Le Conseil de sécurité de l’ONU réuni pour discuter de la Syrie. Drew Angerer/Getty Images/AFP
La Russie a opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU, hier dans la nuit, à un projet de résolution américain prévoyant de créer un mécanisme d’enquête sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Le projet de texte américain – approuvé par 12 voix, deux contre (Russie et Bolivie) et une abstention (Chine) – proposait la création, pour un an, d’un nouveau « mécanisme d’enquête indépendant des Nations unies (Unimi) ». Il s’agit du 12e veto russe sur une résolution de l’ONU concernant la Syrie depuis le début de la guerre en 2011. Outre la création du mécanisme Unimi, le texte américain condamnait les attaques à l’arme chimique commises à Douma, dans la Ghouta orientale.
« Ce n’est pas vrai qu’on a pris en compte nos exigences » dans la négociation de ce texte, a expliqué l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia. « Nous usons de notre veto pour défendre le droit international (...) et ne pas entraîner le Conseil de sécurité dans des aventures », a-t-il ajouté. « Notre résolution garantissait l’indépendance d’un mécanisme d’enquête », alors que le projet russe concurrent (rejeté hier car n’ayant pas recueilli la majorité de 9 voix nécessaires à son adoption) revient à choisir les enquêteurs, avait fait valoir auparavant son homologue américaine Nikki Haley.
Ces derniers jours ont été marqués par une frénésie diplomatique et hier, Donald Trump, qui a annulé sa participation au Sommet des Amériques pour gérer le dossier syrien, s’est entretenu avec la Première ministre britannique Theresa May. Les deux dirigeants « ont condamné le mépris cruel pour la vie humaine du président Assad et sont tombés d’accord pour ne pas laisser l’usage d’armes chimiques se poursuivre », a indiqué la Maison-Blanche, estimant que Damas ne pouvait mener à bien une telle attaque sans l’aide de ses alliés russe et iranien. Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a lui aussi annulé un voyage prévu ce week-end.
Parallèlement, M. Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont entretenus au téléphone pour la deuxième fois en deux jours. Ils ont souhaité « une réaction ferme » de la communauté internationale, a annoncé l’Élysée. De son côté, la Chine s’est dit « opposée au recours impulsif à la force (…) dans les relations internationales ». « Les actions militaires ne nous mèneront nulle part », a souligné Geng Shuang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Et l’Arabie saoudite consulte ses alliés, a indiqué le ministre des Affaires étrangères Adel al-Jubeir. Interrogé sur une possible participation de Riyad à des représailles militaires contre Damas, il a répondu : « Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y a des discussions sur les options existantes. »
D’autre part, l’émissaire russe pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, s’est rendu hier en Iran pour une visite inopinée, a rapporté l’agence de presse iranienne officielle IRNA. M. Lavrentiev a eu des discussions approfondies sur la situation en Syrie avec le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Ali Chamkhani, ainsi que d’autres responsables.
Retarder d’éventuelles frappes
Auparavant, l’Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) avait annoncé l’envoi en Syrie, « sous peu », d’une équipe d’experts pour enquêter sur l’attaque chimique. Un peu plus tôt, Damas avait invité l’OIAC pour enquêter à Douma, où l’attaque chimique aurait fait des dizaines de morts samedi. Selon des diplomates, l’envoi d’experts de l’OIAC pourrait permettre à Damas de retarder d’éventuelles frappes occidentales.
Les mises en garde du président Donald Trump, affirmant que les responsables de l’attaque devraient « payer le prix fort », ont en effet ravivé le spectre de frappes américaines. En avril 2017, M. Trump avait déjà fait bombarder une base militaire syrienne en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun. Lundi, le destroyer lance-missile USS Donald Cook a quitté le port chypriote de Larnaca, où il faisait escale, et se trouve désormais dans une zone d’où il peut facilement frapper la Syrie.
Hier, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est invité au concert des critiques, condamnant vivement les auteurs de l’attaque chimique et affirmant lui aussi qu’ils en paieraient « le prix fort ». « Je maudis ceux qui ont commis ce massacre, quels qu’ils soient (…) », a-t-il déclaré, se gardant de désigner nommément des coupables. « Nous poursuivons nos initiatives. Hier, j’ai eu un entretien téléphonique avec (le président russe Vladimir) Poutine. Je vais continuer aujourd’hui et demain à avoir des entretiens similaires », a ajouté M. Erdogan.
État d’alerte
Face au risque d’attaques, l’armée syrienne a placé ses forces « en état d’alerte » pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Cette mesure est généralement adoptée « en réaction à des menaces extérieures », a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Mais dans les rues de Damas, des habitants semblaient rester de marbre face aux menaces. « Personne n’a peur d’une frappe. On sait que tout ce qu’ils font, c’est pour miner (...) l’engagement de l’armée qui libère les régions (tenues par la rébellion) », a lancé ainsi, sur un ton de défi, Amal, une ingénieure de 27 ans.
Selon les Casques blancs (les secouristes en zones rebelles) et l’ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées samedi à Douma, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés, souffrant notamment de « difficultés respiratoires ». Une vidéo, postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l’attaque chimique, montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d’enfants, allongés à même le sol, les yeux parfois écarquillés et de la mousse blanche s’échappant de leur bouche. Les forces du régime empêchant tout accès à Douma, les journalistes ne peuvent pas vérifier de manière indépendante ces accusations.
Source : AFP


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