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Liban

Deux pans du mur de la décharge côtière de Tripoli se sont effondrés

Crise des déchets

À la demande de la municipalité, le CDR a fait installer un remblai de terre afin de maîtriser l’éboulement.

21/04/2018

Un pan du mur qui entoure la décharge de Tripoli située en bord de mer s’est écroulé hier, sous le poids des déchets qui y sont déversés chaque jour. Cet éboulement, le second cette semaine, est une énième illustration de la mauvaise gestion des déchets au Liban.
Le mur, qui encercle la totalité de la décharge, avait été érigé en 2000 pour une durée de cinq ans, dans l’attente d’une solution alternative viable permettant de limiter les risques pour l’environnement et la santé publique. « Depuis 2005, rien n’a toutefois été fait pour remplacer ce mur, et nous sommes au point mort », regrette Jalal Halouani, directeur du laboratoire des sciences de l’eau et de l’environnement de l’Université libanaise (UL) et ancien membre du conseil municipal de la capitale du Liban-Nord.
M. Halouani affirme à L’Orient-Le Jour que la situation a vraiment commencé à se dégrader dangereusement il y a sept ans. L’expert, qui dit n’avoir pas cessé de tirer la sonnette d’alarme, relève trois problèmes majeurs au sujet de cette décharge dans laquelle les déchets s’accumulent sur une hauteur de 40 mètres : l’effondrement du mur; le déclenchement d’incendies en raison de l’accumulation de biogaz; et la pollution du milieu aquatique par les déchets qui tombent dans la mer et dans la rivière Abou Ali, qui longe le nord du site.

Craintes d’un « effet domino »
De fait, mercredi dernier, c’est une portion du mur située en face de la mer du côté de la zone économique de Tripoli qui s’est écroulée. Hier en début d’après-midi, c’était au tour d’un pan de la partie est du mur.
Les causes de ces effondrements sont multiples. « Les murs subissent une pression importante, d’abord en raison du volume de déchets » qui y sont jetés et qui dépasse de loin la capacité du site, explique Jalal Halouani. Autres causes, « l’accumulation des eaux pluviales et enfin l’emmagasinement de biogaz, qui est en surplus depuis 2013, année de la fermeture du four » de traitement de ces biogaz émis par les déchets. À cela viennent s’ajouter les vibrations causées par une usine de production de gravier, installée à proximité de la décharge, qui fragilisent encore son infrastructure de soutien.
Après l’effondrement de la première partie du mur, qui s’élève sur 30 mètres alors que les déchets s’entassent sur une hauteur pouvant atteindre 40 mètres à certains endroits, le Conseil du développement et de la reconstruction est rapidement intervenu à la demande de la municipalité de Tripoli. « Le CDR a demandé à une société de travaux publics d’installer une montée de terre afin de retenir le mur », explique Jalal Halouani. Il indique qu’« heureusement, l’éboulement a eu lieu du côté de la zone économique, à un endroit qui n’est pas encore exploité. Cela a permis au CDR d’installer le remblai ». « Ça devrait tenir de ce côté là... » affirme-t-il, soulignant toutefois craindre « un effet domino » et l’écroulement d’autres zones du mur, à l’instar de ce qui s’est passé hier. « Cette perspective est catastrophique », poursuit M. Halouani, qui précise que « si la partie nord du mur qui longe le fleuve s’effondre, les déchets tomberont directement dans le cours d’eau et finiront dans la mer ».

Toxines et mauvaises odeurs
Mi-décembre, le Premier ministre Saad Hariri avait demandé au CDR de fermer la décharge et le centre de tri des déchets attenant, l’invitant à effectuer des travaux de rénovation. Les camions continuent néanmoins de déverser des détritus, ce qui contribue jour après jour à l’accroissement de la montagne de déchets.
Lors du Conseil des ministres de jeudi, le ministre de l’Environnement Tarek el-Khatib a enjoint au gouvernement de « trouver une solution directe, sérieuse et rapide aux dangers posés par la décharge de Tripoli, et de prendre des mesures immédiates pour régler le problème des émissions de gaz » toxiques. Il a été secondé par l’ancien Premier ministre et candidat aux élections législatives dans le chef-lieu du Liban-Nord, Nagib Mikati, qui a organisé une conférence de presse à son domicile afin de dénoncer « les toxines et mauvaises odeurs qui se dégagent de la ville ». « La première expérience de partenariat public-privé menée pour résoudre le problème de la décharge est un échec car le secteur public n’assume pas ses responsabilités par rapport au secteur privé », a accusé M. Mikati, qui a appelé le gouvernement à « trouver une solution rapide à cette situation ». « Les citoyens tripolitains ne peuvent plus supporter les toxines et odeurs, qui provoquent des maladies dangereuses », a-t-il martelé.
Jeudi, la société AMB qui gère l’usine de tri des déchets de Tripoli avait démenti dans un communiqué être responsable des mauvaises odeurs qui se dégagent dans la ville depuis quelque temps. « Il s’agit de rumeurs infondées qui interviennent dans le cadre d’une campagne orchestrée et visant à faire pression pour fermer l’usine. Cette campagne a pour but de servir les intérêts financiers de ceux qui profitaient de la situation avant la mise en place de l’usine », ont expliqué les gérants. « L’usine de tri est la seule solution environnementale sûre pour traiter les déchets de Tripoli », a souligné le communiqué.

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