L'éditorial de Issa GORAIEB

Réflexion faite

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
14/04/2018

Un démarrage sur les chapeaux de roue, aussitôt suivi d’un freinage en catastrophe : une fois de plus, et dans un contexte plus explosif que jamais, le très singulier président des États-Unis aura donné toute la mesure de son caractère impulsif, sinon brouillon.

En l’espace de trois jours, Donald Trump aura en effet menacé de sévir au plus vite contre le régime baassiste, coupable d’attaques au gaz contre les populations civiles de Syrie ; il aura même nargué les Russes, les mettant au défi d’intercepter ses pimpants et surdoués missiles, tout cela avant de rétropédaler en prêchant aux mêmes Russes les vertus d’une fructueuse coopération entre les deux superpuissances. Reculade peu glorieuse, mais qui ne laisse pas d’être opportune puisqu’elle éloigne, dans l’immédiat, le spectre d’une bataille de titans.

Alors, rien là, à la Maison-Blanche, qu’un caricatural clone de Barack Obama menaçant Damas de ses foudres et finissant par se satisfaire d’une illusoire destruction de l’arsenal chimique syrien ? Pas tout à fait, et pas seulement, parce que l’histoire risque peu de repasser le même plat, surtout quand il est aussi peu ragoûtant. Il y a exactement un an, le président américain se démarquait nettement déjà de son prédécesseur en lançant ses Tomahawk sur un aérodrome militaire syrien ; et dans ce nouvel épisode du sinistre feuilleton puant le chlore, Trump est allé beaucoup trop loin pour reculer sans perdre irrémédiablement la face. Dès lors, il lui faut absolument passer à l’acte en tenant compte toutefois de ces deux impératifs : éviter à tout prix une confrontation directe avec Moscou ; et frapper assez fort néanmoins pour avoir quelque chance d’intimider Assad et de le dégoûter une fois pour toutes de son sinistre penchant pour la chimie.

En attendant, on s’arrêtera aux constatations suivantes :
- En annonçant inconsidérément la couleur, en se dessaisissant ainsi du précieux élément de surprise, on veut bien croire que Trump a voulu offrir aux Russes toute latitude de mettre en lieu sûr leur matériel sensible, afin d’éviter tout accident grave ; le revers de la médaille est que l’aviation syrienne a vite fait d’aller s’abriter à son tour dans les jupes de la sainte Russie.

- Comme il est courant en pareille situation, c’est du côté des militaires, plus au fait que les politiques des aléas de la guerre, que l’on s’est alarmé en premier de la fougue présidentielle. Prenant de vitesse le département d’État, c’est le secrétaire à la Défense, l’ancien général James Mattis, qui, le premier, a mis un bémol aux accents belliqueux du président, en faisant savoir qu’il venait de soumettre à ce dernier tout un éventail d’options, insistant devant le Congrès sur la nécessité de ne pas laisser la situation échapper à tout contrôle.

- Pas plus qu’il n’a suffisamment débattu de la question avec ses plus proches collaborateurs, le chef de l’exécutif US ne s’est assuré, à temps, la coopération entière, absolue, de ses alliés occidentaux. Alors que l’Allemagne s’est déclarée hors jeu, le Royaume-Uni paraît poser comme préalable à toute implication militaire la mise sur pied d’une riposte internationale. Condamnant sans appel Bachar, résolu à agir mais seulement en temps voulu, le président français Macron s’efforce néanmoins de gagner l’intraitable Vladimir Poutine aux vertus de la concertation, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU où persiste l’impasse.

Pour finir, cette sibylline note locale au milieu de la cacophonie planétaire entourant la question syrienne. De toutes les mises en garde multipliées par le Kremlin, la plus sévère, la plus martiale, la plus explicite est, assez curieusement, celle formulée par l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, assurant que les missiles américains seront abattus, et qu’il en ira de même pour les sources de tir. Serait-ce par hasard l’effet bien connu de cet air tonique, vivifiant, stimulant, à la limite grisant, qui est proverbialement celui du Liban ?

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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