Culture

Miroir, mon beau miroir, qui suis-je ?

EXPOSITION

Pour (a)voir toutes les réponses, il suffit parfois de regarder en soi, ou dans les miroirs de Johanna Jonsson Abchee, à la galerie Art on 56th*.

29/12/2017

L'Orient a ondulé sa chevelure et teinté son regard d'encre noire, l'Occident a dessiné sa silhouette élancée et lui a insufflé une grâce innée. C'est elle seule qui s'est chargée d'ajouter des étincelles à ses yeux et un sourire lumineux comme une joie de vivre presque contagieuse.

De sa mère suédoise et de son père irakien, Johanna Jonsson Abchee a reçu une éducation ouverte sur le monde. De la Suède en Arabie saoudite, en passant par le Laos, la Grèce, ou encore l'Espagne, elle a embrassé toutes les cultures et s'est forgé la sienne. Après son diplôme en pub et marketing, elle a décroché un poste chez Impact BBDO Beyrouth, s'est offert des noces libanaises et a poursuivi son chemin jusqu'à la première maternité. Ayant pris la décision de se consacrer pleinement à son rôle de mère, elle réalise très vite que cette tâche reste de loin la plus ardue. « J'étais comblée, mais le travail me manquait désespérément », se souvient-elle. Quand, en 2008, un deuxième enfant vient taquiner le premier, elle a des envies de changements, réfléchit son intérieur différemment, le transforme et se découvre des talents. Désormais, elle regarde la vie autrement, à travers un miroir, puis deux, puis plusieurs, et son âme d'artiste s'y reconnaît.

 

Réflexions identitaires
Ses premières œuvres sont d'abord proposées dans les grands magasins de la capitale où elle tente de se faire connaître et, en 2014, à la Beirut Design Week, où elle figure parmi les nouveaux venus. Sa collection Nomad, de ronds de miroirs sertis d'une ceinture qui les retient et les suspend, est pour elle comme des réminiscences de son enfance. « Ces miroirs existaient quand j'étais petite. Ils sont la mémoire de l'âme, comme un bagage que l'on prend avec soi, quel que soit le pays que vous explorez ou la culture que vous appréhendez, vous bougez avec, et ils vous renvoient toujours vers votre véritable identité ». Après l'expérience réussie de Beyrouth Design Week, elle est sollicitée par La Serre à Dubaï, et y expose, pour la première fois en solo, sa collection The Rebel (qui a gagné un prix en Italie) et se déplace aujourd'hui à la galerie Art on 56th à Beyrouth.

Déclinés en différentes tailles, les miroirs de Johanna Jonsson Abchee sont personnalisés tantôt avec des motifs orientaux (style moucharabieh), comme un clin d'œil à cette ville qui la regarde évoluer, tantôt en formes géométriques, comme un cheminement, un parcours, celui que chaque personne se doit d'accomplir face à un miroir. Il peut être intérieur et vous plonge dans des méandres méconnus à explorer ou juste d'ordre contemplatif. L'étain qui dessine leurs contours intervient comme un rappel à ce matériau longtemps exploité par l'industrie libanaise, mais aussi très utilisé dans ce coin d'Europe du Nord, les autres racines de l'artiste, la Suède. « Sa teinte rosacée n'est pas sans rappeler la couleur de la peau, et le miroir rose adoucit l'image qu'il renvoie. » Et quand elle choisit le thème Royal collection pour la série de miroirs à forme carrée, était-ce en référence à l'emblème de la reine en Chine ? Pour l'artiste, la philosophie du carré est simplement en relation avec la hiérarchie, la force de caractère, l'Église ou encore la responsabilité.

 

Intra-miroir
Johanna Jonsson Abchee crée aussi, surtout, pour Beyrouth. Pour une ville « où il est presque impossible de se retrouver face à soi-même, de s'asseoir seul à une table pour prendre un verre, ou d'aller seul voir un film sans être renvoyé à la catégorie des désespérés, des orphelins de l'amour » ; pour une ville où la pression sociale devient agressive, presque intrusive. Alors, l'artiste crée à l'intérieur de la galerie un espace où il fait bon rentrer, s'installer et méditer. Les miroirs qui entourent le visiteur, traversés par des milliers de lignes rouges et roses, des lignes en veines et en vaisseaux qui s'entrecroisent, le transportent à l'intérieur de son propre corps dans un voyage vers l'infini. Et toutes les réponses sont là. C'est ce que lui a dit sa petite fille de dix ans la veille du vernissage : « Maman, arrête de t'inquiéter pour demain, tu as fait de ton mieux, maintenant tu n'as plus qu'a regarder en toi, et tu trouveras toutes les réponses. »

 

*ART on 56
Rue Youssef Hayeck, Gemmayzé
Tél : +9611570331
Jusqu'au 13 janvier.

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