Ces initiatives qui changent le monde

Au Niger, une révolution agricole grâce au téléphone ?

Niger
Mathieu OLIVIER | Jeune Afrique
16/06/2018

Faciliter la vie des agriculteurs du Niger tout en limitant le gaspillage d’eau. Tel est le défi qu’a décidé de relever la société Tech-Innov, implantée dans ce pays africain constitué d’une immense région désertique.
Un défi que le fondateur de Tech-Innov, l’informaticien et fils de paysans nigérien Abdou Maman Kané, est bel et bien en passe de relever. C’est en 2013 que ce natif de Zinder, ancienne capitale du Niger frappée par les sécheresses à répétition, a créé son entreprise pour commercialiser le système de télé-irrigation qu’il venait de développer afin d’alléger les corvées d’eau et d’optimiser le travail des agriculteurs.

Habitué à développer des logiciels informatiques pour les entreprises et les administrations basées à Niamey, il s’est mis en tête d’aider ceux qui travaillent dans les champs, souvent en marge de la technologie. Un défi de taille puisque plus de 80 % de la population active au Niger travaille dans le secteur agricole et vit dans des zones rurales, particulièrement affectées par la rareté de l’eau dans un pays dont le climat se caractérise par une longue saison sèche. Un pays aussi où l’accès aux ressources hydriques constitue un défi majeur.
De surcroît, avec un taux de pauvreté de 44,1 % et un revenu moyen par habitant de 232 470 francs CFA (350 euros), le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde, selon la Banque mondiale. En 2016, le pays était avant-dernier (187e sur 188) du classement de l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement.

La « télé-irrigation » n’est pas à proprement parler une nouvelle technique d’irrigation. Mais elle permet aux agriculteurs d’activer l’arrosage de leurs cultures à distance, via un simple appel téléphonique. Ce qui facilite grandement le travail. De plus, le système de Tech-Innov repose sur deux éléments accessibles à tout le monde : l’énergie solaire, ressource inépuisable dans ce pays sahélo-saharien, qui alimente le moteur de la pompe à eau ; et le téléphone portable, dont l’utilisation en Afrique n’a cessé de croître depuis les années 2000.
Le système est simple : un boîtier équipé d’une puce GSM est connecté au système d’irrigation et à son réseau de canalisations installés dans les champs. Pour l’activer, l’agriculteur n’a qu’à composer un code depuis son téléphone. Le prix : 200 francs CFA (30 centimes d’euro), le prix d’un appel surtaxé dont Abdou Maman Kané partage les bénéfices avec l’opérateur. Le dispositif permet également de collecter et de diffuser en temps réel et à distance les données météorologiques et hydrologiques.


Révolution agricole
Terminés l’arrosage manuel et, surtout, le gaspillage. Les quantités sont ajustées par l’entreprise grâce aux données transmises par des nanocapteurs et analysées en partenariat avec l’université de Niamey.
Certes, le coût de l’équipement reste prohibitif : 250 000 francs CFA (381 euros) pour l’application et le boîtier, auxquels il faut ajouter le coût des panneaux solaires ou des éoliennes nécessaires à leur alimentation, « mais cela est rentabilisé sur une année », assurent les concepteurs.
D’autant que, passée par le Centre incubateur des PME au Niger (Cipmen), Tech-Innov a noué des partenariats avec des sociétés de microfinance qui aident les exploitants à rassembler la mise de départ.

Récompensée par plusieurs prix internationaux depuis sa création, l’entreprise a conçu d’autres solutions automatisées, notamment pour abreuver les animaux (Ruwa Rayuwa), ou encore distribuer l’eau potable en milieu rural (le Kiosque d’eau potable).
Elle emploie aujourd’hui sept informaticiens et hydrologues, accompagnés dans leurs travaux par douze entreprises sous-traitantes. Du constructeur de canalisations aux employés des centaines de fermes qu’elle a équipées depuis 2013, Tech-Innov a contribué à la création d’emplois, qualifiés ou non.

Abdou Maman Kané peut-il contribuer à une révolution agricole par la technologie ? Il est en tout cas devenu l’un des principaux visages de l’innovation au Niger et intègre occasionnellement la délégation du président nigérien Mahamadou Issoufou lors d’événements internationaux, comme à Kigali, au Rwanda, pour le sommet Transform Africa 2017. Surtout, il travaille au développement de l’utilisation de ses systèmes et à l’essor de son entreprise en Afrique de l’Ouest.

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Mathieu OLIVIER | Jeune Afrique
16/06/2018

Faciliter la vie des agriculteurs du Niger tout en limitant le gaspillage d’eau. Tel est le défi qu’a décidé de relever la société Tech-Innov, implantée dans ce pays africain constitué d’une immense région désertique.
Un défi que le fondateur de Tech-Innov, l’informaticien et fils de paysans nigérien Abdou Maman Kané, est bel et bien en passe de relever. C’est en 2013 que ce natif de Zinder, ancienne capitale du Niger frappée par les sécheresses à répétition, a créé son entreprise pour commercialiser le système de télé-irrigation qu’il venait de développer afin d’alléger les corvées d’eau et d’optimiser le travail des agriculteurs.

Habitué à développer des logiciels informatiques pour les entreprises et les administrations basées à Niamey, il s’est mis en tête d’aider ceux qui travaillent dans les champs, souvent en marge de la technologie. Un défi de taille puisque plus de 80 % de la population active au Niger travaille dans le secteur agricole et vit dans des zones rurales, particulièrement affectées par la rareté de l’eau dans un pays dont le climat se caractérise par une longue saison sèche. Un pays aussi où l’accès aux ressources hydriques constitue un défi majeur.
De surcroît, avec un taux de pauvreté de 44,1 % et un revenu moyen par habitant de 232 470 francs CFA (350 euros), le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde, selon la Banque mondiale. En 2016, le pays était avant-dernier (187e sur 188) du classement de l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement.

La « télé-irrigation » n’est pas à proprement parler une nouvelle technique d’irrigation. Mais elle permet aux agriculteurs d’activer l’arrosage de leurs cultures à distance, via un simple appel téléphonique. Ce qui facilite grandement le travail. De plus, le système de Tech-Innov repose sur deux éléments accessibles à tout le monde : l’énergie solaire, ressource inépuisable dans ce pays sahélo-saharien, qui alimente le moteur de la pompe à eau ; et le téléphone portable, dont l’utilisation en Afrique n’a cessé de croître depuis les années 2000.
Le système est simple : un boîtier équipé d’une puce GSM est connecté au système d’irrigation et à son réseau de canalisations installés dans les champs. Pour l’activer, l’agriculteur n’a qu’à composer un code depuis son téléphone. Le prix : 200 francs CFA (30 centimes d’euro), le prix d’un appel surtaxé dont Abdou Maman Kané partage les bénéfices avec l’opérateur. Le dispositif permet également de collecter et de diffuser en temps réel et à distance les données météorologiques et hydrologiques.


Révolution agricole
Terminés l’arrosage manuel et, surtout, le gaspillage. Les quantités sont ajustées par l’entreprise grâce aux données transmises par des nanocapteurs et analysées en partenariat avec l’université de Niamey.
Certes, le coût de l’équipement reste prohibitif : 250 000 francs CFA (381 euros) pour l’application et le boîtier, auxquels il faut ajouter le coût des panneaux solaires ou des éoliennes nécessaires à leur alimentation, « mais cela est rentabilisé sur une année », assurent les concepteurs.
D’autant que, passée par le Centre incubateur des PME au Niger (Cipmen), Tech-Innov a noué des partenariats avec des sociétés de microfinance qui aident les exploitants à rassembler la mise de départ.

Récompensée par plusieurs prix internationaux depuis sa création, l’entreprise a conçu d’autres solutions automatisées, notamment pour abreuver les animaux (Ruwa Rayuwa), ou encore distribuer l’eau potable en milieu rural (le Kiosque d’eau potable).
Elle emploie aujourd’hui sept informaticiens et hydrologues, accompagnés dans leurs travaux par douze entreprises sous-traitantes. Du constructeur de canalisations aux employés des centaines de fermes qu’elle a équipées depuis 2013, Tech-Innov a contribué à la création d’emplois, qualifiés ou non.

Abdou Maman Kané peut-il contribuer à une révolution agricole par la technologie ? Il est en tout cas devenu l’un des principaux visages de l’innovation au Niger et intègre occasionnellement la délégation du président nigérien Mahamadou Issoufou lors d’événements internationaux, comme à Kigali, au Rwanda, pour le sommet Transform Africa 2017. Surtout, il travaille au développement de l’utilisation de ses systèmes et à l’essor de son entreprise en Afrique de l’Ouest.

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