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Diaspora

Mauricio Yazbek : Au Liban, « je me sens protégé par mon grand-père »

Interview

Un film du réalisateur brésilien sur ses origines et sur son grand-père libanais l'a mené à une nouvelle vie dans le pays de ses ancêtres.

Naji FARAH | OLJ
16/01/2018

« Brimo » : c'est ainsi que les premiers Libanais arrivés au Brésil avaient été désignés par leurs nouveaux compatriotes, une déformation de « primo », qui signifie « cousin » en portugais. C'est aussi le titre d'un court-métrage de quinze minutes réalisé à São Paulo par Mauricio Yazbek sur son grand-père qui a émigré au Brésil au début du siècle dernier. C'est ce film qui a conduit le cinéaste et photographe d'origine libanaise au Liban, où il s'est installé il y a huit mois.
Juste avant la sortie du court-métrage, Mauricio avait rencontré, via internet, une petite cousine, Naïma Yazbek, qui était en visite au Brésil en décembre 2014. Par coïncidence, elle a été aussi la première à visionner son film, très rapidement primé. Chanteuse et danseuse enseignant au Centre Brésil-Liban à Beyrouth, Naïma a informé ce descendant d'émigrés du grand voyage organisé par RJLiban durant l'été 2015. Aux côtés de 80 autres personnes d'origine libanaise, il est ainsi venu découvrir le pays du Cèdre. Après son retour à São Paulo, il devait de nouveau être invité par le consulat du Liban à présenter son film au congrès de l'émigration libanaise en mai 2017.
Résidant actuellement au Liban, Mauricio livre à L'Orient-Le Jour ses impressions sur sa nouvelle vie entre Jdeideh et Beyrouth.

« À l'intérieur du Liban, je voyage beaucoup »
« Je suis venu au Liban pour avoir plus de liberté, dans un endroit où vous pouvez voyager beaucoup, de différentes façons, où vous avez la liberté de comprendre l'histoire du monde d'une manière que vous n'avez pas au Brésil, malgré sa grande superficie, dit-il. Et cette différence, vous la percevez dans tous les villages du Liban, dans la manière dont chacun de ces villages a été imprégné par une histoire beaucoup plus ancienne. Je me rends dans des lieux différents pour des motifs divers, ce qui me permet de comprendre en partie comment je me suis formé moi-même, puisque j'ai naturellement été soumis à d'autres influences dans mon pays, le Brésil. »
Mauricio poursuit sa comparaison avec le Brésil : « À cause du trafic très intense, on passe plus de temps pour traverser la ville de São Paulo que pour parcourir le Liban en entier. Même pour un étranger, le travail de communication est beaucoup plus facile au Liban, ce qui est un point central. En dépit des frontières qui les entourent, les gens voyagent beaucoup. On voit les Libanais aller et venir pour passer les fêtes, travailler, se rendre à un cours, visiter des parents et des amis... »

Des coïncidences du nom de la famille Yazbek
Mauricio raconte sa relation étrange avec la famille de son grand-père paternel, Youssef Badri Farès Yazbek, dont la femme était de la famille Nammour de Saïda. Au mois de juin dernier, il devait se rendre à Tripoli pour tourner un film publicitaire. En cherchant un hôtel sur internet, il tombe sur une rue Yazbek : là il constate, après une difficile recherche sur place, que seul restait sous ce nom un bel immeuble habité par plusieurs personnes de sa famille, dont Colette Yazbek, qui lui a conté une jolie histoire sur leurs ancêtres communs.
Deux mois plus tard et au cours d'une fête d'adieu à Beyrouth donnée par une amie brésilienne qui travaille comme conservatrice d'œuvres d'art, il rencontre un professeur de yoga. Celui-ci lui fait connaître un Libano-Canadien revenu au pays pour créer, dans le sous-sol de l'immeuble hérité de son grand-père à Jdeideh, une fabrique de jus de fruits à haute qualité nutritionnelle. Lancé également dans la communication et en contrepartie d'un travail de promotion photographique, il propose à Mauricio d'occuper un appartement vide dans le même immeuble.
« Je sentais dans cet immeuble des ondes positives, car son sous-sol avait sauvé de nombreuses personnes du quartier qui s'y étaient abritées durant les durs bombardements de la guerre de 1975, raconte Mauricio. Mais imaginez-vous que je découvre, quelques semaines plus tard et en même temps que mon associé, que la rue dans laquelle nous vivions portait aussi le nom de rue Yazbek ! Je fus alors atteint d'un rire nerveux. Depuis, je me sens protégé d'une certaine manière par mon grand-père. Je privilégie généralement l'analyse scientifique, mais sur ce coup-là, j'ai ressenti ces coïncidences comme une bénédiction. Et c'est sûr que cela crée pour moi une relation encore plus forte avec le pays. »

« Il y a moins de Libanais au Liban qu'à São Paulo ! »
Mauricio a tout de même la nostalgie de São Paulo, de ses amis et parents dont son père, Antonio Carlos, et sa fille de 24 ans, Julia, travaillant comme directrice d'art dans une entreprise de design. Il indique que l'influence libanaise est tellement forte dans la principale ville du Brésil qu'il vient de répondre par une boutade à ses amis s'enquérant sur la raison de son séjour prolongé au Liban : « C'est parce qu'il y a moins de Libanais au Liban qu'à São Paulo ! »
Mauricio ne semble pas pressé de rencontrer ses parents proches au Liban, qu'il a pourtant repérés. « Il y a tant de Yazbek dans ma rue que je suis finalement l'un d'eux naturellement ! estime-t-il. Habiter par coïncidence dans cette rue, dans le quartier des Yazbek à Jdeideh, sans savoir par quel prodige cela est arrivé, a livré à mon esprit essentiellement artistique un petit morceau de lui-même, lié au passé. À l'âge de 50 ans, j'apprécie d'autant plus le Liban qu'il me permet de découvrir comment je fonctionne depuis toutes ces années. »

Cette page est réalisée en collaboration avec l'Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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