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Liban

TSL : le double legs de Wissam Eid

Commémoration

Un nouvel acte d’accusation est en cours d’examen devant le juge de la mise en état.

25/01/2018

S’il fallait présenter Wissam Eid sans dire son nom, ces termes suffiraient : « … Un jeune officier de police crédité d’avoir déchiffré l’analyse des données téléphoniques, qui a été la clé pour résoudre l’affaire Hariri (…) » * Cette citation est d’une étude publiée aux éditions Oxford sur le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui fait une mention anonyme de ce capitaine des Forces de sécurité intérieure (FSI), assassiné dans un attentat à la voiture piégée le 25 janvier 2008 à Hazmieh, dans la foulée des assassinats politiques ayant succédé à la révolution du Cèdre de 2005.

Son travail au sein du département des renseignements des FSI, dirigé alors par le général Wissam el-Hassan (lui-même assassiné en octobre 2012), est reconnu comme ayant été crucial pour l’évolution de l’enquête onusienne, ouverte au lendemain de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri : sans la coordination entre l’équipe onusienne et les renseignements des FSI, il aurait été difficile de constituer un dossier solide suffisamment probant pour mettre en place le TSL, inauguré le 1er mars 2009 – surtout que ce dossier repose sur des preuves circonstancielles.

Au moment de la publication de l’acte d’accusation en août 2011 contre quatre membres du Hezbollah, le TSL avait affirmé que les « charges portées à l’encontre des accusés reposent en grande partie sur des preuves circonstancielles, qui opèrent logiquement par analogie et déduction et sont souvent plus fiables que les preuves directes susceptibles d’être altérées par la perte de souvenirs de première main ».


(Lire aussi : Un as du renseignement dont le génie restera gravé dans les mémoires)


Wissam Eid, ingénieur électronique de formation, « travailleur solitaire » ou « tête pensante de l’équipe », « un grand talent », voire « un génie discret », selon le témoignage de nombre de ses pairs, a contribué largement à établir le lien logique entre les éléments de preuve de nature téléphonique. L’immense banque de données de télécommunications captées dans le périmètre du site de l’attentat du 14 février 2005 – et empruntées aux services britanniques basés à Chypre – a ainsi pu être restreinte à cinq réseaux (groupes de lignes interconnectées). Wissam Eid aurait identifié un réseau de huit lignes interconnectées – les autres suivront. Un lien présumé entre ce réseau et une ligne fixe dans la banlieue sud a pu en outre être retracé.


Ce n’est pas par hasard que l’assassinat de Wissam Eid soit survenu au lendemain d’un rendez-vous qu’il a eu avec les enquêteurs de l’ONU ni au moment où ces derniers commençaient à se réorienter vers la piste du Hezbollah plutôt que celle de Damas. L’ironie du sort est que cet assassinat ait été coordonné sur place au moyen de talkie-walkie – c’est-à-dire selon les vieilles méthodes. C’est dire que les commanditaires avaient compris ou ont été informés du travail de déchiffrage des données téléphoniques qui s’opérait au sein des FSI.

Si la commission d’enquête internationale a souvent pâti d’un manque de coopération de la part des autorités libanaises, l’œuvre de Wissam Eid a réussi à combler ce manque à de nombreux égards. Et si la légitimité de cette commission a de multiples fois été contestée – parfois sous forme d’actes de violence contre les enquêteurs dans les quartiers relevant du Hezbollah – l’assassinat de Wissam Eid est venu la restaurer au-delà de tout doute raisonnable. C’est cela, quelque part, son double legs au TSL.

À l’heure qu’il est, sept ans après le coup d’envoi du procès de l’assassinat de Rafic Hariri, les conseils d’Assaad Sabra ont présenté devant la chambre de première instance du TSL une demande de déclassifier un rapport de la commission d’enquête internationale relatif à Wissam el-Hassan au moment où il était directeur des renseignements des FSI. Dans un jugement du 20 octobre 2017, la Chambre a donné suite à la demande des conseils de M. Sabra et donné l’ordre à l’accusation de leur transmettre les éléments de preuve qui sont en sa possession (enregistrements audio et transcriptions) relatifs à « l’interview qui avait été menée par le procureur avec Wissam el-Hassan ».

La requête des conseils de la défense n’a pas été rendue publique, ce qui rend difficile d’en saisir les motifs. Contacté hier par L’Orient-Le Jour, le bureau de la défense s’est abstenu de se prononcer, « seuls les conseils eux-mêmes étant habilités à le faire ». Ces derniers étaient injoignables hier. Néanmoins, la lecture de la réponse de l’accusation – rendue publique – en date du 7 décembre 2017, fait référence à deux « points d’intérêt » exprimés par le conseil de M. Sabra : « La crédibilité de Wissam el-Hassan et son rôle dans l’enquête menée par la commission des Nations unies. » 

En outre, un nouvel acte d’accusation confidentiel est actuellement examiné par le juge de la mise en état, en vue de sa confirmation. Cet acte pourrait inclure trois cas d’assassinats ou de tentatives d’assassinats, sur la période qui s’étend d’octobre 2004 à décembre 2005 – compétence temporelle du tribunal. Pour ce qui est de l’assassinat de Wissam Eid, qui ne s’inscrit pas dans cette période, une enquête pourrait être ouverte suite à une demande du gouvernement libanais ou de l’ONU.

*The UN Investigation of the Hariri Assassination (Amal ALAMUDDIN and Anna BONINI) in The Special Tribunal for Lebanon, Law and Practice, p. 53, Oxford University Press, 2014.


Pour mémoire

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Antoine Sabbagha

TSL ,un tribunal qui ne portera pas ses fruits car tout est connu mais ne sera fait .

George Khoury

ceux qui ont du sang sur les mains, sont des traitres a la nation et a leur religion. Que ce soit pendant la guerre ou apres.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE TSL... DE L,ARGENT JETE PAR LA FENETRE... LES ASSASSINS, UN SECRET DE POLICHINNELLE !

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