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Moyen Orient et Monde

À Gaza, la question des détenus mobilise toujours la population

Reportage

Hier, comme tous les 17 avril, les Palestiniens ont célébré la Journée des prisonniers, en soutien aux milliers de personnes enfermées dans les prisons israéliennes. À Gaza, les commémorations ont eu lieu dans le contexte de la Marche du retour.

18/04/2018

Hier matin, dans la ville de Gaza. Ce 17 avril, le soleil déjà haut ne semble pas déranger les dizaines de personnes qui marchent dans les rues de la ville. Drapeau jaune aux couleurs du Fateh dans une main, étendard aux couleurs de la Palestine dans l’autre, un groupe d’hommes déambule lentement en direction du bâtiment de la Croix-Rouge où, depuis des années, les familles de prisonniers ont pris l’habitude de se réunir. Au fil de la journée, qu’ils soient du Fateh, du Hamas, du Jihad islamique ou autres, plusieurs groupes vont ainsi se succéder dans les rues de Gaza. S’ils appartiennent à des factions politiques différentes, tous sont unis par une même cause : manifester leur soutien aux près de 6 500 prisonniers politiques palestiniens enfermés à ce jour dans les geôles israéliennes.

Si la Journée des prisonniers avait donc officiellement lieu hier, à Gaza c’est habituellement le lundi que la population a pris l’habitude de soutenir ses prisonniers. Chaque début de semaine, la Croix-Rouge organise des rencontres avec les proches des détenus : certains viennent pour tenter d’obtenir un permis de laisser-passer pour sortir de Gaza et aller voir leur fils, leur père ou leur sœur, quand d’autres viennent tout simplement trouver du soutien auprès de personnes aux histoires similaires à la leur.

Ce lundi 16 avril, des dizaines de personnes sont ainsi venues écouter Daoud Chehab, le porte-parole du Jihad islamique, qui prononce quelques mots en hommage aux prisonniers palestiniens tandis qu’autour de lui, une vingtaine de femmes, toutes de blanc vêtues, arborent fièrement les portraits de jeunes femmes pour la plupart emprisonnées depuis plusieurs années.

À l’intérieur du bâtiment, où l’ambiance agitée du dehors fait place au calme, une dizaine de femmes discutent tranquillement. Comme Oum Raed Ahmad, beaucoup ont un fils en prison. « Raed a été condamné à une peine de 20 ans de réclusion, il en a déjà purgé 13. » Toute de noir vêtue, la mère de ce jeune homme arrêté en 2006 alors qu’il avait 21 ans sourit d’un air triste : « Depuis que mon fils est emprisonné, je viens ici tous les lundis pour le soutenir. La Croix-Rouge nous aide pour essayer d’obtenir des permis, mais les autorités israéliennes les bloquent. Cela fait deux ans que je n’ai pas pu aller le voir. » À ses pieds, la femme d’une cinquantaine d’années montre la photo de son fils. En tenue militaire, il pose au milieu d’un décor doré. « Il appartenait à une branche armée du Fateh », explique Oum Raed Ahmad, sans vouloir en dire plus.


(Pour mémoire : À Gaza, les prochaines semaines s’annoncent violentes)


La « fuite des spermes »
Dans la famille Zamin, on déplore aussi l’absence d’un fils. Emprisonné pour avoir, selon sa famille, un peu trop « surveillé » les manœuvres des soldats israéliens à la frontière avec Gaza, Tamer Zamin a 22 ans seulement lorsqu’il est condamné à 12 ans de prison. « Mon fils sortira dans six mois. J’ai attendu 11 ans et demi pour le voir libre, mais ces dernières semaines d’attente me semblent les plus difficiles à supporter », raconte sa mère, Jamila. Bien installée sur les matelas du salon familial, elle ne tarit pas d’éloges au sujet de son fils : « En prison, Tamer a passé un diplôme en histoire, mais aussi en médias et journalisme. Il a même appris l’hébreu ! » Soudain, un petit garçon entre en courant dans la pièce avant de venir se blottir contre sa grand-mère. « C’est Hassan, le fils de Tamer ! Il a 4 ans et demi… Les Israéliens l’ont mis en prison mais ils ne l’ont pas empêché d’avoir un fils ! » explique Jamila Zamin d’un air entendu. Car comme d’autres enfants gazaouis, le petit garçon est en effet né grâce à ce que tout le monde ici appelle « la fuite des spermes » : pour avoir un enfant, certaines familles réussissent à faire sortir de prison un peu de semence des pères, avant de les envoyer à une clinique spécialisée de Gaza où les femmes sont inséminées artificiellement. S’il a fallu du temps pour convaincre la famille du bien-fondé de la démarche, Jamila ne regrette en rien la décision qu’elle a prise cinq ans plus tôt avec sa belle-fille. « Mon fils et sa femme n’ont pas eu à attendre que Tamer sorte de prison pour avoir leur premier enfant. »

Trois semaines après le début de la Marche du retour entamée le 30 mars, la nouvelle manifestation prévue vendredi 20 avril à Gaza sera elle aussi marquée par le soutien aux milliers de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, parmi lesquels on compte plus de 300 Gazaouis.



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