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Culture

Danser pour dénoncer l’esclavage sexuel des femmes

Chorégraphie

« Hunna », un spectacle chorégraphié par le Marocain Khaled Benghrib, a été présenté sur les planches du Tournesol dans le cadre du festival Redzone.

05/05/2018

Les femmes face aux désirs sexuels les plus sombres de la société, de la religion, des traditions, sur une musique presque dérangeante ; des corps aux mouvements cassés pour un harem oppressé et opprimant. Tel se présente le spectacle Hunna, chorégraphié par Khaled Benghrib et présenté sur les planches du théâtre Tournesol dans le cadre du festival Redzone.

Un décor de scène presque nu avec une sorte de radar à planches en plexiglas. Un homme aux muscles tendus, en short caleçon noir, se penche comme pour un exercice de sport. Il se couvre la peau d’un enduit noir. Symbole de l’impact de toutes les idées malfaisantes reçues, il restera à l’écart, mais omniprésent dans son pouvoir absolu de mâle dominant. Au-devant des feux de la rampe, quatre jeunes femmes, en blanc virginal et collant ultramoulant, cheveux dénoués et bracelets-bijoux aux poignets, ou alors sans accessoires qui les embelliraient, prennent d’assaut la flaque de lumière. Comme dans une frénétique farandole chagallienne à l’orientale : déchaînée, lascive, impudique, tétanisée. Et déferle une musique électronique assourdissante, avec projection d’images vidéo sur grand écran, pour parler de celles qui, soumises ou insoumises, font le jeu, les fantasmes, les diktats et les dérives sexuelles des hommes.

Danse provocante, répétitive et insistante dans ses tournoiements abrupts, saccadés, tranchants, convulsifs. Aucune grâce de liberté, de tendresse, d’approche charnelle soyeuse. Les femmes, dans cette ronde de toupies folles, électrisées, magnétisées comme une limaille de fer, enchaînées, ont des attitudes de poupées électrocutées. À cela s’ajoute l’intensité d’une musique aux tonalités sourdes et marquées jusqu’à l’insoutenable. Avec un déversement en trombe de décibels, comme pour un tempo où la folie est illimitée et souveraine.

En ces temps de fondamentalisme outrageux, la religion et la société du monde arabe semblent faire un mea culpa des outrages et des outrances faites aux femmes. La danse pour dénoncer ce sujet d’une brûlante actualité ? Pourquoi pas, et l’idée est certainement bienvenue. Mais l’illustration et la réalisation restent assez maladroites, maigres et manquent d’attrait. On perçoit bien vaguement ces images d’esclavage sexuel des filles d’Ève, mais la notion de danse reste chétive même si le saphisme et l’onanisme – marge d’évasion et de rêve – de ce singulier gynécée sont évoqués en flashs violents et volatiles.

Les images des rapports hommes et femmes, rapportées par les médias en cette sinistre période guerrière à drapeau noir, surgissent dans les mémoires devant ces femmes qui se tortillent sous le poids invisible de la dictature et du despotisme masculin, sociétal, religieux. 

Sur un ton de réquisitoire véhément et coléreux, ce spectacle de danse interpelle certes, mais ne parle ni au plaisir des yeux ni à l’émotion du cœur. Et encore moins à la volupté de l’ouïe.

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