L'éditorial de Issa GORAIEB

Capharnews

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
19/05/2018

En ces temps de frénésie médiatique, bien cruelle peut se montrer cette incessante et boulimique course à l’actu, à l’évènement, à la story. Elle emballe vos écrans de télé, de tablette ou smartphone et les pages de vos journaux et revues, refoulant impitoyablement, avec du nouveau, ce qui, la veille encore, faisait partout la une.

Il en est ainsi de cet inimaginable spectacle de soldats israéliens abattant froidement, comme dans un monstrueux tir aux pigeons, une soixantaine de civils palestiniens manifestant contre le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. À quelque chose malheur pouvant être bon (eh oui, on se console comme on peut), cet épisode particulièrement révoltant de l’interminable feuilleton de Palestine aura du moins rappelé à une bonne partie de l’opinion mondiale l’odieuse réalité d’un Israël non seulement assassin mais s’affichant, malgré ses prétentions démocratiques, comme le seul État au monde à pratiquer encore l’apartheid.

Exit Gaza, c’est l’eau de rose qui prend le relais du rouge sang. Il n’y en a plus en effet que pour le mariage princier d’aujourd’hui à Londres, et pas seulement dans les magazines people, tant il est vrai, comme le disait une jeune femme interviewée dans la rue, qu’on a besoin d’un peu de rêve dans ce monde de brutes. Autres temps, autres mœurs : l’union du prince Harry avec Meghan Markle, actrice et divorcée, n’a guère suscité une cascade de shocking au sein de la famille royale comme parmi les sujets de Sa très gracieuse Majesté. On est évidemment heureux pour les tourtereaux ; il n’empêche qu’on aura une pensée émue pour Edward VIII contraint de renoncer à la couronne pour épouser l’Américaine Mrs Simpson, et aussi pour la princesse Margaret, interdite de convoler avec son roturier de prince charmant Peter Townsend…
À l’intérieur de notre microcosme libanais, la fièvre des élections a fait place aux enchères sur la forme, la composition et la vocation du gouvernement. Classique rituel où l’on voit les diverses formations faire assaut d’exigences, se disputer les ministères sensibles, les nouvelles sanctions américaines et arabes frappant le Hezbollah ne faisant que compliquer encore la tâche du Premier ministre sortant (et théoriquement revenant) Saad Hariri. Navrant culte du désordre, du bric-à-brac, du foutoir dans un pays qui, depuis longtemps, ne faisait plus l’affiche qu’en étalant les oripeaux de ses anciennes gloires : un proverbial génie du négoce devenu affairisme éhonté de la classe dirigeante, et une diversité culturelle dissimulant bien mal l’actuelle foire d’empoigne autour des droits des communautés…

Capharnaüm est synonyme de bric-à-brac. C’est aussi le titre du film de la cinéaste Nadine Labaki et de son époux et producteur Khaled Mouzannar, longuement ovationné en fin de projection jeudi au Festival de Cannes. Cette œuvre promise aux récompenses les plus hautes, et aussi les plus méritées, traite de la scandaleuse maltraitance des mineurs. On y voit un enfant attaquer ses parents en justice pour l’avoir mis au monde, sans autre message expressément politique que l’on sache. Mais comment s’empêcher de rêver de populations à l’abandon qui se décideraient à traîner devant les tribunaux leurs dirigeants faillis et corrompus ?

D’ores et déjà, le talentueux tandem aura davantage fait pour le pays, pour son image, son humanisme et son humanité que cent ministères de la Culture. Bien davantage aussi, pour les enfants en détresse de la région, que ce très authentique capharnaüm qui a pour nom Ligue des États arabes.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


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