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Culture

« Suis-je différente à vos yeux parce que j’ai les cheveux bleus ? »

Théâtre

« Shakhta, shakhtein »  : dans une mise en scène de Câline Bernoty et d’après un texte de Carlotta Clerici, Patricia Nammour aborde, avec sensibilité et humour, le sujet de l’infertilité féminine.

16/02/2018

« C’est ce soir, chéri, que j’ovule. On doit rester à la maison. » Une phrase jetée à la légère à l’homme qu’elle aime, qu’elle a choisi et avec qui elle veut à présent avoir un enfant. Après avoir vécu sa vie, comme on le dit si bien au Liban, accumulé frasques et amants, Mada, la trentaine passée, a choisi de se marier avec l’homme qu’elle aime. Pour elle, à 35 ans, il est temps de tomber enceinte. Non par préjugés ou diktat de la société, mais simplement parce qu’elle en a envie. Sauf que voilà, à chaque mois, elle se hâte de jeter un coup d’œil sur le test de dépistage de grossesse, mais rien n’indique que son ventre va s’arrondir. Ce trait qui ne devient pas deux (selon le test), Mada le hait. Sous la pression de ses amies qui vont lui prodiguer moult conseils, de sa mère ou de sa belle-mère, la jeune femme choisit d’accepter les progrès de la science. D’un cabinet de médecin à l’autre, les pieds toujours dans les étriers, et de médicaments ingurgités aux tortures infligées à un corps déjà blessé par le manque de maternité, Mada va vivre en mode ovulation. En vain : jamais l’enfant ne paraît.

Pour Carlotta Clerici, auteure du texte Ce soir, j’ovule, qui assistait à la première de la pièce, ce sujet demeure jusqu’à présent tabou, même en Europe. « On peut parler de sexualité au grand jour, mais lorsqu’il s’agit de procréation et d’ovulation, le poil se hérisse encore. Lorsque la pièce a été présentée en France, à Avignon, au Luxembourg et en Italie, je sentais que j’avais touché un point très sensible. Je vous avoue que même si je ne comprends pas l’arabe, j’ai été très émue par le jeu de Patricia Nammour et j’ai plongé dans la pièce à travers ses gestes et mes émotions».

« L’acteur n’est pas un faux »

Patricia Nammour, qui a adapté le texte de Clerici avec Câline Bernoty, en assurant à elle seule le monologue (tout en surfant d’un personnage à l’autre), avoue qu’elle est tombée amoureuse du texte quand elle a vu la pièce il y a quatre ans à Avignon. « Au début, je n’osais pas le traduire, le sujet étant si délicat. Je me suis même vue, à mon grand dam, dans la peau de certains personnages que Carlotta décrit : ces personnes qui n’étaient bonnes qu’à donner des conseils aux autres femmes souffrant d’infertilité. Lorsque j’ai trouvé le ton exact, chargé d’empathie et d’émotions, mais à la fois subtil et drôle, je me suis attelée à l’écriture avec ma partenaire. Même que j’ai teint mes cheveux en bleu avant la représentation. Cela m’amusait de voir le regard observateur et intrigué des autres », sourit-elle.

Pour Patricia Nammour, « le théâtre est un formidable outil de connaissance de soi ; c’est l’essence de l’expérience de la relation à l’autre et à soi-même. Il nous incite à devenir ce que nous sommes ». Après son DES en études théâtrales à l’Université libanaise – Institut des beaux-arts suivi d’ateliers – et après plus de dix ans d’expérience dans les domaines de la production, de la publicité, du cinéma, de la télévision et du théâtre, Nammour a trouvé urgent de partager son savoir avec les autres. C’est ainsi qu’elle fonde L’Atelier du Je avec Câline Bernoty. Cette dernière, qui détient un doctorat en littérature française de l’USEK et une maîtrise en littérature française de l’Université libanaise, croit, tout comme sa collègue, que l’être retrouve au théâtre sa lumière originelle et se réconcilie avec les éléments. Toutes les deux initient les participants à l’Atelier du Je à « devenir acteurs de leurs vies, à percevoir et à accepter toutes les personnalités qui sommeillent en chacun de nous ».

Dans Shakta shakhtein, adaptation de l’expérience personnelle de Carlotta Clerici, elles collaborent à montrer la vérité et à témoigner de l’authenticité de l’acteur. Et Patricia Nammour de conclure : « L’acteur n’est pas un faux. Il est ce qu’il y a de plus vrai. » Dans la pièce, elle l’aura bien (dé)montré.

Au théâtre Béryte (Iesav), tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches, jusqu’au 25 février.

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Élie Aoun

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