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Liban

L’histoire à travers les caricatures de Pierre Sadek au musée Sursock

Exposition

Tous les hommes politiques libanais, la guerre du Liban, les personnages qui ont marqué la région et Touma, le Libanais incrédule... 350 planches de l’artiste sont exposées jusqu’au 30 avril.

22/02/2018

« Le musée Sursock a reçu 840 personnes le soir du vernissage, il semble que c’est autant de visiteurs que le jour de sa réouverture », s’écrie fièrement Ghada Sadek Abela, présidente de la Fondation Pierre Sadek et fille du plus important caricaturiste politique libanais décédé en 2013.
Le musée Sursock accueille jusqu’au 30 avril prochain une exposition intitulée Pierre Sadek raconte l’histoire. Elle présente 350 planches du caricaturiste publiées depuis le début des années soixante dans divers quotidiens libanais, ainsi que plus de 500 caricatures animées que l’artiste présentait tous les soirs à la fin du journal télévisé sur la LBCI dès 1986, puis sur la Future TV à partir de 2002.


« Nous n’avons pas voulu attendre longtemps après son décès pour organiser cette première exposition », souligne Ghada Sadek Abela, en parlant de la Fondation Pierre Sadek qui a vu le jour quelques mois après le décès de l’artiste. « Nous disposons de plus 30 000 dessins, planches, caricatures animées… Nous effectuons actuellement leur archivage numérique en coopération avec l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Une fois cet archivage terminé, il sera mis en ligne et sera accessible gratuitement au public », souligne-t-elle.
Et parmi ces 30 000 pièces, il n’a pas été facile de sélectionner 350 planches et 500 caricatures animées.

L’exposition a nécessité un travail méticuleux, où il fallait montrer l’histoire à travers l’œuvre de Pierre Sadek. Ce sont des caricatures qui se rapportent à l’actualité internationale, régionale et locale qui ont été choisies. La part du local certes et de la guerre du Liban prennent une importante part dans les œuvres sélectionnées.
Comme tout caricaturiste politique, Pierre Sadek était un éditorialiste, un artiste qui commente l’actualité en quelques coups de pinceau. Jusqu’en 2013, les Libanais avaient droit à deux caricatures portant sa signature, l’une le matin à la dernière page du quotidien al-Joumhouriya, l’autre le soir à la fin du journal télévisé de la Future TV ; Pierre Sadek était le premier caricaturiste politique du monde à inventer la caricature animée.

Le dessinateur était surtout un homme libre qui n’a jamais caché ses opinions politiques, même si cela lui a causé des ennuis, notamment des menaces de la part du deuxième bureau (service de renseignements de l’armée) durant les années soixante, de Jamil Sayyed durant le mandat Émile Lahoud, qui ont été la cause de son départ de la LBCI pour la Future TV, ou encore de la part du Hezbollah qui ne voulait pas que l’artiste représente son secrétaire général Hassan Nasrallah en dessin. Pierre Sadek n’a jamais cédé, n’a jamais fait dans la demi-mesure.

Les lauriers de Lahoud et l’orange de Aoun
Et c’est donc une partie de l’histoire du Liban et du monde qui est exposée à travers les caricatures de Pierre Sadek, à travers sa propre lecture de l’actualité, au musée Sursock.
Il y a l’ancien président Charles Hélou, que l’artiste dessinait selon l’actualité en officier (du deuxième bureau) ou en jésuite, Émile Lahoud en empereur romain, plus proche de Néron que de César, habillé parfois d’un costume aux manches courtes et affublé toujours de la couronne de lauriers.
Il y a aussi l’actuel président Michel Aoun déguisé en Don Quichotte se battant contre des moulins à vent. Il est également représenté par une orange furieuse, symbole du Courant patriotique libre.
Une part importante de l’exposition est consacrée aussi à la guerre du Liban avec de nombreuses caricatures représentant Yasser Arafat et l’OLP, ainsi que l’armée syrienne et le président syrien Hafez el-Assad.
Et il y a aussi et surtout Touma, le personnage que l’artiste a inventé, représentant le Libanais désabusé et incrédule. Arborant son « cherwal » et sa « lebbadé » (tenue traditionnelle du Mont-Liban), Touma porte le nom de saint Thomas connu dans l’Église pour son incrédulité et qui n’a cru à la résurrection du Christ qu’après avoir touché les plaies de la crucifixion.
Dans une caricature, datant de la fin des années soixante-dix, en pleine guerre du Liban, on voit Touma ramassant son moral à terre. Touma souffre aussi de la corruption et des mensonges des politiciens, des coupures du courant et des ordures ménagères mal gérées...

Pierre Sadek qui a travaillé dans de nombreux journaux, notamment an-Nahar et al-Amal, était un homme qui a défendu jusqu’au bout son idée du Liban, et nombreuses sont ses caricatures qui provoqueront actuellement, si elles sont exposées, des remous dans un pays qui perd de plus en plus de sa liberté de pensée.
« Parfois il allait trop loin, sans le faire exprès. Il le comprenait quand il voyait notre réaction », confie Ghada Sadek Abela.

L’exposition montre également, pile et face, des dessins interdits par la censure. Un côté présentant la caricature elle-même et le revers les commentaires de la censure.
Un documentaire avec des témoignages sur Pierre Sadek est également projeté dans l’une des salles consacrées à l’exposition. « Nous organisons également des visites guidées destinées aux jeunes et aux étudiants en beaux-arts qui ne connaissent pas l’œuvre de l’artiste. Les écoles aussi s’intéressent à cette exposition », note encore Ghada Sadek Abela.

Le 2 mars prochain se tiendra la seconde édition du concours la « Plume de Pierre », organisée par la Fondation Pierre Sadek en coopération avec l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) et l’École supérieure Estienne, à Paris. Cette année, la Plume de Pierre sélectionnera parmi ses finalistes trois étudiants et un amateur ayant présenté des caricatures.
Toujours en mars, la Fondation Pierre Sadek prendra part à la cinquième biennale du dessin de presse de la bibliothèque François Mitterrand, à Paris.


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