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Liban

« Nous, les chrétiens de Qaa, ne cédons plus à la peur »

Liban

Les habitants du village frontalier de Qaa déterminés à lutter « indéfiniment » pour rester sur leurs terres.

14/05/2018

C’est la fin de la période électorale au Qaa. Les enfants s’amusent dans les rues tandis que leurs rires résonnent dans les rues quasi désertes du village. Assis dehors ou dans leurs boutiques, des commerçants guettent les passants dans l’attente du client en sirotant un café. « Notre village va attirer de nouveau les habitants partis s’installer à Beyrouth après les attaques, et Qaa va redevenir ce qu’il était », confie Majd Fadel, 25 ans, propriétaire de la plus grande épicerie du village.

Le jeune homme n’a jamais quitté la localité. Il est plein d’espoir quant à l’avenir du Qaa qu’il considère en voie de développement depuis la dernière guerre. Malgré ses convictions, il déplore le portrait que dressent les médias de son village : « Aujourd’hui, il est plus développé qu’il ne l’était pendant la guerre. Les touristes et les Libanais originaires de la région reviennent peu à peu au Qaa. Ils n’ont plus peur. Et malgré cela, les médias continuent de parler de la région comme d’une zone à risque », affirme-t-il. Cette crainte fait bien sûr référence aux attaques perpétrées par huit combattants de Daech durant l’été 2016.

Depuis 2014, des islamistes venus de la Syrie en guerre tentaient d’infiltrer les positions de l’armée à partir du jurd du Qaa et de Ras-Baalbeck. Mais le 27 juin 2016 s’était produit ce que les habitants et l’armée redoutaient. Une série d’attentats-suicides menés par huit kamikazes avait coûté la vie à cinq personnes. Un an après, à l’été 2017, quelque 2 000 militaires de l’armée libanaise s’étaient déployés dans le jurd pour chasser les combattants de la région qui se cachaient dans le secteur.

Aujourd’hui, le calme est revenu dans le village où la vie a repris son cours. Les familles ont pu récupérer leurs terres dans le jurd, théâtre des affrontements jusqu’à l’été dernier. À l’heure de la messe dominicale, les cloches résonnent dans la vallée et les familles à majorité grecque-catholique se pressent, sourire aux lèvres, dans les églises bondées.

« On se sent de nouveau en sécurité »
Micheline est mère de famille et épouse de militaire. Arrivée au Qaa alors qu’elle n’avait que 14 ans, cette Beyrouthine d’origine raconte l’évolution de la vie au village. « De 2006 jusqu’à l’été dernier, je ne me sentais pas en sécurité et j’avais peur pour la vie de mes enfants et de mon mari », souligne-t-elle. La jeune femme attribue cette crainte au fait que la région est entourée par les hommes du Hezbollah et se situe à seulement quelques kilomètres de la Syrie en guerre. Aujourd’hui, cette peur a cependant disparu. « La tranquillité est revenue dans le cœur des familles et on se sent à nouveau en sécurité », poursuit-elle.

Ce sentiment, les habitants l’attribuent également à Bachir Matar, président FL du conseil municipal du Qaa depuis 2 ans. « Nous les chrétiens ne cédons plus à la peur. Les persécutions font partie de notre histoire et nous lutterons indéfiniment pour rester sur nos terres », confie-t-il avec détermination.

Maintenant que la situation est redevenue normale au Qaa, la municipalité a dû se consacrer pleinement au dossier des réfugiés syriens. Ils sont quelque 30 000 femmes, hommes et enfants originaires d’Alep, de Homs ou de Raqqa à avoir fui le conflit dans leur pays et traversé les montagnes pour venir se réfugier dans la Békaa, à seulement quelques kilomètres de la frontière syrienne. De nombreux camps d’accueil implantés aux alentours du Qaa ont été mis en place par les Nations unies, conjointement avec la municipalité. La plupart des réfugiés sont venus en famille et sont ainsi répartis par 5 ou 10 dans une tente, de manière à ce qu’ils bénéficient d’une certaine intimité. Chaque campement dispose d’un moteur et d’un système de distribution électrique accessible 3 heures dans la journée pour permettre un roulement et pouvoir ainsi fournir l’eau et le courant à la totalité du camp. Des biens de première nécessité sont assurés par les Nations unies aux réfugiés. Ces derniers ont la possibilité de se déplacer dans le village à des dates mensuelles établies par la municipalité, de manière à leur permettre de venir faire leurs courses dans le supermarché du village. Majd Fadel, le jeune gérant du magasin Rossard au Qaa, se dit ravi de pouvoir apporter sa pierre à l’édifice : « Les réfugiés syriens viennent régulièrement s’approvisionner chez moi et je les accueille à chaque fois avec plaisir. Beaucoup d’entre eux sont devenus de bons amis et j’ai pris l’habitude de leur faire don d’un certain nombre de produits qui leur sont financièrement inabordables. »

Ces camps d’accueil, Bachir Matar s’y rend régulièrement. Il confie accorder un intérêt particulier à ces populations et à leurs conditions de vie dans les camps. « Je suis responsable des réfugiés syriens dans la région. C’est mon métier de m’assurer qu’ils vivent en toute dignité et sans peur », dit-il. Mais ce n’est pas la seule mission que le président du conseil municipal s’est attribuée. L’élu a également mis en place un système de contrôle au sein des camps : « Avec l’aide de l’armée, on vérifie de manière régulière qu’il n’y a pas de jihadistes dans les camps », précise-t-il, avant d’ajouter : « Il faut rester à l’écoute des réfugiés et s’occuper d’eux correctement, en particulier les jeunes pour qu’ils ne basculent jamais dans la criminalité. »
Bachir Matar espère par-dessus tout apporter à la jeunesse du village un avenir meilleur, malgré les obstacles auxquels il est confronté. « On travaille dur pour faire évoluer l’économie dans la localité », souligne-t-il, en se disant confiant que les nouveaux députés de la région, notamment Antoine Habchi de Deir el-Ahmar, « porteront un réel intérêt à notre ville ». « On pourra travailler main dans la main au développement du Qaa », conclut-il.


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ACE-AN-NAS

IL veille. Vous pouvez dormir tranquilles bonnes gens de Qaa.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOUS ENTRETENONS MALHEUREUSEMENT LA DISCORDE ENTRE NOUS !

Yves Prevost

Reste à récupérer la trentaine de km2 (trois fois plus que les fermes de Chebaa) toujours occupés par la Syrie!

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