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Moyen Orient et Monde

Abadi se rapproche du Hachd el-Chaabi pour les législatives

Irak

L'Alliance de la victoire du Premier ministre irakien est parvenue à s'adjoindre 18 listes, dont deux de milices paramilitaires soutenues par l'Iran.

15/01/2018

Fort de sa victoire contre les jihadistes et d'avoir fait avorter la tentative de sécession des Kurdes, le Premier ministre irakien Haïder el-Abadi a annoncé hier qu'il dirigerait sa propre liste aux législatives de mai, face à son prédécesseur Nouri el-Maliki.
Inconnu il y a trois ans, ce politicien chiite de 65 ans a été propulsé aux commandes de l'Irak en plein chaos, avec pour tâche de reconstruire une armée en débandade et de remettre sur pied un pays disloqué et miné par les querelles confessionnelles.

Sous son prédécesseur Nouri el-Maliki, issu du même parti chiite Daawa que lui, le groupe État islamique s'était emparé de près d'un tiers du pays. Il y a un mois, le Premier ministre Abadi annonçait solennellement la victoire contre les jihadistes et la « fin de la guerre » contre l'EI, un succès de taille pour cet homme râblé à la voix métallique.



(Lire aussi : 2017, année de l'effondrement du "califat" de l'EI)

M. Abadi, rare politicien chiite à obtenir un taux de satisfaction particulièrement élevé parmi la minorité sunnite du pays, a indiqué dans un communiqué vouloir présenter une liste « interconfessionnelle dépassant les divisions et luttant contre les inégalités ». Il plaide, dans cette profession de foi, pour la « protection de la victoire et des sacrifices », un appel du pied aux familles de combattants tués et blessés.
Mais outre sa victoire contre l'EI, Haïder el-Abadi peut surtout se targuer aujourd'hui d'une autre carte de poids dans la campagne. Il a convaincu le Hachd el-Chaabi (Unités de mobilisation populaire), une coalition de groupes armés et de civils formée de pas moins de 60 000 individus ayant pris les armes contre l'EI, de rejoindre l'Alliance de la victoire, la liste à la tête de laquelle il entend gagner les législatives de mai.

Un mouvement hétérogène

Dominé par des milices chiites soutenues par l'Iran voisin, le Hachd est un allié de poids. Bien que très controversé du côté occidental, notamment de Washington, le mouvement s'est rendu incontournable sur les terrains de bataille et entend désormais l'être sur la scène politique. Plusieurs de ses commandants ayant officiellement quitté l'uniforme militaire sont notamment en lice pour les législatives prévues le 12 mai. Le scrutin aura lieu à la proportionnelle dans les 18 provinces du pays pour élire 328 députés.
Ahmad el-Kinani, porte-parole de la liste menée par Assaïb Ahl el-Haq (La Ligue des vertueux), l'une des plus importantes milices du Hachd, a indiqué à l'AFP qu'« après de longues négociations », l'Alliance de la victoire de M. Abadi est parvenue à s'adjoindre 18 listes, dont deux emmenées par d'anciens importants commandants du Hachd, Hadi el-Ameri (Badr) et Qaïs el-Khazaali.
Mais coopérer avec les milices ne devrait pas pour autant s'avérer une tâche facile pour le Premier ministre irakien. « Il y a un rapprochement avec seulement quelques éléments du mouvement », souligne Myriam Benraad, professeure assistante en sciences politiques à l'Université de Leyde aux Pays-Bas et spécialiste de l'Irak, interrogée par L'Orient-Le Jour. « Ce n'est pas un mouvement uni ou homogène », des rivalités existent entre les factions et les discours divergent, rappelle-t-elle.


(Lire aussi : Y aura-t-il un printemps kurde ?)

 

L'influence iranienne à nuancer

Cette alliance laisse cependant supposer que Téhéran devrait avoir une certaine marge de manœuvre dans les affaires de Bagdad. Le grand voisin iranien « va jouer un rôle important » dans ce rendez-vous électoral, souligne pour l'AFP Essam el-Fili, professeur de sciences politiques à Bagdad. Car, ajoute-t-il, Téhéran « ne veut pas que les forces chiites se dispersent ou s'allient à d'autres ».
Dans cette optique, ce rapprochement a notamment provoqué la colère d'un autre dignitaire chiite influent, Moqtada el-Sadr, un des rares dirigeants de la communauté à maintenir ses distances avec l'Iran. « Je suis stupéfait de la direction prise par notre frère Abadi, dont nous pensions qu'il était un partisan des réformes », a-t-il réagi dans un communiqué. Le Premier ministre irakien est considéré comme un « modéré » en comparaison à son prédécesseur, traditionnellement plus proche de Téhéran.
Le rapprochement avec les milices paramilitaires irakiennes alliées de l'Iran ne signifie pas pour autant nécessairement une mainmise de la République islamique sur Bagdad, nuance Mme Benraad. Selon la chercheuse, « il s'agit d'une double stratégie politique et militaire pour Abadi : c'est une manière de négocier un retour des milices du Hachd el-Chaabi dans l'armée régulière et de profiter de la popularité de celles-ci » pour les législatives. « Il peut s'agir également d'une stratégie consistant à diviser (le Hachd el-Chaabi) pour mieux régner, mais il est encore trop tôt pour le savoir », observe-t-elle.

 

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