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Moyen Orient et Monde

Iran : l’Europe s’emploie à relever le défi américain

Éclairage

Malgré la détermination dont les Européens font preuve, celle-ci pourrait être insuffisante face à l’administration américaine.

19/05/2018

En réponse à la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord iranien et d’imposer de nouvelles sanctions contre Téhéran et les entreprises qui voudraient investir en Iran, l’Union Européenne hausse le ton. La Commission européenne a annoncé hier la relance de la loi de « blocage » pour contrecarrer les effets des sanctions américaines. Cette loi, créée en 1996 suite à l’embargo américain sur Cuba, permet aux entreprises et tribunaux européens de ne pas se soumettre à des réglementations sur des sanctions prises par d’autres pays. Elle stipule qu’aucun jugement décidé par des tribunaux étrangers ne saurait s’appliquer dans l’UE. Bruxelles a dit espérer que ces mesures de « blocage » seront mises en place début août, lorsque les premières sanctions décidées par Donald Trump entreront en vigueur.

La veille, à l’occasion du sommet européen qui se déroulait jeudi dans la capitale bulgare, Sofia, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à 28 se sont accordés sur une approche unie pour sauvegarder l’accord nucléaire iranien et tenir tête aux pressions américaines.
« Nous devons maintenant agir », avait souligné M. Juncker lors de ce sommet où il a reçu le soutien « unanime » des représentants de l’UE présents ce jour-là. « La levée des sanctions liées au nucléaire est une part essentielle du JCPOA. L’Union européenne s’engage à mitiger l’impact des sanctions américaines sur les entreprises européennes et prend des mesures pour maintenir la croissance du commerce et des relations économiques entre l’UE et l’Iran qui ont débuté quand les sanctions ont été levées », souligne la Commission. Cette dernière propose aussi d’autoriser la Banque européenne d’investissement (BEI) à faciliter les placements des entreprises européennes dans la République islamique. « Cela permettra à la BEI de soutenir les investissements européens en Iran, ce qui pourrait être utile, en particulier pour les petites et moyennes entreprises », précise-t-elle dans un communiqué. Elle a également proposé aux pays membres de l’UE « d’envisager des transferts d’argent directs à la Banque centrale iranienne afin d’échapper à des sanctions américaines », a déclaré hier un haut responsable européen à Reuters. « La procédure peut être interrompue si les circonstances politiques ne justifient plus l’adoption des mesures », précise l’exécutif européen. Dans ce cas, le Parlement européen et le Conseil (États membres) ont deux mois pour s’opposer à ces mesures.
Cette loi « de blocage », si elle est mise en œuvre, serait le plus sérieux challenge lancé par l’UE à l’administration Trump. Mais malgré toute la bonne volonté dont les Européens semblent vouloir faire preuve pour sauvegarder l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, peuvent-ils vraiment contourner les mesures américaines ?
À quels risques s’exposent-ils ?


(Lire aussi : Trump, l’Iran, l’Europe : la révolte des agneaux ?)


Pari risqué pour l’UE
La détermination des Européens tient au fait qu’ils considèrent que l’accord nucléaire est la meilleure garantie de ne pas voir l’Iran relancer son programme atomique. L’enjeu est politique, bien avant d’être économique et commercial. « Nous (UE) n’ignorons pas les sanctions américaines. Nous agissons en tant que partenaire responsable et prenons des mesures pour préserver les intérêts des entreprises européennes qui investissent en Iran et œuvrons pour préserver l’accord qui empêche l’Iran de développer des armes nucléaires », indique à L’Orient-Le Jour Maja Kocijancic, porte-parole de l’UE pour les questions diplomatiques et sécuritaires européennes.
« L’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et tous nos collègues de l’UE soutiennent cet accord et nous continuerons à nous y tenir », a affirmé hier la chancelière allemande Angela Merkel, reçue par Vladimir Poutine. « Cet accord n’est pas parfait, mais il est mieux qu’une absence d’accord », a-t-elle ajouté. La chancelière allemande a néanmoins fait preuve d’un certain scepticisme quant à l’efficacité de cette mesure du point de vue des entreprises. « Il ne faut pas se bercer d’illusions », a-t-elle prévenu, estimant que ce mécanisme ne serait pas suffisant pour convaincre les entreprises dans leurs décisions d’investir. « À court terme et en attendant l’actualisation de la loi de 1996, les entreprises pourraient se dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle, que le risque est trop élevé, mais il faut regarder la situation dans les 6 à 12 mois », confirme à L’OLJ Sylvain Kahn, géographe et professeur à Sciences Po, spécialiste des questions européennes. Mais en menaçant de ne pas respecter les sanctions décidées par Washington, les Européens s’engagent dans un jeu dangereux.
Un jeu qui pourrait non seulement aboutir à un échec de leur initiative mais aussi à une exposition à des représailles diplomatiques et économiques conséquentes de la part des États-Unis. « Quand l’UE a activé cette loi en 1996, l’administration américaine de Bill Clinton a reculé. Mais aujourd’hui, il est peu probable que la menace européenne fasse reculer l’administration Trump », indique Sylvain Kahn.
« Trump n’est pas un diplomate. Il ne va pas se laisser impressionner et peut, à son tour, brandir des menaces qui risquent de dégrader les relations américano-européennes », regrette-t-il. L’aspect symbolique de cette décision joue également un rôle important.
Le fait que les Européens tapent du poing sur la table en disant « non » à l’administration Trump et en menaçant d’agir directement constitue quelque chose d’inédit. Encore faut-il qu’ils puissent, à l’image du locataire de la Maison-Blanche, mettre leur menace à exécution. « S’ils essaient vraiment d’engager la procédure, on les regardera différemment (…), et s’ils réactualisent la loi de 1996, tout un tas de pays dans le monde vont avoir l’image d’une Europe qui peut tenir tête aux Américains », explique Sylvain Khan. Car au-delà de la menace, c’est une épreuve pour l’UE qui joue sa crédibilité à décider à 28 à l’échelle internationale. « Les Européens doivent absolument chercher à faire vivre l’accord de 2015 même si les États-Unis en sortent, il y va de la crédibilité de la politique et de la diplomatie européennes dans le monde, c’est un test pour les Européens », ajoute le spécialiste. Mais « pour que cela réussisse, il faut que les Européens restent unis et déterminés, et qu’ils soient capables de résister au rapport de force avec Washington », conclut-il.
Washington a annoncé hier qu’il comptait proposer dès lundi son nouveau plan pour contenir les menaces iraniennes. Les États-Unis souhaitent pour cela former une coalition internationale, façon de tendre la main aux Européens, sans qui celle-ci ne verrait sans doute pas le jour.


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