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Liban

Patrick Baz, photographe de guerre et... rescapé

Conférence

Le photojournaliste égrène ses souvenirs durant la couverture de conflits.

12/03/2018

« La guerre est une drogue » et Patrick Baz le sait mieux que quiconque. Photojournaliste de guerre pendant plus de trois décennies, il a couvert la plupart des conflits qui ont ravagé le Moyen-Orient, avant de se tourner « vers la vie ». Aujourd’hui chef du département photo de l’AFP dans la région, il a conquis la centaine de personnes venues assister à la conférence «Conflict Photography» organisée jeudi dernier par le Beirut Center of Photography (BCP). La discussion, modérée par la journaliste Christine Habib, était tournée vers son vécu du conflit et de la mort, les évolutions technologiques et les conséquences psychologiques pour les photographes de guerre. Malgré le tragique des sujets abordés, les échanges ont souvent mené à des éclats de rire face aux blagues ironiques du photoreporter chevronné.
Tout commence à Beyrouth, au début de la guerre civile, en 1975. Le jeune Patrick se voit confier une arme, mais réalise que tuer n’est pas pour lui. Alors, il adopte l’appareil photo, qui lui permet de traverser les zones de front sans encombre. « C’était comme un jeu, je jonglais avec les cartes de presse, raconte-t-il en souriant. Je gagnais bien ma vie, les médias occidentaux payaient généreusement pour les photos de prises d’otages et de batailles. » L’AFP l’embauche en 1989 et sept ans plus tard il construit le réseau de photographes de l’agence française au Moyen-Orient, tout en couvrant les conflits régionaux.
Au milieu des années 1990, le conflit des Balkans est un choc pour celui qui a toujours photographié le Moyen-Orient. « Le siège de Sarajevo était l’enfer. Il faisait moins 15 degrés, les gens se massacraient pour un bout de pain », se souvient-il. Au fur et à mesure, les conflits deviennent de plus en plus difficiles à couvrir. Au début acceptés sur les champs de bataille, les journalistes deviennent progressivement des cibles. En 2004, il est obligé de s’immerger avec des bataillons de marines en Irak, face à el-Qaëda qui décapite des journalistes. Parfois, il doit même servir d’interprète. « C’était surréaliste, je traduisais les ordres américains en arabe pour empêcher les occupants des maisons de se faire tuer, comme si j’étais un soldat. »

Après la guerre, la vie
Les 30 années d’expérience en zone de guerre ont été à la fois une bénédiction et une malédiction pour Patrick Baz « Une fois, un soldat américain à Falloujah s’est pris une balle dans la tête à l’endroit où je me tenais une seconde auparavant. Je me suis dit que ma survie tenait du destin », raconte-t-il. Mais après un divorce et un reportage dans le chaos libyen de 2014 qui a failli le tuer, il s’est tourné vers la vie et l’avenir.
« Sans ma thérapie, je n’en serais pas là », témoigne le photographe, qui assume totalement son traitement, pourtant perçu comme un signe de faiblesse dans le métier. « Le syndrome de stress post-traumatique est un tabou dans l’armée, mais aussi chez les journalistes, dénonce-t-il. Comme j’ai une situation stable, j’ai choisi de parler de ma maladie, ce que mes collègues plus jeunes ne peuvent pas faire sans risquer de perdre leur emploi. »
Aujourd’hui, il continue les reportages, mais s’adonne également à la photographie de boudoir et de nu. En 2017, il a fondé le BCP avec une équipe de quatre photographes expérimentés, dont Aline Manoukian, première photographe femme pendant la guerre civile libanaise. Cet espace de travail et de rencontre « vise à combler un vide » entre les galeries commerciales et les ONG qui font du travail d’archives, explique-t-elle. « Notre but est d’encourager de jeunes photographes émergents au Liban en mettant notre expérience à leur disposition. » Aline Manoukian a enseigné la photographie à la prestigieuse CAPJ à Paris et travaillé comme rédactrice photo en France après une vingtaine d’années passées en zone de guerre.
« On essaie de créer une véritable scène artistique axée vers la photographie, comme à Perpignan ou à Berlin », sourit-elle. Grâce à son partenariat avec la galerie d’art contemporain A+, qui lui a mis à disposition un local à Gemmayzé, le BCP enchaîne les conférences et expositions. Du 19 au 24 mars, le travail du célèbre Niels Ackermann sur l’Europe de l’Est y sera exposé : un must pour tous ceux qui apprécient la photographie.


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