Un appel aux francophones du monde entier, lancé par le président Emmanuel Macron. Promouvoir la langue française et le plurilinguisme dans le monde.
Qui va répondre à cet appel ?
Si la francophonie se définit par un esprit, une façon d’être, une ouverture, un système de valeurs, le Liban se trouve au cœur de cette conception mais aussi, mais surtout, un promoteur du français dans la région du Moyen-Orient. À côté de l’héritage arabo-levantin, dont les Libanais n’ont guère à rougir, leurs aïeux ayant grandement contribué, dès le XVIe siècle, à sa renaissance et son état dans les arts et les lettres, la francophonie fut aussi pendant longtemps et reste une manière d’être libanais, nullement en rupture avec la première.
Actuellement au Liban, 55 % des écoliers ont le français comme première langue étrangère. Près de 60 000 élèves étudient également le programme français dans 41 établissements homologués. Le Liban, selon l’ambassadeur de France Bruno Foucher, est donc le premier pays du monde (après la France) pour l’enseignement du programme français. En comparaison, le deuxième pays au monde, c’est le Maroc, avec 37 000 élèves. Il y a toujours « une demande du français », et du français de qualité. On ne se vante pas si on avance que l’arabe, le français, l’anglais, ce multilinguisme en quelque sorte, font profondément partie de l’ADN des Libanais. Ainsi, le Liban lutte face à l’avancée de l’anglais pour ne pas perdre une partie de son âme.
Les Libanais sont les plus concernés, les plus habilités à répondre au « rejoignez-nous » lancé par le président français. Le site et la situation de leur pays, leur héritage historique avec la France, leur attachement à la culture francophone et à ses valeurs, leur implication à s’appliquer pour jouer le rôle des disciples, même des chevaliers dans cette partie du monde.
Le premier pas à envisager, c’est de porter le chiffre à 150 000 élèves, notamment dans les écoles officielles. Dans le même cadre, cela s’applique aux enfants des déplacés syriens, dont le nombre est évalué à presque 50 000 sur tout le territoire libanais.
Le deuxième but est d’encourager les écrivains francophones. Le nom d’Amin Maalouf, qui occupe actuellement le vingt-neuvième fauteuil de l’Académie française, doit révéler à beaucoup de jeunes Libanaises et Libanais une fierté et un sentiment d’admiration de la langue de Molière et les pousser à goûter les délices de l’expression française.
En troisième objectif, et au modèle des créateurs français de mode, les Libanais ne manquent pas dans ce domaine.
Ils ont créé une manière d’habillement conforme au milieu moyen-oriental tout en respectant les engouements et le goût esthétique universels. Un Saab, un Hobeica, un Ward font de ce style d’habillement un modèle à suivre. Fonder des écoles et des ateliers de couture dans les pays du Golfe serait, semble-t-il, une façon d’implanter une culture, une façon de vivre conforme au goût du jour, tout en respectant les coutumes et les mœurs respectives de chaque pays.
Plus encore, ce qui s’applique à la mode est valable pour la bijouterie. Sous l’égide du savoir-faire français, fonder des écoles qui enseignent la fabrication de bijoux serait un projet innovant dans ce domaine. Le métier de joaillier, d’orfèvre, de bijoutière serait original et attractif pour les jeunes du Moyen-Orient arabe.
Promouvoir la langue française s’étend aussi à l’échange artistique. Puisque le métier d’artiste exige une aptitude et des connaissances d’apprentissage de celui qui l’exerce, alors l’ensemble de connaissances et de règles d’action françaises pourront contribuer à améliorer les techniques et s’enrichir mutuellement.
L’extension peut toucher encore l’art cinématographique. La démarche dernièrement des Libanais dans ce domaine est prometteuse. Une collaboration libano-arabe, soutenue par l’expérience française, pourra produire des travaux sérieux.
Et que dire du tourisme ? Ne constitue-t-il pas le moteur pour promouvoir une culture ? À l’ère de la mondialisation et avec le tourisme de masse, il y a lieu de propager et d’échanger les différents visages du pays. Propager la diversité ne forme-t-elle pas une assise de la francophonie ?
Mieux encore avec la crise mondiale énergétique et ses effets néfastes sur l’environnement, le savoir-faire français dans l’énergie solaire – la station solaire nouvellement inaugurée en Inde – ne serait-il pas un échange de techniques au profit de biens communs ?
Oui, répondent les Libanais, notamment les seniors libanais. Ces femmes et ces hommes qui gardent fièrement leur culture libanaise conservent jalousement leur culture française. Formés dans les diverses universités du Liban, la majorité ont passé des années d’études en France et ont décroché de hauts diplômes universitaires dans différents domaines. Ces Libano-francophones sont conscients que sur notre terre, où Amine Maalouf, Nadia Tuéni, Georges Schéhadé, Salah Stétié, Andrée Chedid exprimèrent en français toute la poésie de l’Orient, l’histoire a voulu que des liens particuliers s’établissent avec la France et, par-delà, entre l’Europe et l’ensemble du monde arabe.
Si la francophonie porte sur les stratégies de diffusion du français et des langues partenaires, sur la maîtrise des nouvelles technologies de l’information et, enfin, sur le développement de la promotion de l’État de droit, qu’en est-il du rôle du Liban dans cet espace ?
Il incombe donc au Liban de continuer la mission des francophones libanais et de répondre à l’appel. Par son pluralisme culturel, le Liban doit être en mesure de transmettre au monde tout ce qu’il produit, tout ce que la francophonie produira de vrai, de juste, de beau. Oui, comme le réclamait le président Macron, « le français est un atout pour l’avenir ». L’avenir n’est pas écrit d’avance, c’est à nous tous de l’écrire, à nous de le concevoir, à nous de le bâtir. Rassembler, rassurer, écouter, inclure, partager, cela ne forme-t-il pas les tâches de la francophonie ?
Historien-sorbonnard
Nos lecteurs ont la parole - Mounir El-Khoury
« Rejoignez-nous »
OLJ / le 05 mai 2018 à 00h00

