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Moyen Orient et Monde

S’unir contre le terrorisme

Tribune
28/06/2018

Le terrorisme est une menace mondiale persistante en évolution constante. Aucun pays n’est à l’abri. Les médias sociaux, les communications chiffrées ou le dark web sont utilisés pour diffuser de la propagande, radicaliser les nouvelles recrues et planifier des atrocités. La menace s’étend des tactiques brutes d’acteurs isolés à des actes coordonnés et élaborés, en passant par l’horrible perspective d’un attentat chimique, biologique ou radioactif.

Notre réponse, également, doit être souple et diversifiée. C’est pourquoi je convoque cette semaine (le 28 et le 29 juin), à New York, la toute première conférence de haut niveau des Nations unies sur la lutte contre le terrorisme. Les chefs d’organismes nationaux de lutte contre le terrorisme et des représentants d’institutions internationales et de la société civile examineront les moyens d’améliorer la coopération internationale et de mettre en place de nouveaux partenariats.

La conférence portera sur quatre grands points. Premièrement, comment les gouvernements, les services de sécurité et les forces de l’ordre peuvent-ils améliorer le partage rapide d’informations et de stratégies essentielles visant à détecter, perturber et poursuivre les réseaux terroristes ? Deuxièmement, qu’est-ce que l’ONU peut faire de plus pour aider les pays touchés par le terrorisme ?

Troisièmement, comment faire face à la menace que représentent les combattants terroristes étrangers ? Compte tenu de la défaite militaire de l’État islamique d’Irak et du Levant en Syrie et en Irak, un grand nombre de ces mercenaires idéologiques se déplacent vers d’autres théâtres de conflit ou rentrent chez eux, où ils transmettent le savoir-faire qu’ils ont acquis sur le champ de bataille, recrutent de nouveaux adeptes et planifient de nouvelles attaques.

Quatrièmement, comment prévenir le terrorisme et l’extrémisme violent ? Je tiens à ce que la conférence réponde à cette question. Renforcer la sécurité ne sera jamais suffisant. Nous devons nous attaquer aux causes mêmes qui font que des personnes deviennent sensibles à des idéologies toxiques.

Le terrorisme est une menace transnationale qu’un gouvernement ou une organisation ne saurait vaincre seul. Il appelle une réponse multilatérale et concertée aux niveaux mondial, régional et national. Nous devons renforcer les structures et les institutions de lutte contre le terrorisme, mais nous devons également nous attaquer à ses causes profondes par la promotion de l’éducation et la lutte contre le chômage des jeunes et la marginalisation. Nous devons donc engager le dialogue avec les populations locales, les organisations religieuses et les médias. La société civile est non seulement au cœur de cette conférence, mais aussi de nos stratégies plus vastes de lutte contre le terrorisme.

Bien entendu, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent doit respecter les droits de l’homme et le droit international. Il ne s’agit pas seulement de justice, mais bien d’efficacité. Lorsque les politiques antiterroristes sont utilisées pour réprimer des manifestations pacifiques et des mouvements d’opposition légitimes, mettre fin au débat, cibler les défenseurs des droits de l’homme ou stigmatiser les minorités, elles échouent et nous sommes tous perdants. En effet, ces mesures peuvent exacerber le ressentiment et l’instabilité et contribuer à la radicalisation.

Aucune cause ni aucun grief ne saurait justifier le terrorisme. Mais nous ne pourrons atténuer cette menace qu’en mettant fin aux conflits, aux atteintes aux droits de l’homme, à la pauvreté et à l’exclusion, qui poussent tant à l’extrémisme violent. La plupart des nouvelles recrues des organisations terroristes ont entre 17 et 27 ans. Nous devons leur offrir de meilleures perspectives économiques et sociales. Nous devons inverser la polarisation, la xénophobie et les discours de haine qui se multiplient partout dans le monde.

Songeons également aux dizaines de milliers de personnes tuées, blessées et traumatisées par le terrorisme. Les survivants ont besoin de notre appui pour obtenir justice et reconstruire leur vie, financièrement et psychologiquement. Nous devons également les écouter et tirer parti de leur expérience.

Enfin, le terrorisme et l’extrémisme violent ont une forte dimension sexiste. Les terroristes continuent de porter atteinte aux droits des femmes et des filles par la violence sexuelle, les enlèvements, les mariages forcés ainsi que les obstacles à la liberté de circulation et d’accès à l’éducation. Nombre d’entre eux ont une histoire de violence familiale. C’est pourquoi il est urgent de donner la priorité aux droits, à la participation et au rôle de premier plan des femmes.

La communauté internationale a beaucoup progressé dans la lutte contre le terrorisme. Elle a mis en place un cadre international clair qui permet de poursuivre les terroristes, démanteler leurs réseaux financiers et prévenir la radicalisation en ligne. Toutefois, beaucoup reste à faire.

Les groupes terroristes partagent les mêmes principes d’autoritarisme, de misogynie et d’intolérance, qui vont à l’encontre des valeurs universelles consacrées par la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il nous appartient d’unir nos efforts pour bâtir un monde de paix et de sécurité, de dignité et de possibilités pour tous, partout, afin de priver les extrémistes violents du combustible dont ils ont besoin pour propager leurs idéologies haineuses.


*Secrétaire général des Nations unies.


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