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Moyen Orient et Monde - Contestation

Y aura-t-il un printemps kurde ?

Les deux provinces de Souleimaniyeh et Halabja sont touchées depuis lundi par une vague de manifestations de plus en plus meurtrières.

Une permanence du Groupe islamique kurde a été incendiée hier à Rania, dans la province de Souleimaniyeh. Shwan Mohammad/AFP

Les Kurdes irakiens ne décolèrent pas. Ils sont de plus en plus nombreux à exprimer leur colère dans les rues de Rania, de Qalat Diza, Chamchamal et Halabja, des localités de la province de Souleimaniyeh et de Halabja. Depuis lundi, ils sont des centaines, puis des milliers de personnes à hurler leur colère et leurs frustrations à l'encontre d'un gouvernement qu'ils estiment pourri. Au point de brûler les sièges de plusieurs partis politiques dans ces localités, dont Goran, et de deux formations moins importantes, le Parti social-démocrate et le Parti communiste du Kurdistan.

Au total, plus de 20 sièges de partis et une mairie ont été incendiés. Fermement tenue par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK, de l'ex-président Barzani), Erbil reste, pour l'instant, épargnée par les violences, mais ce calme fragile pourrait ne pas durer. Les manifestants accusent toutes les composantes du gouvernement kurde de corruption et d'incompétence. « Nous brûlons les sièges des partis, car ils sont membres du gouvernement et sont responsables des souffrances économiques et politiques qu'endure le peuple kurde », a affirmé à l'AFP un activiste de Souleimaniyeh, refusant d'être identifié pour des raisons de sécurité. « Les citoyens kurdes veulent montrer qu'ils sont désespérés par l'action de tous les partis qui ont mené le Kurdistan à la faillite », a-t-il ajouté.

 

(Pour mémoire : Barzani, fondateur de l'autonomie du Kurdistan contraint au départ)

 

« Grève nationale »
De quoi provoquer une crise politique : deux partis kurdes de l'opposition, Goran et le Groupe islamique, qui comptent respectivement dix et deux ministres, se sont retirés du gouvernement de Nechervan Barzani, qui compte 21 membres. Ce dernier est le successeur de Massoud Barzani, qui a annoncé son retrait de la vie politique à partir du 1er novembre 2017, après la crise ouverte provoquée par le référendum hautement contesté qu'il avait organisé le 25 septembre. Peu après cette annonce, Goran a appelé le peuple à une « grève nationale », alors que les manifestations ont lieu dans une région considérée comme son fief. « Nous appelons tout le peuple du Kurdistan à faire une grève nationale, à boycotter et à prendre des mesures similaires afin de mettre beaucoup de pression sur ce gouvernement », a déclaré Jamal Haji Mohammad, chef de l'Assemblée nationale de Goran à KNN, média de son parti.

Goran, le deuxième plus grand parti du Kurdistan, est une émanation de l'UPK (Union patriotique du Kurdistan). Il est devenu le premier parti à introduire l'opposition parlementaire dans la région du Kurdistan en 2009, mais il s'oppose au gouvernement de Massoud Barazani, notamment depuis les élections générales de 2013. Les tensions entre Goran et le PDK atteignent leur apogée en octobre 2015 lorsque des manifestations meurtrières touchent de nombreuses villes des provinces de Souleimaniyeh et de Halabja. Le PDK accuse alors Goran d'avoir orchestré les protestations, ce que nie catégoriquement le parti d'opposition, qui demande aujourd'hui de nouvelles élections transparentes.

 

(Lire aussi : Rosneft a versé une avance de 1,3 milliard de dollars au Kurdistan irakien)

 

Violences policières
L'histoire, semble-t-il, se répète aujourd'hui. Goran est à nouveau accusé, à tort ou à raison, d'être à l'origine des violences qui ont fait depuis lundi entre deux et cinq morts, et 70 blessés au moins. La mission des Nations unies en Irak (Unami) a fait part hier de sa « profonde inquiétude » et appelé à la retenue. « Les gens ont le droit de participer à des manifestations pacifiques et les autorités ont la responsabilité de protéger leurs citoyens, y compris les manifestants pacifiques », dit l'Unami dans un communiqué. La mission de l'ONU appelle aussi le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) au respect des libertés d'expression après l'intervention des forces de sécurité kurdes au siège de la chaîne de télévision privée NRT, dont la diffusion a été suspendue.

Entre-temps, les forces de sécurité ont été déployées sur les places principales de la ville de Souleimaniyeh. Selon plusieurs témoins, les policiers ont chargé les manifestants, usant d'armes, de canons à eau et de gaz lacrymogènes pour les disperser. Plusieurs personnes, dont des activistes, auraient également été arrêtées. Une cellule de crise gouvernementale aurait même été mise sur pied pour faire face à la fronde populaire.

Sur les réseaux sociaux, les parallèles avec les différents mouvements de contestation kurdes des dernières décennies, dont celui de 1991 face à Saddam Hussein, fleurissaient hier soir. Déjà qualifié de « soulèvement » par certains, le mouvement pourrait plonger le Kurdistan irakien dans une crise plus profonde encore. La montée en puissance de l'État islamique et la chute des cours du pétrole en 2014 ont affaibli l'économie. Le coup de grâce est toutefois venu de la crise générée par le référendum de septembre. La victoire du « oui » massif a aussitôt été suivie d'un échec cuisant face aux forces de Bagdad, qui ont repris sans peine des zones disputées entre l'Irak et le Kurdistan, dont Kirkouk. En perdant cette riche province pétrolifère, ainsi que l'espace aérien international, fermé par Bagdad pour les liaisons avec les deux aéroports du Kurdistan, Erbil a perdu une très grande partie de ses revenus. La plupart des salaires ne sont plus payés dans leur intégralité, quand ils le sont. Les prix augmentent sans cesse, et le rationnement d'électricité se fait cruellement ressentir.

Tous les éléments sont là pour alimenter une colère populaire explosive. Retombera-t-elle ? Ou un printemps kurde verra le jour ? Les prochains jours le diront.

 

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commentaires (3)

Ils peuvent s’entendre entre eux c’est comme les palestinien et les libanais qui eux ne peuvent s’entendre entre grâce à plusieurs facteurs dont l’iran Et la Turquie !! ILS NE VEULENT EN AUCUN CAS FAIRE DES COMPROMIS ET PERDRE UNE PARTIE DE LEUR TERRITOIRE ... comme quoi NEST PAS QUI VEUT ÊTRE LES SOI DISANT PROTECTEUR DES OPPRIMER

Bery tus

17 h 41, le 21 décembre 2017

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Commentaires (3)

  • Ils peuvent s’entendre entre eux c’est comme les palestinien et les libanais qui eux ne peuvent s’entendre entre grâce à plusieurs facteurs dont l’iran Et la Turquie !! ILS NE VEULENT EN AUCUN CAS FAIRE DES COMPROMIS ET PERDRE UNE PARTIE DE LEUR TERRITOIRE ... comme quoi NEST PAS QUI VEUT ÊTRE LES SOI DISANT PROTECTEUR DES OPPRIMER

    Bery tus

    17 h 41, le 21 décembre 2017

  • TOUT A FAIT COMME LES PALESTINIENS... ILS NE PEUVENT PAS S,ENTENDRE ENTRE EUX !

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 18, le 21 décembre 2017

  • La mèche est allumée, à cause des vendeurs de rêves. ... De toute façon les kurdes sont habitués à pire . Les pauvres niais ! Se faire posséder comme des enfants par les marchands de rêve du temple !!!!!

    FRIK-A-FRAK

    12 h 47, le 21 décembre 2017

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