L'éditorial de Issa GORAIEB

Plat unique

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
24/03/2018

Fort nombreuses, on le constate un peu plus tous les jours, sont les failles de cette nouvelle loi électorale régissant les prochaines législatives, et dont on nous assure qu’elle fera du Parlement un miroir plus fidèle du tissu sociopolitique libanais.

Ces failles ne sont pas inhérentes cependant à ce système de représentation proportionnelle à scrutin de liste dont nous allons tâter pour la toute première fois. Celui-ci a fait ses preuves ailleurs, même s’il comporte certains désavantages, la perfection n’étant pas de ce monde. Convenablement maniée, la proportionnelle peut parfaitement faciliter la représentation de groupes minoritaires et des femmes. Bien comprise et bien exercée, elle porte les divers partis ou rassemblements à aligner dans un même ticket une brochette cohérente, homogène, de candidats dotés d’une même vision, engagés dans un même programme, et donc susceptibles de séduire (ou non) l’électeur.

Or nos législateurs, notoirement peu au fait de la science politique, se sont évertués à trafiquer l’élixir d’importation, finissant par faire de la potion magique un extravagant cocktail. On ne s’est pas contenté ainsi de malmener la recette d’origine sous prétexte d’y inclure des ingrédients relevant prétendument de la fameuse spécificité libanaise ; c’est l’esprit même du scrutin qui se trouve aujourd’hui trahi dans les grandes largeurs, cette perversion étant particulièrement flagrante dans la course effrénée à la formation, de bric et de broc, de ces listes d’aspirants à la députation. Aucune harmonie le plus souvent, et encore moins de programme pour ces hétéroclites collections de noms que seul réunit un intérêt électoral tactique, ponctuel, passager, l’objectif à demi avoué étant de décrocher la timbale, de se faire élire, et puis merci, à la prochaine.

De fait, on aura vu des candidats fort valables contraints de passer sous les fourches caudines de fabricants de listes dont ils sont loin de partager les options pourtant. Quant au citoyen, il ne peut que ressentir désarroi et frustration face à l’obligation de déposer tel quel, intact, vierge de toute retouche sous peine d’annulation, le bulletin de vote qu’on lui a concocté.

C’est cette peu appétissante julienne de (grosses) légumes précuisinée, emballée et pesée qu’il vous faudra nécessairement consommer sans rien laisser dans votre assiette électorale. Voilà qui promet bien des indigestions…

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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