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Culture

Noir et blanc, formel et collet monté ?

EXPOSITION

Une brochette de quinze artistes, tous horizons confondus, présente un bouquet d’œuvres sous le titre « Noir et blanc» à la galerie Opéra. Sans être tout à fait un raclage de fond de tiroirs, beaucoup de déjà-vu et quelques poussières de nouveautés...

27/03/2018

Dans une atmosphère entre crépuscule mortuaire et blancheur blafarde, les cimaises de la galerie Opéra offrent aux regards des visiteurs un pot-pourri d’œuvres déconnectées les unes des autres mais voulant se grouper sous la bannière de l’originalité et de l’invention créative. Avec cette fantaisie, inutile de s’habiller en noir et blanc pour le vernissage comme pour un jeu de carnaval extravagant. Noir et blanc n’est pas forcément synonyme de formel ou de collet monté…
Un fil conducteur décousu pour un monde à l’antagonisme déclaré, à la singularité parfois flamboyante ou austère, mais en fait habité d’une harmonie naturelle au symbolisme divers. Cet univers hétéroclite donne la priorité à l’absence de couleurs en exceptant les basiques noir et blanc.
De l’Italie à la Corée en passant par l’Angleterre, l’Allemagne, la France, la Suisse et la Thaïlande, les signatures apposées des peintres et plasticiens se suivent mais ne se ressemblent pas.
Des éclats des métaux à la brillance des pierres, des lignes à la fois épurées et sophistiquées des calligraphies immémoriales aux images de la vie et des imaginaires les plus fous et débridés, ces œuvres accusent un état d’esprit qui n’a pas besoin de l’ornementation des couleurs.
Des œuvres qui tirent leur force et leur vitalité de leur parcimonie de tons, de la sobriété de leur ligne ou tracé, de la masse de leur forme malaxée, affûtée, grossie ou réduite à leur plus simple expression, de l’unique rayonnement d’un timbre, comme chez Soulages ici présent.


(Pour mémoire : Quand l’enfance prend la parole pour dénoncer l’horreur de la guerre en Syrie)



La famille Batman
Si Yasmina Alaoui travaille avec un matériel dur et non élaboré, l’expérience est loin de nous éblouir avec ces petits amas de sable et verre en cratères ouverts sur toile. Rien de nouveau, car la Libanaise Juliana Seraphim, déjà dans les années 1970, avec béton et pierraille, avait expérimenté ce mélange pour des résultats beaucoup plus probants et esthétiques.
La terre anonyme, avec encre indienne et pigments naturels, de Chae Sung-Pil reste une cartographie usée jusqu’à la corde et une variation d’un thème récurrent chez force artistes contemporains. De même que le travail de Sittiphon Lochainsong, alias Bomb, malgré ses phosphorescences tentaculaires, reste une sorte de négatif photographique surexploité généreusement employé comme un collier de lumières la nuit…
Minimalistes, symbolistes, (sur)chargées, avec des linéaments à la Vasarely, portant des griffures comme des écorces d’arbre, en lignes droites tranchantes ou en rondeurs douces comme les tours d’une toupie, en rondelles de charbon en équilibre dans l’espace au bout de leur ficelle en nylon, ou images insolites, ces œuvres respirent, de toute évidence, une modernité pointue. Par-delà toute notion de frontière, dans une sorte d’œcuménisme artistique libéré de toute contrainte.
Reste un aspect ludique parfois, comme avec Rancinan, qui s’amuse sur plexiglas avec la famille Batman, fillettes en tutu et garçonnets en costume cravate, avec masques de chats griffus, comme une famille Adams, sans méchanceté, en cours de ballet ou en vadrouille… Et hop, sans normes de convenance ou de rigueur vestimentaire, cavalez imagination !


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Les artistes exposants

Alessandro Algardi, Pino Manos, Umberto Mariani (Italie), Tracey Emin (Angleterre), Alexander May (États-Unis), Bahk Seon Ghi, Chae Sung-Pil (Corée), Pierre Soulages, Gérard Rancinan, Yasmina Alaoui (France), Andy Denzler (Suisse), Katrin Fridiks (Islande) et Sittiphon Lochaisong (Thaïlande).


Pour mémoire
L’histoire à travers les caricatures de Pierre Sadek au musée Sursock

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