Le Liban tire sa fierté d’être un des fleurons de la francophonie depuis que ce terme existe. Le français a toujours été ce pont qui lie les Libanais avec cette Europe millénaire ainsi que la France de Charlemagne qui eut cette idée folle un beau jour d’inventer l’école.
Loin de nier la richesse de la langue nationale qui est l’arabe ou de s’opposer au rouleau compresseur de l’anglais devenu langage universel, le français demeure une très belle langue, riche et savoureuse, mais surtout aussi omniprésente dans l’esprit et le cœur des Libanais. Il suffit de parcourir les routes de ce petit pays pour le constater à travers ces milliers de devantures et de panneaux commerciaux ou officiels qui s’expriment en français.
Ils sont nombreux à avoir contribué à ce florilège linguistique. Les jésuites s’y mirent ainsi que d’autres institutions non moins honorables, mais aussi et surtout la Mission laïque française (MLF) avec ses établissements éparpillés équitablement dans tout le pays, et surtout regroupant toute la famille de la nation. Chrétiens et musulmans s’y côtoient en toute aise et cela depuis presque un siècle.
Sauf que dernièrement, et dans un concours malheureux de circonstances économiques où tout le monde avait tort tout en ayant raison, un vent de folie souffla sur cette institution.
Vouloir renier le ressentiment des parents devant les écolages excessifs serait indu. Les parents déjà malmenés par une économie libanaise vacillante peinent à honorer leurs engagements. Rejeter les doléances des enseignants et leur droit aux augmentations dernièrement imposées par l’État serait aussi injuste.
Mais de là à traiter en public la Mission laïque française de malversations est intolérable et contraire à la nature. Des comités de parents qui prennent en otage le reste des parents en usant des slogans populistes et infondés est grave. Même si légalement ces comités sont autorisés au recours en justice en cas de litige, porter plainte contre l’institution qui est supposée avoir notre pleine confiance est simplement insupportable et contraire à toute logique. Ces comités n’ont pas différencié entre la légalité et la légitimité de leur acte et en conséquence ont brisé un lien censé être sincère entre cette triade formée par les parents, les enseignants et la direction de la MLF en vue d’assurer en douceur l’avenir de nos enfants.
Et si par miracle ce contentieux était résolu, et après cette cascade d’accusations souvent obscènes ou indécentes, ces comités auraient-ils l’effronterie d’envoyer leurs enfants à cette école dont ils viennent d’accuser les gérants de mille horreurs ?
Et puisque les miracles n’existent pas ou peu, et si cette institution fermait ses portes, et le cas échéant annulait le bac français, mesdames et messieurs membres des comités des parents, assumeriez-vous cette responsabilité historique ?
Nous sommes un grand groupe de parents du Lycée français de Nahr Ibrahim qui refusent ce qui se passe et qui refusent vos actes. Notre désarroi égale le vôtre quand la note des écolages arrive dans notre boîte à lettres. Mais nous serons aussi victimes que vous quand nos enfants se retrouveront sans école à cause de vos entreprises rocambolesques et inutiles. Si vous trouvez la MLF aussi mauvaise que cela et indigne de vos enfants, vous n’avez qu’à les transférer ailleurs.
Cette note, bien que souvent enflammée puisqu’il s’agit de nos biens les plus précieux, en l’occurrence nos enfants, est un appel au calme et à la négociation. Mesdames et messieurs gérants de la MLF, nous vous prions gentiment de refaire vos calculs. Mesdames et messieurs les enseignants, souvenez-vous que votre métier est une mission avant tout et non une profession quelconque, avec tout le respect que nous devons à vos droits. Monsieur le ministre de l’Éducation, francophone notoire, s’il vous plaît, réveillez-vous, les enjeux sont immenses.
Jean-Marie KASSAB
au nom d’un groupe de parents
du Lycée – Nahr Ibrahim
Nos lecteurs ont la parole - Par Jean-Marie Kassab
Un vent de folie souffle sur la francophonie
OLJ / le 04 juin 2018 à 00h00

