Rechercher
Rechercher

Culture - Installation

Quand Tanja Van Deer désacralise la mort...

À Heaven for Artists, la Libano-Américaine présente « In Memoriam : Musings on Mortality », des œuvres sonores et interactives pour affronter positivement l’expérience du deuil.

Dans « Sensations on Cessation » cinq balançoires incarnent les cinq phases du deuil.

Matérialiser la perte affective ? Idée morbide, penserait-on de prime abord. La façon dont l’aborde Tanja Van Deer ne l’est pourtant pas du tout. Sa démarche se voudrait même thérapeutique. À travers cette exposition, la jeune femme souhaite évoquer un tabou, omniprésent du quotidien, qu’elle juge trop occulté par le vocabulaire émotionnel. « La mort se passe tous les jours, mais elle reste enfouie dans la grande majorité des cultures. » Partant de ce constat, appuyé par ses craintes personnelles, Tanja Van Deer a souhaité faire de la mort sa muse, en lui consacrant deux installations artistiques.
La première, Reverberations of Remembrance, présente cinq aménagements faits de boîtes de conserve reliées par des câbles – un concept inspiré de l’enfance où l’on reliait deux canettes avec un fil pour en faire un téléphone. Suivant ce même principe, chaque boîte portée à l’oreille délivre l’enregistrement d’une personne racontant son rapport personnel avec la mort. Rolla Khatib évoque la disparition de sa fille emportée par un cancer ; Saleh el-Saleh et Yazan al-Saadi, la perte de membres de leurs familles lors de la guerre en Syrie ; Nay el-Rahi, le décès d’un proche ; et enfin, trois amis de Hassan Rabeh racontent le suicide très médiatisé de ce célèbre danseur, réfugié syrien. En transportant le visiteur de l’exposition dans l’intimité de ces personnes, Tanja Van Deer défend la nécessité de (mieux) parler du deuil, ainsi que les bienfaits de la méditation auditive qui le ferait moins craindre et mieux vivre.
Dans la pièce adjacente, Sensations on Cessation, une grande installation – dont l’aspect technique est assuré par Christophe Karam – composée de cinq balançoires incarnant les cinq phases du deuil théorisées par la psychiatre américano-suisse Elisabeth Kübler-Ross, commençant par le déni et finissant par l’acceptation. Ces étapes sont personnifiées avec des mélodies composées par le groupe libanais de musique indie, Yva. Ainsi, chaque oscillation musicale présente un instrument spécifique qui se déclenche lorsqu’un visiteur se balance sur le siège. La musicalité varie selon que l’on soit seul, à deux ou à cinq. Par ces différentes possibilités, Tanja Van Deer veut souligner l’importance du collectif et du partage dans la souffrance intime. Et surtout, combattre l’idée que le deuil serait fait d’étapes linéaires et transposables d’une personne à l’autre.
L’artiste offre une réflexion très intéressante sur les raisons qui font de la mort un sujet compliqué à aborder. Mais plus que décomplexer la grande faucheuse, elle parvient à en faire une célébration de la vie.
Parallèlement aux installations exposées, jusqu’au 19 avril, à Heaven for Artists, des projections de films, en lien avec ce sujet, sont prévues les dimanches 8 et 15 avril. Il s’agit de Life Itself de Steve James (2014) et de Trois couleurs : Bleu de Krzysztof Kieślowski (1993). De plus, le 17 avril, à 19h, un Café de la mort, événement où chacun pourra échanger sur le thème éponyme, se tiendra également dans le même lieu.

« In Memoriam: Musings on Mortality», à Heaven for Artists, rue d’Arménie, Beyrouth.

Matérialiser la perte affective ? Idée morbide, penserait-on de prime abord. La façon dont l’aborde Tanja Van Deer ne l’est pourtant pas du tout. Sa démarche se voudrait même thérapeutique. À travers cette exposition, la jeune femme souhaite évoquer un tabou, omniprésent du quotidien, qu’elle juge trop occulté par le vocabulaire émotionnel. « La mort se passe tous les jours, mais elle reste enfouie dans la grande majorité des cultures. » Partant de ce constat, appuyé par ses craintes personnelles, Tanja Van Deer a souhaité faire de la mort sa muse, en lui consacrant deux installations artistiques. La première, Reverberations of Remembrance, présente cinq aménagements faits de boîtes de conserve reliées par des câbles – un concept inspiré de l’enfance où l’on reliait deux canettes avec un fil...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut