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Ma belle promise s’appelle Otour et elle a quinze ans

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13/01/2018

La plus grande surprise que nous a faite Joe Maalouf dans son émission Hawa el-horriyyé lundi soir, ce n'est pas le peloton de gendarmes qui a fait irruption sur le plateau afin d'arrêter l'un des invités de l'émission, mais la présence de la petite Otour, une mineure, venue parler de son épreuve devant des milliers de téléspectateurs.

Otour. Quel beau prénom pour une si jeune fille. Un teint de rose, un regard brillant d'espoir malgré son parcours. Une Otour qui veut se marier à seulement 15 ans. Belle, rebelle, révoltée contre sa famille, mais surtout contre la société dans laquelle elle vit, et cette vie qu'elle n'a pas choisie. Elle se fait petite aux côtés de son fiancé et kidnappeur, la vingtaine, sur le visage duquel le désarroi et l'incrédulité sont bien évidents lorsque les gendarmes viennent l'arrêter pour enlèvement de mineure.
Il s'accroche à sa Otour, encore trop jeune pour être mariée selon sa mère, éplorée et désespérée, debout près de sa sœur, une mégère qui semble prendre les affaires familiales un peu trop à cœur...

Ce jeune homme était pourtant le bienvenu au début en tant que fiancé choisi par les parents et leur entourage, surtout qu'il avait promis de ne pas épouser Otour avant ses 18 ans. Mais il semble qu'il soit devenu encombrant un fois que sa bourse s'est quelque peu, disons, vidée, et la famille a vu le charme du jeune homme s'estomper. La maman de l'adolescente, bien soutenue par la cheftaine du clan familial, a décidé que, finalement, le fiancé n'était donc pas le bon choix pour sa Otour, en âge de se fiancer, mais pas en âge de se marier ! Otour vient d'un autre monde. D'un monde où la fille, une fois née, est pleurée. Elle est considérée comme une malédiction, un fardeau, un danger ambulant à surveiller et, dans le meilleur des cas, un appât servant à attirer un bon parti qui puisse s'occuper des finances déplorables de toute la famille.

Otour s'impatiente devant les caméras et menace de se suicider si elle est séparée de son fiancé. Elle a les yeux grands ouverts, mais aveuglés par la passion qui l'anime, par le désir viscéral de partir, n'importe où, mais loin, très loin, de la maison paternelle. « Ils (ses parents) ont exercé trop de pressions sur moi, je n'en peux plus et je le veux (son fiancé), je ne veux pas revenir à la maison », s'écrie-t-elle, désespérée. Une maison qu'elle a appris à tenir, seule leçon qu'elle a reçue d'ailleurs, dès son plus jeune âge. Une maison près de celle de la voisine, plus âgée, avec laquelle elle fume le narguilé, à seulement quinze ans ! Otour crie, insulte, manque de respect à ses parents, devient insolente et parle des affaires des grands avec les grands dans la complète incompréhension générale.

Tout en elle crie sa misère et celle de toutes les jeunes filles qui, avant elles, ont été mariées avant de sortir de l'enfance et sont restées enfermées toute leur vie dans des mariages à la base déséquilibrés et à la limite de la pédophilie. Dans le monde de Otour, une fois la menstruation déclenchée, il faut caser la fille. Otour n'est pas fautive, elle n'a rien fait à part refléter l'image d'une société métastasée et d'une incohérence parentale. Sa maman ne se remet d'ailleurs en aucun cas en question dans le reportage, mais prend subitement conscience de son erreur sur le plateau de télévision. Otour ne peut pas encore décider de son sort, elle est en âge de jouer avec ses amies sur les bancs de l'école et pas de discuter des détails de son mariage et du choix de son mari.

Sa mère qui a accepté de la promettre à un inconnu à seulement quinze ans s'en remet hypocritement à la clémence du chef de l'État en l'implorant d'intervenir, mais c'est au Parlement d'adopter une loi qui pénalise le mariage des mineurs et le sanctionne sévèrement. Otour est rentrée au domicile familial et son fiancé a été libéré, mais le problème reste entier. En l'absence d'une loi explicite incriminant ce genre d'union, rien n'empêchera d'autres familles de donner en mariage leurs filles avant d'avoir atteint l'âge de 18 ans. La loi doit être imposante, contraignante et autoritaire en gardienne des droits des enfants, notamment les filles mineures, face à tous les prédateurs qui rôdent autour de leur fraîcheur et de leur virginité, et surtout de leurs parents irresponsables et aux valeurs moyenâgeuses.

 

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Irene Said

Et notre beau pays continue de prétendre être moderne, évolué et démocratique...

Merci messieurs les responsables de tous bords !
Irène Saïd

Marie Claude

merci,Joe Maalouf!

Talaat Dominique

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