« Des réfugiés syriens détenus ont été torturés ou soumis à de mauvais traitements par des soldats et quatre hommes sont morts en détention », dénonce Amnesty International. Photo tirée du site d’Amnesty International
Amnesty International a une nouvelle fois épinglé le Liban, dans son rapport 2017-2018, malgré quelques avancées, comme l’adoption d’une loi criminalisant la torture et l’abrogation de la loi qui permettait aux personnes accusées de viol d’échapper à toute sanction si elles épousaient la victime. Des avancées incomplètes toutefois, qui ne répondent pas aux attentes de la société civile.
Les principales failles constatées par l’organisation dans son rapport publié le 22 février sont liées à l’accès fortement limité aux services de base en raison de la crise économique, aux violations des droits des réfugiés de Syrie, des droits des femmes et de la communauté homosexuelle, aux atteintes à la liberté d’expression. Le Liban demeure un pays non abolitionniste, comme le décrit aussi Amnesty International, la peine de mort étant inscrite dans sa législation. « Cette année encore ses tribunaux ont prononcé des peines de mort. Aucune exécution n’a cependant eu lieu », observe le rapport.
Réfugiés et demandeurs d’asile
Le dossier des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile est en tête du rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme. Non seulement les autorités continuaient durant l’année écoulée de « fermer de fait les frontières du Liban aux personnes fuyant la Syrie ». Mais une décision prise en mai 2015 par le gouvernement « interdisait toujours au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) d’enregistrer les nouveaux arrivants ». Pour obtenir un permis de séjour ou le faire renouveler, les réfugiés syriens « rencontraient des problèmes financiers et administratifs », ce qui « les exposait en permanence au risque d’être arrêtés de manière arbitraire, placés en détention et renvoyés de force en Syrie », et ce malgré « la dérogation » mise en place par les autorités pour les réfugiés enregistrés auprès du HCR.
Amnesty International dénonce les conditions de vie déplorables des réfugiés venant de Syrie, leur extrême pauvreté. De même que les restrictions auxquelles ils se sont heurtés dans la recherche d’un emploi. « Soumis à des couvre-feux » notamment, ils ont vu leur « liberté de mouvement restreinte » dans nombre de municipalités. Plus de 12 600 réfugiés « installés dans des camps » dans la région de Rayak ont même « été expulsés » par les forces armées libanaises. L’organisation se penche de plus sur l’opération menée par ces mêmes forces, le 30 juin 2017 à Ersal, dans des campements de tentes abritant des réfugiés syriens. « Au moins 350 hommes ont été arrêtés au cours de ces opérations », note le rapport. Si la plupart d’entre eux ont été relâchés, « des détenus ont été torturés ou soumis à de mauvais traitements par des soldats, et quatre hommes sont morts en détention », dénonce-t-elle, précisant que « les autorités n’ont pas rendu publiques les conclusions de leurs enquêtes sur ces décès ». Le rapport d’Amnesty International rappelle aussi les conditions de vie des Palestiniens du Liban et les lois discriminatoires auxquelles ils sont toujours soumis, notamment concernant les droits de propriété et de travail.
Droits des femmes
L’abrogation de l’article 522 du code pénal exemptant de poursuites une personne reconnue de viol est incomplète, estiment des organisations de la société civile qui réclament l’abrogation des articles 505 et 518, pour mieux protéger les mineures de viol ou d’atteintes sexuelles. Amnesty International fait aussi part des appels répétés des femmes, au fil des années, « pour transmettre leur nationalité à leurs enfants et leurs époux ». Elle rappelle que « les travailleuses migrantes continuent de pâtir de lois et de pratiques discriminatoires ».
L’organisation se penche de plus sur les droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres ou intersexuées). Elle affirme que « les FSI ont encore procédé à des arrestations cette année et engagé des poursuites au titre de l’article 534 du code pénal », qui érige en infraction les rapports sexuels contre-nature. En mai, des activités prévues pour célébrer la Journée internationale contre l’homophobie ont même été « interdites ».
Quant à la liberté d’expression, elle a continué d’être bafouée. Des « militants pacifiques » qui avaient publié des commentaires sur les réseaux sociaux ont été « interrogés, arrêtés et placés en détention provisoire par les FSI ». Le parquet a décerné au moins « 4 mandats d’arrêt » pour des chefs d’accusation tels que « outrage au président, au drapeau, à l’emblème national », « injure et calomnie », « diffamation »… et durant leur détention, qui a duré plusieurs jours, « la plupart de ces militants ont été privés de contact avec un avocat et avec leur famille ».
Libertés politiques
Freedom House, une organisation américaine qui défend les droits de l’homme et la démocratie, a également montré du doigt le Liban. Elle a souligné dans son rapport de 2018 sur les droits politiques et les libertés civiles que le Liban se classait à la 136e place sur 195 pays sur le plan des libertés politiques. Un recul par rapport à l’année 2017, où le Liban occupait le 131e rang. Sa seule consolation étant que le pays du Cèdre est deuxième sur 19 pays arabes. De manière générale, dit le rapport de l’ONG, « le Liban est au même niveau en termes de libertés politiques que la Guinée, la Guinée-Bissau, Haïti, la Jordanie, le Koweït, le Kirghizistan, Myanmar, le Maroc, les Maldives et l’Ouganda.
Pour mémoire


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