Des « complications de santé » liées à des maladies préexistantes et non pas à des actes de torture sont à l'origine de la mort des quatre Syriens décédés en détention après leur interpellation lors des perquisitions effectuées par l'armée fin juin, dans les camps de réfugiés d'al-Nour et d'al-Qariya, à Ersal. C'est ce qui ressort du moins des quelques maigres informations divulguées hier aux médias à ce propos, alors que le rapport de la commission médicale, chargée par le parquet militaire de Beyrouth d'enquêter sur les causes de la mort, était remis au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sacre Sacre.
Selon les informations concédées à la presse, chacun des quatre réfugiés syriens, Moustapha Abd el-Karim Abse, 57 ans, Khaled Hussein el-Mleis, 43 ans, Anas Hussein el-Husseiki, 32 ans et Osman Merhi el-Mleis, 32 ans, souffrait d'une maladie différente. L'un d'eux a ainsi eu une crise cardiaque foudroyante, un autre est mort d'une pneumonie et un troisième a succombé à un choc thermique. Les analyses sur les échantillons de sang et de tissus prélevés des corps ont en outre montré que ce dernier s'adonnait à la drogue, toujours selon les mêmes informations. Quant au quatrième, c'est un pneumothorax qui l'a emporté, toujours selon le document remis au juge Sacre.
La réaction de Human Rights Watch
L'association Human Rights Watch (HRW) a indiqué en soirée que les éléments d'information tirés du rapport de la commission d'enquête médicale « laissaient sans réponses des questions » soulevées par l'association. « Le résumé du rapport des médecins ne donne pas de réponses aux observations faites par Human Rights Watch à partir des photos montrant des corps présentant des traces de torture », souligne HRW qui exhorte l'armée à « rendre publique l'intégralité des résultats de l'enquête et à fournir des précisions sur les allégations faisant état de la mort en détention d'un cinquième Syrien, Toufic al-Ghawi ».
Notons que dans son premier rapport publié le 4 juillet dernier, l'armée avait indiqué que « les quatre réfugiés syriens décédés souffraient de maladies chroniques qui ont empiré à cause des conditions météorologiques », en allusion à la canicule qui frappe le Liban depuis quelques semaines.
Selon des sources judiciaires, le dossier est ainsi clos. Les autorités concernées « ne sont pas tenues de rendre les conclusions de l'enquête publiques d'autant qu'il est apparu que les circonstances des décès sont naturelles », souligne-t-on de mêmes sources. Mais les associations de défense des droits de l'homme, notamment celles qui ont suivi cette affaire, comme Human Rights Watch (HRW) et la Fondation Chéhadé et Tarif, restent sur leur faim. Et pour cause : les deux associations souhaitent que le rapport soit publié dans son intégralité. Dans un rapport qu'elle a diffusé jeudi dernier sur la question, Human Rights Watch avait demandé que les résultats de l'enquête menée par la commission médicale soient rendus publics. Hier, la Fondation Chéhadé et Tarif a contesté les informations sommaires révélées à la presse, critiquant une procédure « qui n'est pas conforme, selon elle, aux règles de droit en vigueur ». Cette instance a notamment déploré le fait qu'une copie du document « n'a pas été remise à la partie plaignante, soit aux familles des quatre Syriens, à travers leurs avocats, avant que les conclusions de l'enquête ne soient révélées aux médias ».
Elle a aussi jugé que « le fait qu'une partie du rapport seulement a été publiée et sans les documents sur lesquels les conclusions des médecins se sont fondées va à l'encontre du principe de la transparence ».
La Fondation Chéhadé et Tarif a ensuite reproché au bâtonnier, Antonio el-Hachem, de continuer à interdire à l'avocate des plaignants, Diala Chéhadé, d'évoquer publiquement le dossier et juge que « cette interdiction ne permet pas à l'opinion publique de connaître les détails du dossier au moment où le parquet militaire se permet de divulguer une partie du rapport (...), ce qui favorise les quiproquos ainsi que des réactions qui ne correspondent pas à la réalité ».


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