2018

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Commentaires (2)

  • ""Bonne fête, pense à moi. À tantôt."" ""À tantôt"", j'ai cru que c'est du belgicisme le plus courant !

    Charles Fayad

    12 h 30, le 02 juillet 2018

  • sans !

    Gaby SIOUFI

    10 h 15, le 02 juillet 2018

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