Donald Trump a signé ce jeudi 8 mars deux décrets instaurant des taxes sur l’importation d’acier et d’aluminium. Leah Millis /Reuters
Alliés et rivaux des États-Unis ont dénoncé hier un net virage protectionniste américain et une attaque contre le libre-échange après l’annonce par Donald Trump de barrières douanières controversées, ravivant la crainte d’un conflit commercial international. Du côté des Occidentaux, l’Allemagne, un des plus grands pays exportateurs au monde, a sonné la charge. Plusieurs responsables ont critiqué « le protectionnisme » américain, un « affront » envers des alliés et des mesures « illégales ». La chancelière Angela Merkel s’est dit « inquiète » au lendemain des annonces du président américain, qui a ciblé Berlin pour ses excédents commerciaux et ses dépenses militaires trop faibles. Elle a néanmoins prôné le « dialogue » pour que l’Union européenne soit « exemptée » de ces taxes de 25 % sur les importations aux États-Unis d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium. Les alliés français et britanniques ont aussi dénoncé les mesures américaines, alors que la Chine, deuxième économie mondiale, s’est emportée contre cette « attaque délibérée contre le système commercial multilatéral ». L’Union européenne et Pékin ont en particulier peu apprécié le fait que M. Trump a usé d’un argument de défense nationale pour décider de ces taxes.
Mesures de rétorsion
« Nous ne pouvons pas être une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, donc nous comptons être exemptés », a lâché la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, alors que l’Europe exporte 5 milliards d’euros d’acier (soit 6 milliards de dollars) et un milliard d’euros d’aluminium (soit 1,2 milliard de dollars) par an vers les États-Unis. Pour le ministère chinois du Commerce, il s’agit d’un « abus », et le chef de la diplomatie Wang Yi a promis une « réponse appropriée » en cas de guerre commerciale avec Washington. En attendant l’entrée en vigueur des droits de douane dans 15 jours, les Européens ont d’ores et déjà établi une liste de produits américains à taxer en retour, des symboles comme le beurre de cacahuète ou le jus d’orange. Tokyo, principal allié asiatique des États-Unis, a aussi évoqué l’adoption possible de « mesures appropriées ».
La Maison-Blanche a précisé néanmoins que des exemptions étaient possibles. Ainsi, le Canada, premier partenaire commercial et premier fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis, et le Mexique ont « pour le moment » été épargnés. Leur sort sur le moyen terme dépendra de l’issue des négociations en cours sur l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna). Le président américain a signé jeudi à la Maison-Blanche les deux documents controversés qui marquent un virage protectionniste, 13 mois après son arrivée au pouvoir. Il a estimé que les États-Unis avaient pendant des décennies été victimes de pratiques commerciales déloyales qu’il a assimilées à une « agression ». M. Trump a notamment pointé du doigt l’Allemagne, liant question commerciale et dépenses militaires au sein de l’OTAN. Berlin, comme les autres pays de l’OTAN, s’est engagé à augmenter à l’horizon 2024 ses dépenses de défense à 2 % de son produit intérieur brut, contre 1,2 % actuellement. Mais la chancelière Angela Merkel a dû, pour convaincre les sociaux-démocrates de rejoindre son nouveau gouvernement après six mois d’impasse politique, ralentir l’augmentation prévue. Les dépenses militaires ne devraient atteindre que 1,5 % du PIB en 2021. Encore loin donc de l’objectif de l’OTAN.
Aux États-Unis mêmes, l’annonce des droits de douane a suscité une fronde au sein du camp républicain de M. Trump. En désaccord, son principal conseiller économique, Gary Cohn, a démissionné mardi.
L’OMC, un dernier recours ?
Les taxes douanières du président américain Donald Trump sur l’aluminium et l’acier suscitent la colère et la crainte d’une guerre commerciale, un conflit que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est censée permettre d’éviter. Mais le recours par le président américain à un article protégeant la sécurité nationale des États-Unis pose un défi inédit au système de règlement des disputes de l’OMC, déjà affaibli par les résistances de Washington à l’égard de l’arbitre du commerce international. Quand un pays annonce qu’il va s’opposer à une mesure commerciale à l’OMC, basée à Genève, cela signifie qu’il va porter l’affaire devant l’organe de règlement des différends (ORD). Le traitement de l’affaire peut durer trois ans, mais si les juges concluent qu’une mesure prise par un pays viole les règles de l’OMC, ils peuvent autoriser des actions de représailles, comme par exemple des taxes réciproques.
Source : AFP

