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Moyen Orient et Monde

Les Iraniens face à l’instabilité économique

Tensions sociales

Face à une importante crise bancaire et économique, le peuple, fatigué, tente de s’adapter.

03/05/2018

« Si l’économie allait mieux, l’Iran serait le meilleur pays du monde », s’exclame Arash, la quarantaine. Beaucoup d’Iraniens partagent son avis, mais la situation économique instable du pays les préoccupe.
« On ne peut pas dire que tout le monde est sans espoir, mais il est vrai que la majorité des gens autour de moi sont inquiets quant à leur avenir », affirme Ehsan, 30 ans, employé dans une société privée. « L’économie iranienne est étatique, c’est compliqué pour les entreprises privées de se faire une place. Et encore plus lorsqu’on n’a aucun piston ni aucun lien haut placé », regrette-t-il. En Iran, le chômage des jeunes atteint environ 25 %, mais d’après Saber, 31 ans, journaliste dans un organisme d’État, trouver un travail n’est pas forcément synonyme de stabilité : « J’ai fait des études et j’ai dix ans d’expérience, mais je n’ai pas encore pu trouver une bonne place dans le marché du travail parce qu’il n’y a aucune sécurité dans mon domaine. Je peux même dire que la situation empire : ces dernières années, beaucoup de publications ont fermé et les employés se sont retrouvés au chômage. Sans compter que l’inflation et la montée des prix a toujours un pas d’avance sur nous », déplore-t-il.


(Lire aussi : En Iran, les "maisons de force" font de la résistance)


En effet, l’inflation, de 40 % en 2013, lorsque le président Hassan Rohani est arrivé au pouvoir, est tombée à 9 % en 2016, mais atteint presque 11 % cette année. Si en apparence le calme semble être revenu en Iran après les protestations de la fin du mois de décembre 2017, les tensions restent palpables. Le 23 avril 2018, Davoud Mirzaï, directeur exécutif de la maison des ouvriers de la province Markazi, où siège l’entreprise Hepco, a affirmé lors d’une conférence de presse que l’entreprise, leader en production d’équipement de construction routière en Iran et au Moyen-Orient, était en crise. En février, les salariés de l’entreprise s’étaient rassemblés sur la place de la ville d’Arak, dans le centre de l’Iran, pour réclamer leurs salaires, non payés depuis plusieurs mois. « L’ouvrier se retrouve face à une perte de pouvoir d’achat de 20 %, comparé à il y a 40 ans, due notamment à l’inflation et à la perte de la valeur du rial », a affirmé Davoud Mirzaï, cité par l’agence Tasnim, proche des conservateurs. Le 26 avril, le gouverneur de cette même province a rappelé que « les protestations sont un droit des ouvriers tant que cela se fait dans le calme et dans le cadre de la loi ». La classe ouvrière n’est d’ailleurs pas la seule à se rassembler. Le 16 mars, c’était au tour des agriculteurs de l’ouest d’Ispahan, ville touristique à 340 km au sud de Téhéran, de protester contre la sécheresse et la mauvaise gestion de la distribution d’eau du Zayandeh rud, rivière principale de la ville. Quant à la classe moyenne, elle n’est pas épargnée. La taxe de sortie du territoire qui avait indigné beaucoup d’Iraniens en novembre 2017 a finalement été intégrée au budget. Résultat, la classe moyenne iranienne, plus amenée à voyager à l’étranger, devra payer 45 euros au premier voyage, puis 64 euros au second et enfin environ 88 euros. Début avril, Sohail, jeune guide touristique, a trouvé un billet pour la Turquie à 50 000 rials soit environ 10 euros. Sur Instagram, il écrivait, ironique : « 10 euros pour la Turquie, la taxe de sortie du territoire est plus chère que mon billet ! » Cette taxe « ne fera que raviver les tensions », écrit également Ali sur Twitter.


(Pour mémoire : Incertitudes mais signes d'espoir pour l'économie iranienne)


Sortie du nucléaire et escalade de tensions
L’Iran fait également face à une crise bancaire sans précédent en raison d’emprunts risqués et de la corruption. Le gouvernement et la Banque centrale iranienne se concentrent sur une restructuration du secteur bancaire et luttent contre le blanchiment, conditions sine qua non pour attirer des investisseurs étrangers. Le 10 avril, après l’établissement par la Banque centrale iranienne d’un taux fixe à 42 000 rials pour un dollar, des files d’attente interminables se sont formées à Ferdowsi, place où se trouvent la plupart des bureaux de change, et les forces de l’ordre ont été mobilisées. Les Iraniens ont perdu confiance en leur économie; pour eux, le dollar ou l’euro sont plus stables et ils espèrent pouvoir revendre leurs devises à un prix attractif.
Enfin, l’hypothèse d’une sortie, le 12 mai, des États-Unis de l’accord nucléaire augmente les spéculations. L’éventualité d’une guerre, alors que l’Iran est impliqué en Syrie et que les tensions avec Israël et l’Arabie saoudite s’aggravent, est également dans les esprits. « La population attend de son gouvernement qu’il l’aide à bien vivre et à être en sécurité », explique Ehsan. « L’un sans l’autre ne suffit pas. Si le gouvernement me donne de quoi vivre décemment et qu’il considère ensuite que c’est nécessaire, compte tenu de la situation de la région, de s’engager dans des conflits à l’étranger, je n’ai rien à dire, qu’il le fasse », affirme-t-il.
En attendant, Javad, 27 ans, a ouvert son second café il y a quelques mois après un premier échec : « L’Iran est un pays dans lequel il est possible de faire beaucoup d’argent, mais c’est aussi à nous de prendre nos responsabilités, qu’on arrête par exemple d’importer des produits chinois. Moi j’ai espoir en un avenir meilleur, mais même si ce n’est pas le cas et que ça empire, on n’a pas d’autre choix que de faire avec », conclut-il, fataliste.


Pour mémoire

Iran : à bout de voile


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