Liban

Souleimani et le « courrier rapide » à l’intention des décideurs

Éclairage
13/06/2018

S’agit-il d’une erreur d’appréciation personnelle ou d’une faute diplomatique ? Prenant ses désirs pour des réalités, et dans une ingérence flagrante dans les affaires internes du Liban, le général iranien Kassem Souleimani, chef de la brigade al-Qods au sein des gardiens de la révolution, s’est permis d’affirmer dans un discours public que le Hezbollah a emporté une grande victoire aux législatives. L’officier iranien a même cru pouvoir affirmer que le Hezbollah dispose d’une majorité de 74 députés sur 128.

La suffisance avec laquelle le général Souleimani a parlé a suscité quelques remous au Liban, mais elle a surtout soulevé les sarcasmes. Le premier à réagir publiquement à cette incartade diplomatique a été le Premier ministre désigné. Relancé par un journaliste sur la question, Saad Hariri a souri en coin, affirmant que l’officier cherche à se consoler comme il peut des déboires que la stratégie iranienne connaît en Syrie et en Irak.

Ironie de la situation, l’officier a mis les pieds dans le plat alors même que les responsables du Hezbollah au Liban multipliaient les discours rassurants, cherchant à faire profil bas en réponse à des déclarations volontairement alarmistes occidentales prétendant que le Hezbollah « exerce désormais son hégémonie » sur le Parlement libanais.

On se perd en conjectures sur les motivations de l’officier iranien. Cherchait-il à intimider le Premier ministre désigné ? Si tel est le cas, c’est exactement l’effet contraire que sa déclaration a produit. En effet, après la mésaventure de novembre 2017 en Arabie saoudite, il est évident que Saad Hariri a pris de l’assurance et de la maturité et qu’il joue bien mieux qu’auparavant des atouts de la doctrine locale du non-alignement, dite politique de distanciation.

On l’a dit plus haut, l’une des explications envisagées à sa déclaration inintelligible, c’est qu’il tente de donner le change, pour remonter le moral de troupes qui viennent d’essuyer des revers militaires au Yémen, politiques en Irak, géopolitiques en Syrie, où l’Iran et le Hezbollah devront évacuer les régions méridionales du pays proches des frontières israéliennes.

« Qui sont les 74 députés dont parle Kassem Souleimani comme d’un fait acquis ? Même le Hezbollah n’a pas eu cette prétention! » assurent des cercles souverainistes, pour lesquels il ne fait pas de doute que ce sont les revers subis par l’Iran dans la région qui justifient la sortie de l’officier.

Pour ces cercles, Téhéran a choisi, à travers Souleimani, d’adresser des messages non pas à l’intérieur libanais, mais à la communauté internationale, et surtout aux États-Unis, pour dire qu’il tient la carte du Liban. À la veille du sommet Trump-Kim Jong-un (qui a eu lieu hier, NDLR), à la veille de ce que certains qualifient de « marché du siècle », un plan de règlement global du conflit israélo-palestinien dont les contours demeurent aussi flous que la coiffure du président Trump, le Liban a été choisi pour servir de « courrier rapide » à destination des décideurs.



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Le Faucon Pèlerin

Je m'abstiens de commenter les propos méprisants sur mon pays de la part d'un certain Suleimani envers qui je n'ai que de l'indifférence et de la déconsidération.

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